(6 février 1794)
C'est en alliant l'humanité aux principes politiques que Danton
appuya, le 6 février, l'abolition de l'esclavage.
Il voyait dans cette mesure généreuse, digne du nouveau régime, un des
moyens d'abattre l'Angleterre ennemie. "C'est aujourd'hui que
l'Anglais est mort", dit-il, persuadé que la liberté était le meilleur
adversaire à opposer à la tyrannie.
* * * * *
Représentants du peuple français, jusqu'ici nous n'avions décrété la
liberté qu'en égoïstes et pour nous seuls. Mais aujourd'hui nous
proclamons à la face de l'univers, et les générations futures
trouveront leur gloire dans ce décret, nous proclamons la liberté
universelle. Hier, lorsque le président donna le baiser fraternel aux
députés de couleur, je vis le moment où la Convention devait décréter
la liberté de nos frères. La séance était trop nombreuse. La
Convention vient de faire son devoir. Mais après avoir accordé le
bienfait de la liberté, il faut que nous en soyons pour ainsi dire les
modérateurs. Renvoyons au Comité de salut public et des colonies, pour
combiner les moyens de rendre ce décret utile à l'humanité, sans aucun
danger pour elle.
Nous avions déshonoré noire gloire en tronquant nos travaux. Les
grands principes développés par le vertueux Las Cases avaient été
méconnus. Nous travaillons pour les générations futures, lançons la
liberté dans les colonies: c'est aujourd'hui que l'Anglais est mort.
En jetant la liberté dans le Nouveau Monde, elle y portera des fruits
abondants, elle y poussera des racines profondes. En vain Pitt et ses
complices voudront par des considérations politiques écarter la
jouissance de ce bienfait, ils vont être entraînés dans le néant, la
France va reprendre le rang et l'influence que lui assurent son
énergie, son sol et sa population. Nous jouirons nous-mêmes de notre
générosité, mais nous ne l'entendrons point au delà des bornes de la
sagesse. Nous abattrons les tyrans comme nous avons écrasé les hommes
perfides qui voulaient faire rétrograder la révolution. Ne perdons
point notre énergie, lançons nos frégates, soyons sûrs des
bénédictions de l'univers et de la postérité, et décrétons le renvoi
des mesures à l'examen du Comité.