XL

CONTRE LES MASCARADES ANTIRELIGIEUSES ET SUR LA CONSPIRATION DE

L'ÉTRANGER

(26 novembre 1793)

Plusieurs des séances de la Convention avaient vu défiler à la barre

des députations venant offrir les dépouilles des églises, et des

ecclésiastiques venant déposer leurs lettres de prêtrise. Danton

s'éleva avec force contre ces _mascarades antireligieuses_, et,

rappelant les différents besoins et désirs du peuple, demanda plus

d'activité dans les mesures révolutionnaires et la lecture du rapport

sur la conspiration de l'étranger ourdie par le baron Jean de Batz.

* * * * *

Il y a un décret qui porte que les prêtres qui abdiqueront iront

porter leur renonciation au comité. Je demande l'exécution de ce

décret, car je ne doute pas qu'ils ne viennent successivement abjurer

l'imposture. Il ne faut pas tant s'extasier sur la démarche d'hommes

qui ne font que suivre le torrent. Nous ne voulons nous engouer pour

personne. Si nous n'avons pas honoré le prêtre de l'erreur et du

fanatisme, nous ne voulons pas non plus honorer le prêtre de

l'incrédulité: nous voulons servir le peuple. Je demande qu'il n'y ait

plus de mascarades antireligieuses dans le sein de la Convention. Que

les individus qui voudront déposer sur l'autel de la patrie les

dépouilles de l'Église ne s'en fassent plus un jeu ni un trophée.

Notre mission n'est pas de recevoir sans cesse des députations qui

répètent toujours les mêmes mots. Il est un terme à tout, même aux

félicitations. Je demande qu'on pose la barrière.

Il faut que les comités préparent un rapport sur ce qu'on appelle une

conspiration de l'étranger. Il faut nous préparer à donner du ton et

de l'énergie au gouvernement. Le peuple veut, et il a raison, que la

terreur soit à l'ordre du jour. Mais il veut que la terreur soit

reportée à son vrai but, c'est-à-dire contre les aristocrates, contre

les égoïstes, contre les conspirateurs, contre les traîtres amis de

l'étranger. Le peuple ne veut pas que celui qui n'a pas reçu de la

nature une grande force d'énergie, mais qui sert la patrie de tous ses

moyens, quelque faibles qu'ils soient, non, le peuple ne veut pas

qu'il tremble.

Un tyran, après avoir terrassé la Ligue, disait à un des chefs qu'il

avait vaincus, en le faisant suer [Note: Et non "tuer" comme Vermorel,

p. 230, l'imprime.]: "Je ne veux pas d'autre vengeance de vous." Le

temps n'est pas venu où le peuple pourra se montrer clément. Le temps

de l'inflexibilité et des vengeances nationales n'est point passé; il

faut un nerf puissant, un nerf terrible au peuple. Ce nerf est le sien

propre, puisque, d'un souffle, il peut créer et détruire ses

magistrats, ses représentants. Nous ne sommes, sous le rapport

politique, qu'une commission nationale que le peuple encourage par ses

applaudissements.

Le peuple veut, après avoir fondé la République, que nous essayions

tous les moyens qui pourront donner plus de force et d'action au

gouvernement républicain.

Que chacun de vous médite donc tous les jours ces grands objets. Il

faut que le Comité de salut public se dégage de beaucoup de détails,

pour se livrer tout entier à ces importantes méditations. Donnons

enfin des résultats au peuple. Depuis longtemps c'est le peuple qui

fait toutes les grandes choses. Certes, il est beau que ses

représentants s'humilient devant sa puissance souveraine. Mais il

serait plus beau qu'ils s'associassent à sa gloire, qu'ils prévinssent

et dirigeassent ses mouvements immortels. Je demande que le Comité de

salut public, réuni à celui de sûreté générale, fasse un prompt

rapport sur la conspiration dénoncée, et sur les moyens de donner une

action grande et forte au gouvernement provisoire.

* * * * *

Fayau étant intervenu pour observer que, Danton ayant parlé de

clémence, le moment était peut-être mal choisi pour montrer de

l'indulgence envers les ennemis de la patrie, Danton répondit:

* * * * *

Je demande à relever un fait. Il est faux que j'aie dit qu'il fallait

que le peuple se portât à l'indulgence; j'ai dit au contraire que le

temps de l'inflexibilité et des vengeances nationales n'était point

passé. Je veux que la terreur soit à l'ordre du jour; je veux des

peines plus fortes, des châtiments plus effrayants contre les ennemis

de la liberté, mais je veux qu'ils ne portent que sur eux seuls.

* * * * *

Une nouvelle observation de Fayau reprocha à Danton d'avoir parlé du

gouvernement républicain comme d'un essai. Danton conclut:

* * * * *

Je ne conçois pas qu'on puisse ainsi dénaturer mes idées. Il est

encore faux que j'aie parlé d'un essai de gouvernement républicain. Et

moi aussi, je suis républicain, républicain impérissable. La

Constitution est décrétée et acceptée. Je n'ai parlé que du

gouvernement provisoire; j'ai voulu tourner l'attention de mes

collègues vers les lois de détail nécessaires pour parvenir à

l'exécution de cette Constitution républicaine.

Discours Civiques de Danton · 第 85 / 106 题