LA BAIE D'HUDSON.

Vaste baie au nord de l'Amérique septentrionale, communiquant avec

l'Atlantique par le détroit du même nom; par 51° à 70° de

latitude nord, et par 79° à 98° de longitude. Elle baigne la

Nouvelle-Bretagne à l'ouest, au sud et à l'est; au nord, elle se

réunit à la mer polaire. C'est sur ses bords que se trouvent tous

les forts qui ont été le théâtre des exploits d'Iberville. Elle

reçoit un grand nombre d'affluents; les rivières Sainte-Anne, des

Saintes-Huiles, de Bourbon, de la Rive. Au sud-ouest, le fort de

Monsipi, puis les forts de New-Savane, Bourbon; au sud-est le fort

de Rupert. C'est là qu'on trouvait les îles Weston, du Retour,

Mansfield, de Saint-Charles, et à l'extrémité est, dans le détroit

d'Hudson, les îles Button, découvertes par Anscolde, et explorées

par Hudson en 1610. La compagnie de la baie d'Hudson s'établit sous

Charles II, en 1670, à l'endroit qu'on appela le fort de Rupert.

«Ces deux généreux frères se sont merveilleusement signalés et les

sauvages qui ont vu ce qu'on a fait en si peu de temps et avec si peu

de carnage, en sont si frappés qu'ils ne cesseront jamais d'en parler

partout où ils se trouveront.»

Les sauvages en effet, avaient une admiration particulière pour la

modération des Français et leur douceur. Dans leurs expéditions, ils

évitaient de verser le sang, et au milieu de leurs succès, ils avaient

horreur de ces massacres outrés et odieux qui viennent parfois de

l'enivrement et de l'entraînement de la victoire. Ce sont ces sentiments

qui ont gagné le coeur de ces barbares, et en ont fait les alliés

dévoués de la France.

M. de Troyes, voyant l'expédition terminée, se disposa à revenir à

Montréal, comme on le lui avait enjoint à son départ. Il remit la garde

des forts au jeune de Maricourt, chargea d'Iberville de courir la mer

contre les vaisseaux anglais; enfin, il confia au digne Père Silvy le

soin spirituel de la garnison. D'Iberville utilisa ses fonctions avec

les deux bâtiments qu'il avait. Il s'empara d'un grand vaisseau anglais

qu'il chargea de toutes les pelleteries des forts qu'il avait pris, puis

il décida de revenir à Québec pour aller prendre quelques vaisseaux qui

lui seraient indispensables pour attaquer les convois anglais l'année

suivante.

Il paraît donc qu'il revint aux derniers jours d'automne 1686, avec

Sainte-Hélène, et il fut reçu à Montréal comme un triomphateur. Toute la

ville savait quelle part il avait eue aux succès de l'expédition. Les

citoyens voyaient avec bonheur leur compatriote couvert de gloire.

D'Iberville rentra dans Montréal tambour battant et enseignes déployées.

Les citoyens acclamaient le vainqueur; et la mère, retrouvant ses

enfants après des jours d'inquiétude et encore désolée de son veuvage,

combien elle était heureuse de les revoir sains et saufs!

Nous ne pouvons savoir, d'après les documents, la date précise et les

circonstances de la mort de Charles Le Moyne, que l'on place en 1685.

Nous savons seulement que s'il avait vécu en 1686, il n'aurait eu que 60

ans et aurait encore pu être plein de force et de résolution.

Mais telle était alors la situation glorieuse de cette nombreuse famille

qui comptait dix enfants. L'aîné, Le Moyne de Longueuil, était honoré

de la confiance des autorités supérieures, et il avait l'affection des

nations sauvages, qui l'avaient choisi comme leur représentant près du

gouvernement. Sainte-Hélène, de Maricourt et de Bienville étaient des

militaires consommés. A l'égard de Maricourt, nous avons un témoignage

digne de considération dans une lettre de Mgr de Laval du 12 janvier

1684.

D'Iberville s'était révélé comme commandant capable, et sur mer comme

manoeuvrier des plus consommés.

Enfin, les autres fils grandissaient pleins de force, et se montraient

d'une habileté extraordinaire dans les exercices militaires.

Histoire du Chevalier d'Iberville (1663-1706) · 第 27 / 73 题