SUR LES CRÉANCIERS DE LA LISTE CIVILE ET LES RÉQUISITIONS
DÉPARTEMENTALES
(14 août 1793)
Mallarmé, dans la séance du 14 août, proposa à la Convention de payer
aux boulanger, boucher et autres employés de la liste civile ce qui
leur demeurait dû. Il n'exceptait de cette mesure que les créanciers
ayant prêté de l'argent "au ci-devant roi pour l'aider à étouffer la
liberté naissante". (_Moniteur_, n° 227.) Danton s'opposa en ces
termes à la proposition de Mallarmé:
* * * * *
Il doit paraître étonnant à tout bon républicain que l'on propose de
payer les créanciers de la ci-devant liste civile, tandis que le
décret qui accorde des indemnités aux femmes et enfants des citoyens
qui versent leur sang pour la patrie reste sans exécution. Aucun homme
de bonne foi ne peut disconvenir que les créanciers de la liste civile
ne fussent les complices du tyran dans le projet qu'il avait formé
d'écraser le peuple français. La distinction faite par Mallarmé est
nulle pour des hommes clairvoyants. On sait qu'il y avait des
aristocrates qui prêtaient des sommes d'argent au tyran, duquel ils
recevaient des reconnaissances portant qu'ils lui avaient fourni telle
quantité de telle ou telle marchandise. Je demande que la Convention
décrète que la nation ne paiera aucun créancier du ci-devant roi. Je
demande aussi que la liste de ses créanciers soit imprimée, afin que
le peuple les connaisse.
* * * * * Les propositions de Danton furent adoptées. Barère
monta aussitôt à la tribune et demanda, au nom du Comité de salut
public, d'étendre les devoirs des envoyés des assemblées primaires et
de les charger de faire un appel au peuple. Danton proposa de les
obliger, en outre, à de nouvelles réquisitions.
* * * * *
En parlant à l'énergie nationale, en faisant appel au peuple, je crois
que vous avez pris une grande mesure, et le Comité de salut public a
fait un rapport digne de lui, en faisant le tableau des dangers que
court la patrie, et des ressources qu'elle a, en parlant des
sacrifices que devaient faire les riches, mais il ne nous a pas tout
dit. Si les tyrans mettaient notre liberté en danger, nous les
surpasserions en audace, nous dévasterions le sol français avant
qu'ils pussent le parcourir, et les riches, ces vils égoïstes,
seraient les premiers la proie de la fureur populaire. Vous qui
m'entendez, répétez ce langage à ces mêmes riches de vos communes;
dites-leur: "Qu'espérez-vous, malheureux? Voyez ce que serait la
France si l'ennemi l'envahissait, prenez le système le plus favorable.
Une régence conduite par un imbécile, le gouvernement d'un mineur,
l'ambition des puissances étrangères, le morcellement du territoire
dévoreraient vos biens; vous perdriez plus par l'esclavage que par
tous les sacrifices que vous pourriez faire pour soutenir la liberté."
Il faut qu'au nom de la Convention nationale, qui a la foudre
populaire entre les mains, il faut que les envoyés des assemblées
primaires, là où l'enthousiasme ne produira pas ce qu'on a droit d'en
attendre, fassent des réquisitions à la première classe. En réunissant
la chaleur de l'apostolat de la liberté à la rigueur de la loi, nous
obtiendrons pour résultat une grande masse de forces. Je demande que
la Convention donne des pouvoirs plus positifs et plus étendus aux
commissaires des assemblées primaires, et qu'ils puissent faire
marcher la première classe en réquisition. Je demande qu'il soit nommé
des commissaires pris dans le sein de la Convention pour se concerter
avec les délégués des assemblées primaires, afin d'armer cette force
nationale, de pourvoir à sa subsistance, et de la diriger vers un même
but. Les tyrans, en apprenant ce mouvement sublime, seront saisis
d'effroi, et la terreur que répandra la marche de cette grande masse
nous en fera justice. Je demande que mes propositions soient mises aux
voix et adoptées.
* * * * *
"Les propositions de Danton sont décrétées au milieu des
applaudissements." (_Moniteur_, n° 227.)