XXVI

Cette chute ne devait pas être la dernière. Un apprenti cavalier tombe

sept fois par jour, dit un proverbe, autant de fois que le sage pèche.

Mais avec l’habitude, Gédéon, dans ces nombreuses séparations de corps,

trouva moyen de choir sans se faire aucun mal.--C’était déjà un sensible

progrès.

On le faisait alors trotter en cercle durant des heures entières; bon

gré mal gré il acquérait cette solidité, cet aplomb, indispensables au

hussard qui doit faire revivre le type du centaure Chiron, ce dieu du

manége, ce patron des écuyers.

Trotter en cercle!... Jamais Gédéon, conscrit naïf, n’avait imaginé

pareil supplice. Au quinzième tour il était brisé.

Monté sur un cheval à réactions violentes, un trotteur dur, il était

affreusement secoué dans tous les sens. Enlevé à un pied au-dessus de la

selle, il retombait à contre-temps, et, par un mouvement involontaire, à

tout instant sa main demandait à la cinquième rêne un secours ou un

point d’appui.

Essoufflé, endolori, il tournait vers son instructeur des regards

suppliants; le brigadier n’y prenait garde:

--La tête haute, donc! criait-il, le corps en arrière les genoux liants.

Et le cheval trottait toujours, et Gédéon craignait à chaque moment de

voir s’effondrer son estomac; il ressentait entre les épaules de

sérieuses douleurs.

--Brigadier, disait-il, brigadier, une minute d’arrêt, je vous en prie,

une minute.

Mais l’instructeur faisait la sourde oreille, ou répondait par ce

commandement terrible:

--Allongez.....

C’est-à-dire: que le trot devienne plus rapide, que les réactions soient

plus violentes, les secousses plus douloureuses.....--Allongez!

Et le cheval trottait toujours, et le brigadier commandait:

--Relevez et croisez les étriers!.....

En mettant pied à terre,--enfin!--ce fut une bien autre chanson; Gédéon

s’aperçut qu’il avait l’_assiette_ affreusement endommagée. Chaque pas

lui coûtait une douleur et lui faisait faire d’horribles grimaces.

--En cet état, pensa-t-il, il m’est impossible de remonter à cheval.

Ses camarades, qu’il consulta, lui donnèrent comme calmants de

merveilleuses recettes. L’un lui conseilla des compresses de tabac

mouillé, l’autre prétendit le guérir--comme avec la main--avec des

lotions d’eau-de-vie, de vinaigre et de poivre.

Gédéon essaya.... il lui en cuit encore.

De désespoir, il alla trouver le chirurgien-major, afin d’obtenir de lui

une _exemption de cheval_. Il se croyait gravement malade.

Mais le docteur, après un coup d’œil, haussa les épaules:

--Que voulez-vous que j’y fasse! répondit-il; vous exempter de monter à

cheval? ce serait toujours à recommencer. Il faut que l’assiette se

cornifie.

Et comme Gédéon insistait:

--Il ne peut y avoir, dit le docteur, de hussard sans bœuf à la mode.

Allez.

Le 13e Hussards, types, profils, esquisses et croquis militaires... á pied et á cheval · 第 34 / 85 题