CONTRE LES ASSIGNATS ROYAUX

(31 juillet 1793)

Cambon, dans cette séance du 31 juillet, proposa à la Convention de

démonétiser les assignats royaux d'une valeur au-dessus de cent

livres, tout en gardant la valeur de ceux de cinquante livres. Sur

cette proposition, Bazire demanda la question préalable. Danton se

rangea à l'avis de Cambon, dont la Convention en cette même séance

adopta le décret.

* * * * *

Je demande à parler contre l'ajournement.... Je combats la question

préalable demandée par Bazire. Il y a plus de six mois que j'ai dit

ici qu'il y a trop de signes représentatifs en circulation; il faut

que ceux qui possèdent immensément payent la dette nationale. Quels

sont ceux qui supportent la misère publique, qui versent leur sang

pour la liberté, qui combattent l'aristocratie financière et

bourgeoise? ce sont ceux qui n'ont pas en leur pouvoir un assignat

royal de cent livres. Frappez, que vous importent les clameurs des

aristocrates; lorsque le bien sort en masse de la mesure que vous

prenez, vous obtenez la bénédiction nationale. On a dit que cette loi

aurait un effet rétroactif, c'est ici une loi politique, et toutes les

lois politiques qui ont rasé le despotisme n'ont-elles pas en un effet

rétroactif? Qui de vous peut les blâmer?

On a dit que celui qui n'a qu'un assignat de cent livres sera grevé,

parce qu'il sera obligé de vendre son assignat. Je réponds qu'il y

gagnera, car les denrées baisseront; d'ailleurs, ce ne sont pas les

hommes de la Révolution qui ont ces assignats. Soyez comme la nature,

elle voit la conservation de l'espèce; ne regardez pas les individus.

Si le despotisme triomphait, il ferait disparaître tous les signes de

la liberté. Eh bien, ne souillez pas les yeux des amis de la liberté

de l'image du tyran dont la tête est tombée sous le glaive de la loi.

Les despotes de l'Europe diront: "Quelle est cette nation puissante

qui par un seul décret améliore la fortune publique, soulage le

peuple, fait revivre le crédit national, et prépare de nouveaux moyens

de combattre les ennemis?" Cette mesure n'est pas nouvelle, Cambon l'a

longtemps méditée; il est de votre devoir de l'adopter; si vous ne

l'adoptez pas, la discussion qui vient d'avoir lieu produira des

inconvénients qui peuvent être attachés à la loi, et n'en présentera

aucun avantage. Je ne me connais pas grandement en finances, mais je

suis savant dans le bonheur de mon pays. Les riches frémissent de ce

décret; mais je sais que ce qui est funeste à ces gens est avantageux

pour le peuple. Le renchérissement des denrées vient de la trop grande

masse d'assignats en circulation; que l'éponge nationale épuise cette

grande masse, l'équilibre se rétablira. Je demande que la proposition

de Cambon soit adoptée.

Discours Civiques de Danton · 第 74 / 106 题