Enfin, on contempla, les cimes lointaines de la plus belle île de
l'archipel Indien; c'était l'île d'Haïti, que les Espagnols, un souvenir
de la patrie, avaient baptisée du nom gracieux d'Hispaniola. Cette île,
presque aussi grande que l'Irlande, s'élève en pyramide sur l'Océan.
Dans le lointain, l'on contemplait des montagnes qui semblaient étagées
jusqu'à la hauteur de 3,000 pieds, elles présentaient les formes les
plus élégantes. On pouvait admirer sur l'horizon les cimes bleues des
derniers sommets; sur lea penchants, des forêts et une végétation
abondante; sur les rives, les dentelures des baies, coupées par des
promontoires couverts de mousse et venant apporter jusqu'au sein de la
mer des géants de verdure qui baignaient leurs branches au sein des
ondes les plus transparentes. Ces eaux reflétaient le pur azur du ciel;
au loin, des échappées laissaient contempler des étendues immenses,
plantées de palmiers et d'orangers, qui offraient des dispositions
régulières comme celles de la main de l'homme.
Les richesses de la nature tropicale resplendissaient partout; des
pins et des palmiers énormes, des cactus gigantesques. C'était une
succession, non interrompue de prodiges.
Les équipages acclamaient au passage ces visions enchantées, et
faisaient retentir les airs de cantiques sacrés que la surface unie des
eaux rendaient encore plus éclatants.
«Le 3 décembre, nous voyons le cap Français, qui avait été atteint en 39
jours depuis le départ de Brest. Aussitôt l'équipage se met à l'oeuvre
et l'on fait de l'eau, du bois, de la viande fraîche et des volailles
pour le soulagement des hommes. On fait du biscuit avec la fleur, parce
qu'il n'y avait pas eu de place pour en emporter sur les bâtiments;
enfin, l'on monte les embarcations, les biscayennes qui avaient été
mises _en bottes_ sur le pont.