On était au lendemain de ces événements. Onze heures et demie venaient
de sonner la minute exacte où, chaque jour, les six habituels
personnages de ce monotone scénario se réunissaient dans le salon
et s’y donnaient froidement le bonjour, avant de passer à table. La
Marquise descendait toujours la première, et il n’y avait pas d’exemple
qu’elle n’eût devancé les siens, à ce moment-là, dans la jolie chambre
de cretonne fleurie. Aussi fut-ce un étonnement général, mêlé de
quelque inquiétude, quand, plusieurs minutes après l’heure ordinaire,
la vieille Dame n’apparut point. On allait députer Berthe vers son
aïeule, que tous supposaient retenue chez elle par quelque retardement,
quand un cri terrible, suivi de la chute d’un corps, partit de la
bibliothèque. Tous s’élancèrent. La douairière gisait, presque
inanimée, au pied de l’échelle dont elle venait de choir. Trois volumes
de l’Encyclopédie Larousse accablaient de leur poids sa frêle carcasse.
Elle avoua, dans la suite, que, mordue à son tour par le démon de la
citation, elle avait cherché de quoi l’alimenter, dans les tomes trop
pesants qui déterminèrent sa dégringolade.
Un épanchement de synovie se déclara, dont la blessée parut devoir ne
se remettre jamais.