DANS LE NORD

Pendant ce temps, la bataille se poursuivait entre les collines de

l’Artois, la Lys et les abords de Lille où, l’on s’en souvient, les

Allemands étaient parvenus, forts d’un corps d’armée.

Notre cavalerie, appuyée par les colonnes d’infanterie, avait

complètement balayé la région au Nord de la Lys; Hazebrouck et

Bailleul étaient dégagés; vers le 13, nos troupes, poursuivant ce

premier succès, refoulaient les Allemands de l’autre côté de la Lys;

le 16, on apprenait que presque tous les points de passage étaient à

nous; nous occupions la ville industrielle d’Estaires, où aboutissent

les routes vers la Flandre maritime française et la Flandre belge. Dès

que la rivière put être traversée, nos avant-gardes prenaient

possession du village de Laventie, dans une région marécageuse appelée

le Pays Bas, puis, descendant la rive droite de la Lys, atteignaient

Fleurbaix et les faubourgs d’Armentières. La ville elle-même était

réoccupée par nous: la nouvelle en parvenait le 18. Pendant ce temps,

d’autres colonnes se dirigeaient vers la Bassée et Lille et

atteignaient Fromelles, Illies, Givenchy.

Le 19, les communiqués du quartier général jusqu’alors très sobres,

révélaient que, depuis dix jours, une des plus violentes batailles de

la campagne se livrait, de la Bassée aux abords d’Arras, dans la vaste

région houillière qui a pour centre la ville de Lens, illustrée par la

victoire du grand Condé. La lutte prenait un caractère extrêmement

pénible et sanglant, l’ennemi ayant fait des nombreuses et vastes

agglomérations ouvrières autant de forteresses, qu’il faut enlever

maison par maison. Ainsi, la gracieuse ville de la Bassée est devenue

un enfer; ainsi, au Sud-Ouest de Lens, aux sources de la Deule, le

village d’Ablain-Saint-Nazaire fut le théâtre d’un ardent combat de

rues. Tout le pays noir, comme on dit là-bas, est couvert de

mitraille. Notre artillerie a de nouveau accompli son œuvre sanglante:

une batterie, à elle seule, a détruit quinze mitrailleuses dont deux

blindées.

[Illustration: Le théâtre des opérations militaires dans le Nord.

_Voir, pour l’ensemble, la carte imprimée sur la couverture, face à la

première page._]

Et la lutte dure toujours: le 20, on la disait très violente en avant

de Lille où l’ennemi résistait, aux abords d’Armentières, à Fournes,

village situé à 10 kilomètres à peine de Lille, et enfin à la Bassée.

Mais nulle part les Allemands ne réussissaient dans leurs attaques ou

leurs répliques.

D’autres combats, peut-être des batailles, avaient lieu entre Arras et

Lens depuis le 13. Aucun renseignement n’a été fourni sur cette partie

des opérations. Les communiqués se bornaient à annoncer chaque jour un

progrès.

L'Illustration, No. 3738, 24 Octobre 1914 · 第 19 / 25 题