SUR LES SECOURS À ACCORDER AUX PRÊTRES SANS RESSOURCES

(22 novembre 1793)

Dans la séance de la Convention du 22 novembre fut discutée la

question des secours à accorder aux prêtres réfractaires. Danton, avec

une générosité égale à sa tolérance, proposa de secourir même ceux qui

s'étaient montrés rebelles à la loi, et ce en raison même du véritable

esprit révolutionnaire.

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Sachez, citoyens, que vos ennemis ont mis à profit pour vous perdre

jusqu'à la philosophie qui vous dirige; ils ont cru qu'en accueillant

les prêtres que la raison porte à abandonner leur état, vous

persécuteriez ceux qui sont aveuglés par le bandeau de l'erreur. Le

peuple est aussi juste qu'éclairé. L'Assemblée ne veut salarier aucun

culte, mais elle exècre la persécution et ne ferme point l'oreille aux

cris de l'humanité. Citoyens, accordez des secours à tous les prêtres;

mais que ceux qui sont encore dans l'âge de prendre un état ne

puissent prétendre aux secours de la nation après s'être procuré les

moyens de subsister. Si Pitt a pensé que l'abolition du fanatisme

serait un obstacle à votre rentrée en Belgique par la persécution que

vous ferez éprouver aux prêtres, qu'il soit détrompé, et qu'il

apprenne à respecter une nation généreuse qu'il n'a cessé de

calomnier. Citoyens, il faut concilier la politique avec la saine

raison: apprenez que si vous ôtez aux prêtres les moyens de subsister,

vous les réduisez à l'alternative, ou de mourir de faim, ou de se

réunir avec les rebelles de la Vendée. Soyez persuadés que tout

prêtre, observant le cours de la raison, se hâtera d'alléger le

fardeau de la République en devenant utile à lui-même, et que ceux qui

voudront encore secouer les torches de la discorde seront arrêtés par

le peuple qui écrase tous ses ennemis sous le char de la Révolution.

Je demande l'économie du sang des hommes; je demande que la Convention

soit juste envers ceux qui ne sont pas signalés comme les ennemis du

peuple. Citoyens, n'y eût-il qu'un seul prêtre qui, privé de son état,

se trouve sans ressources, vous lui devez de quoi vivre; soyez justes,

politiques, grands comme le peuple: au milieu de sa fureur vengeresse,

il ne s'écarte jamais de la justice; il la veut. Proclamez-la en son

nom, et vous recevrez ses applaudissements.

Discours Civiques de Danton · 第 84 / 106 题