M. de Chateaumorand était arrivé le 30 novembre 1698.

C'était le commandant d'un bâtiment du 50 canons, nommé le _Français_,

qui avait été désigné pour venir assister M. d'Iberville dans sa prise

de possession des rives du golfe du Mexique. Il était le neveu de M. de

Tourville et le parent de M. d'Urfé, prêtre de Saint-Sulpice à Montréal,

Enfin, comme M. Ducasse, le gouverneur, ne se trouvait pas au Cap, mais

avait été se reposer au sud de l'île, dans le district de Léogane, M.

d'Iberville s'y dirigea aussitôt.

M. d'Iberville se mit en rapports avec le gouverneur et obtint tous

les ravitaillements qui lui étaient nécessaires. Le gouverneur parut

enchanté des vues du commandant et de son air de résolution. Il lui

accorda quelques flibustiers pour remplacer les hommes qui avaient

succombé dans la traversée; il y avait six Canadiens et deux écrivains

de morts, ce qui fait dire a M. d'Iberville: «La maladie n'en veut

qu'aux Canadiens et aux écrivains.»

M. d'Iberville dit qu'il partit de Léogane le premier jour de l'année

1699, à midi, étant alors au 78e degré de longitude.

Il savait très bien qu'il ne devait pas suivre le côté nord de l'île de

Cuba, à cause des grands courants venant du sud, qui font le tour du

golfe du Mexique et qui remontent par le bras de mer situé entre Cuba et

la Floride.

Il longea donc avec son escadre la côte sud de l'île de Cuba. Il

parcourut toutes ces petites îles qui environnent Cuba au sud, qui

sont ravissantes de fraîcheur et de forme, couvertes de palmiers et

d'orangers chargés de fleurs et de fruits. Il vit alors ces sites

enchanteurs et parfumés que Christophe Colomb avait appelés «les jardins

de la reine», à cause des merveilles de leur végétation. Il fallait

passer au milieu de ces îles environnées de coraux et de madrépores, où

les navires pouvaient échouer; mais le commandant savait trouver son

chemin au milieu de tous ces obstacles. Il était d'ailleurs grandement

aidé par l'expérience d'un vieux marin nommé M. de Graff, que M. de

Chateaumorand avait pris avec lui au Cap, et qui avait navigué pendant

plusieurs années au milieu de ces parages.

Le 4 janvier, on était à l'extrémité ouest de Saint-Domingue; ensuite,

on arriva à Santiago, ville principale de Cuba. Le 9, on était au cap de

Corientes, à l'extrémité ouest de Cuba; et enfin, le jour suivant, en

face du cap de Cruz, ainsi nommé parce que Christophe Colomb y avait

planté une croix.

Les jours suivants, on entrait dans les eaux de la Floride, et en

suivant les courants du sud, l'on avançait vers les côtes est du golfe.

La _Badine_, le _Marin_ et le _Français_ voguaient de conserve dans

le golfe, accompagnés des felouques et des tartanes qui portaient les

provisions.

Pour ceux qui connaissaient le but de ce voyage, le spectacle était

imposant. C'était une marche comparable à celle de l'escadre de

Christophe Colomb, lorsqu'il accosta, non loin de là, aux premières

Antilles.

C'était un nouveau monde que d'Iberville allait aborder; il était

considérable et était réservé au plus grand avenir.

Actuellement, les Antilles, où s'arrêtèrent les explorations de Colomb,

ne comptent pas un million d'habitants, tandis que les pays dont M.

d'Iberville allait prendre possession en comptent aujourd'hui près de

dix millions, et la dixième partie seule est encore explorée.

Histoire du Chevalier d'Iberville (1663-1706) · 第 53 / 73 题