et que pour la première fois les députés vinrent à l'audience sans
être en habit de cour, pas même les évêques et curés, qui vinrent en
habit court.
* * * * *
«La Reine n'étant pas prévenue de l'hommage que l'Assemblée désiroit
rendre à Sa Majesté, étoit en ce moment à sa toilette et se disposoit
à jouer en public. Le désir de ne pas faire attendre l'Assemblée
engagea la Reine à donner audience sur-le-champ sans être en grand
habit. Sa Majesté s'étant donc placée dans son fauteuil dans le grand
cabinet, les officiers des cérémonies introduisirent l'Assemblée comme
ils avoient fait chez le Roi. L'appartement fut rempli par les
députés, dont un assez grand nombre ne purent pas entrer. La Reine se
leva pour recevoir l'Assemblée, et M. Freteau, dans son discours,
ayant témoigné le désir qu'avoient les représentans de la nation de
voir M. le Dauphin entre les bras de Sa Majesté, la Reine ordonna au
maître des cérémonies de l'aller chercher; et, lorsqu'il fut arrivé,
la Reine le prit dans ses bras et le fit voir à tous les députés, qui
firent retentir la salle d'applaudissements et des acclamations
réitérées de Vive le Roi! vive la Reine! vive M. le Dauphin! Sa
Majesté voulut bien faire ainsi tout le tour du cabinet pour que tous
les députés pussent voir M. le Dauphin et dire en même temps des
paroles pleines de bonté à ceux d'entre eux qui se trouvèrent près
d'elle. La Reine rentra ensuite dans son appartement, et l'Assemblée
se retira reconduite jusqu'au bas de l'escalier par les officiers des
cérémonies. Le maître des cérémonies croit devoir observer à cette
occasion que la Reine recevant toujours les corps de la même manière
que le Roi, auroit pu ne pas se lever à l'entrée de l'Assemblée
nationale, et que ce fut une marque particulière d'égards que Sa
Majesté voulut lui donner en se levant et en disant aussi un mot sur
ce qu'elle n'étoit point en grand habit.
»La Chambre des comptes et la Cour des monnoies n'ayant pu être
admises à l'audience de la Reine le lundi 19, mais désirant ardemment
ne pas perdre cette occasion de lui présenter leurs respects, Sa
Majesté voulut bien les recevoir le mercredi 21. Elles se rendirent en
conséquence aux Tuileries à midi, et la Reine les reçut avant la
messe; elles furent traitées de tout point, la Chambre des comptes
comme le Parlement, et la Cour des monnoies comme l'Université.
Monseigneur le Dauphin et Madame, fille du Roi, furent présents à
l'audience.
»Il n'avoit point été d'usage jusqu'à ce moment que le Châtelet
complimentât le Roi et la Reine dans les cérémonies où les cours
supérieures avoient cet honneur; mais le Roi voulut bien dans cette
circonstance le faire jouir de cette prérogative et fixa au samedi 24
le jour de l'audience. Il fut conduit, reçu et traité comme la Cour
des monnoies. Le lieutenant civil porta la parole, et ayant demandé au
Roi la permission de haranguer la Reine, Sa Majesté voulut bien le
permettre, et les officiers des cérémonies conduisirent la députation
à l'appartement de Sa Majesté, où elle fut également traitée comme la
Cour des monnoies. M. le Dauphin et Madame, fille du Roi, étant allés
promener, la Reine voulut bien en marquer du regret au Châtelet.
»Ce même jour, le Roi donna audience à la municipalité de Paris,
provisoirement constituée; il y avoit eu d'abord quelque incertitude
pour savoir si ce seroit une audience de cérémonie; mais ces messieurs
s'étant rassemblés dans l'appartement de madame la princesse de
Chimay, Sa Majesté ordonna aux officiers des cérémonies de les aller
chercher comme aux précédentes audiences. Ce n'étoient plus les
représentans de la Commune, mais le tribunal remplaçant l'ancien
bureau de la ville, et les soixante membres formant le corps
municipal, en attendant le décret de l'Assemblée qui devoit prononcer
sur toutes les municipalités du royaume. M. Bailly étoit en robe à la
tête, ainsi que les lieutenans de maire, assesseurs, procureurs du
Roi, greffier, etc. Cette audience fut plutôt une présentation qu'une
audience, M. Bailly n'ayant point prononcé de discours. La
municipalité fut traitée en tout point comme l'avoient été ci-devant
les représentans de la Commune. En sortant de chez le Roi, le corps
municipal fut chez la Reine, et M. Bailly eut également l'honneur de
le présenter à Sa Majesté, qui voulut bien dire un mot sur l'absence
de M. le Dauphin et de Madame.»
* * * * *
_Nota._ La garde se trouvoit monter dans la cour au moment où la
municipalité passoit; on fit faire un _à droite_ aux soldats et porter
_les armes_; chose qui assurément ne pourroit tirer à conséquence dans
d'autres circonstances.
* * * * *
«Le bureau des trésoriers de France n'étoit point dans l'usage de se
rendre à Versailles lors des complimens des compagnies; cependant le
Roi voulut bien avoir égard au vif désir qu'ils avoient de présenter
leurs respects à Sa Majesté, et permettre qu'ils se rendissent à
l'OEil-de-boeuf pour la complimenter à son passage pour la messe,
ainsi que l'avoient fait les consuls. Ils s'y rendirent en effet, et
eurent l'honneur de complimenter le Roi à son passage, présentés par
le comte de Saint-Priest. La Reine allant à la messe avec le Roi,
voulut bien, par une extrême bonté, trouver bon que ces messieurs la
complimentassent tout de suite, sans aller à l'appartement de Sa
Majesté, comme le respect et le devoir l'exigeoient. Le comte de
Saint-Priest eut l'honneur de les lui présenter.» _Nota._ Les
trésoriers de France ont réclamé depuis sur ce qu'ils n'avoient point
été reçus en cérémonie, s'appuyant sur l'exemple du Châtelet. Le
maître des cérémonies leur ayant répondu, ils ne se sont pas
contentés, et ont fait un nouveau mémoire pour appuyer leurs
prétentions sur des titres fort anciens. Le maître des cérémonies n'a
pas cru devoir importuner le Roi du détail de ces réclamations jusqu'à
ce moment; mais il aura l'honneur de supplier Sa Majesté de donner une
décision, si ces messieurs persistent dans leurs réclamations.
«L'Amirauté générale de France ayant sollicité le même honneur dont
avoient joui les consuls et les trésoriers de France, quoiqu'elle
n'eût point d'exemple à citer en sa faveur, le Roi voulut bien agréer
leur demande, et permettre que les officiers de ce tribunal fussent
assimilés à ceux des deux autres compagnies. Ils se rendirent donc aux
Tuileries et eurent l'honneur de complimenter le Roi lors de son
passage pour la messe, présentés par le comte de Saint-Priest. La
Reine permit aussi qu'ils complimentassent Sa Majesté au même moment,
comme l'avoient fait les trésoriers de France, et que le comte de
Saint-Priest les lui présentât, sans que la députation se rendît à son
appartement.
»L'Académie françoise, se trouvant aussi en vacance, ne put avoir
audience du Roi avant le lundi 16 novembre. Le Roi la reçut dans la
chambre du lit, et tout se passa selon l'usage accoutumé.
»De chez le Roi, la députation fut chez la Reine. Sa Majesté étoit
dans son fauteuil, ayant près d'Elle M. le Dauphin et Madame. Elle
avoit permis à M. le chevalier de Boufflers, directeur de l'Académie,
d'adresser un petit discours à M. le Dauphin; ce qu'il fit après avoir
reçu la réponse de la Reine. Sa Majesté voulut bien également répondre
pour M. le Dauphin.
»Le maître des cérémonies, en remettant cet extrait sous les yeux du
Roi, conformément à l'ordre que Sa Majesté lui en a donné, a cru de
son devoir d'observer qu'il y a eu dans toutes ces audiences diverses
irrégularités qui tiennent aux circonstances, nommément la présence de
M. le Dauphin aux audiences données par la Reine, étant contraire à
l'usage et au respect dû a Sa Majesté qu'il soit rendu aucun hommage
en sa présence à nulle autre personne. C'est une marque particulière
de bonté que Sa Majesté a bien voulu le permettre pour ne pas priver
les Cours de l'honneur de rendre à M. le Dauphin l'hommage direct et
personnel qu'elles lui doivent; mais cet exemple ne doit nullement
tirer à conséquence pour la suite.
»Les honneurs rendus par la garde ne doivent non plus faire aucun
titre pour élever par la suite des prétentions de la part d'aucun
corps, quel qu'il soit; c'est une suite de circonstances particulières
qui ne peuvent tirer à conséquence.
»DE NANTOUILLET.»
XXIII
_Samedi 27 novembre 1790, séance du soir._
L'Assemblée nationale, ouï le rapport qui lui a été fait au nom de ses
comités ecclésiastique, des rapports, d'aliénation et des recherches,
décrète ce qui suit:
ARTICLE PREMIER. Les évêques ci-devant archevêques, et les curés
conservés en fonctions, seront tenus, s'ils ne l'ont pas fait, de
prêter le serment auquel ils sont assujettis par l'article 39 du
décret du 24 juillet dernier, et réglé par les articles 21 et 38 de
celui du 12 du même mois, concernant la constitution civile du clergé;
en conséquence, ils jureront, en vertu du dernier décret, de veiller
avec soin sur les fidèles du diocèse ou de la paroisse qui leur est
confiée, d'être fidèles à la nation, à la loi et au Roi, et de
maintenir de tout leur pouvoir la constitution décrétée par
l'Assemblée nationale et acceptée par le Roi; savoir, ceux qui sont
actuellement dans leurs diocèses ou leurs cures, dans la huitaine;
ceux qui sont absents, mais qui sont en France, dans un mois; et ceux
qui sont en pays étrangers, dans deux mois; le tout à compter de la
publication du présent décret.
ART. 2. Les vicaires des évêques, les supérieurs et directeurs des
séminaires, les vicaires des curés, les professeurs de séminaires et
de colléges, et tous autres ecclésiastiques fonctionnaires publics,
feront dans le même délai le serment de remplir leurs fonctions avec
exactitude, d'être fidèles à la nation, à la loi et au Roi, et de
maintenir de tout leur pouvoir la constitution décrétée par
l'Assemblée nationale et acceptée par le Roi.
ART. 3. Le serment sera prêté un jour de dimanche, à l'issue de la
messe, savoir: par les évêques, les ci-devant archevêques, leurs
vicaires, les supérieurs et directeurs de séminaires, dans l'église
épiscopale; et par les curés, leurs vicaires et tous autres
ecclésiastiques fonctionnaires publics, dans l'église de leurs
paroisses et en présence du conseil général de la commune et des
fidèles; à cet effet, ils feront par écrit, au moins deux jours
d'avance, leur déclaration au greffe de la municipalité de leur
intention de prêter le serment, et se concerteront avec le maire pour
arrêter le jour.
ART. 4. Ceux desdits évêques ci-devant archevêques, curés et autres
ecclésiastiques fonctionnaires publics qui sont membres de l'Assemblée
nationale, ou qui y exercent actuellement leurs fonctions de députés,
prêteront le serment qui les concerne respectivement à l'Assemblée
nationale, dans la huitaine du jour auquel la sanction du présent
décret aura été annoncée, et, dans la huitaine suivante, ils enverront
un extrait de la prestation de leur serment à leur municipalité.
ART. 5. Ceux desdits évêques ci-devant archevêques, et autres
ecclésiastiques fonctionnaires publics qui n'auront pas prêté, dans
les délais déterminés, le serment qui leur est respectivement
prescrit, seront réputés avoir renoncé à leur office, et il sera
pourvu à leur remplacement comme en cas de vacance par démission, en
la forme du titre second du décret du 12 juillet dernier, concernant
la constitution civile du clergé; à l'effet de quoi le maire sera
tenu, huitaine après l'expiration desdits délais, de dénoncer le
défaut de prestation de serment, savoir: de la part de l'évêque ou
ci-devant archevêque, de ses vicaires, des supérieurs ou directeurs de
séminaires, au procureur général syndic du département; et de celle du
curé, de ses vicaires et des autres ecclésiastiques fonctionnaires
publics, au procureur-syndic du district, l'Assemblée les rendant
garants et responsables les uns et les autres de leur négligence à
procurer l'exécution du présent décret.
ART. 6. Dans le cas où lesdits évêques ci-devant archevêques, curés et
autres ecclésiastiques fonctionnaires publics, après avoir prêté leur
serment respectif, viendraient à y manquer, soit en refusant d'obéir
aux décrets de l'Assemblée nationale, acceptés ou sanctionnés par le
Roi, soit en formant ou excitant des oppositions à leur exécution,
ils seront poursuivis dans les tribunaux de district comme rebelles à
la loi, et punis par la privation de leur traitement, et, en outre,
déclarés déchus des droits de citoyens actifs, incapables d'aucune
fonction publique; en conséquence, il sera pourvu à leur remplacement,
en la forme dudit décret du 12 juillet dernier, sauf plus grandes
peines, s'il y échet, suivant l'exigence et la gravité des cas.
ART. 7. Ceux desdits évêques ci-devant archevêques, curés et autres
ecclésiastiques fonctionnaires publics conservés en fonctions, et
refusant de prêter leur serinent respectif, ainsi que ceux qui ont été
supprimés, les membres des corps ecclésiastiques séculiers également
supprimés, qui s'immisceraient dans aucune de leurs fonctions
publiques ou dans celles qu'ils exerçaient encore, seront poursuivis
comme perturbateurs de l'ordre public et punis des mêmes peines que
ci-dessus.
ART. 8. Seront de même poursuivies comme perturbateurs de l'ordre
public, et punies suivant la rigueur des lois, toutes personnes
ecclésiastiques ou laïques qui se coaliseraient pour combiner un refus
d'obéir aux décrets de l'Assemblée nationale acceptés ou sanctionnés
par le Roi, ou pour former ou pour exciter des oppositions à leur
exécution.
XXIV
À NOTRE TRÈS-CHER FILS AÎNÉ EN JÉSUS-CHRIST, LOUIS, ROI DE FRANCE
TRÈS-CHRÉTIEN, LE PAPE PIE VI.
Le voilà donc arrivé ce moment après lequel nous soupirions avec tant
d'ardeur! Nous apprenons que Votre Majesté, au milieu des hasards, des
alarmes et des dangers, vient d'échapper, avec toute la famille
royale, à la rage barbare et féroce des Parisiens, et qu'elle est
enfin en sûreté. La parole ne peut exprimer, très-cher fils en
Jésus-Christ, la vive consolation qu'a répandue dans mon coeur
paternel cette heureuse nouvelle; et cette jouissance ne m'est pas
particulière: Rome entière la partage: elle a été ressentie par les
citoyens de tous les ordres. Tous, depuis le rang le plus élevé
jusqu'au plus humble, sont enchantés de vous voir, par la protection
de Dieu, échappé aux plus grands dangers. Nos rues, nos places
publiques retentissent des cris d'allégresse du peuple romain, qui se
félicite de votre évasion. Et ne croyez pas que j'exagère ces
sentiments: nous avons pour témoins de cette joie universelle nos
très-chères filles on Dieu, les Princesses Royales Marie-Adélaïde et
Victoire-Marie, vos respectables tantes, et notre vénérable frère le
cardinal de Bernis, qui, dans cet élan universel des coeurs, n'ont pu
retenir leurs larmes. Ma prétention de remporter sur tous les autres
dans les sentiments de consolation que j'éprouve, est une vérité dont
il sera facile de vous convaincre, vous qui savez si bien quels ont
toujours été pour vous mon amour et mon zèle à vous obliger, et
combien, surtout dans ces derniers temps de douleurs, d'angoisses et
de calamités, mon coeur a partagé vos malheurs. Cette nouvelle est
pour moi d'autant plus consolante, que je vois clairement, dans votre
départ, la preuve de votre constant attachement à la Religion, à
l'Église et à presque tous ces illustres prélats de France qui,
dispersés, montrent dans leur exil une constance inébranlable dans la
foi et dans toutes les vertus.
Mais que dirai-je de ce nombre infini de gens de bien, de cette
noblesse émigrante, qui fondent sur vous tout leur espoir, et qui se
dévouent entièrement pour vous?
Oui, tous les sentiments de joie qu'ils ressentent de vous voir enfin
en liberté, d'avoir enfin recouvré leur Roi, mon cour en est rempli et
enivré. Leurs voeux pour vous, leur noble espoir, refluent jusque sur
nous.
Aussi me suis-je empressé de rendre d'infinies, d'immortelles actions
de grâces au Dieu tout bon, tout-puissant, à la miséricorde duquel
nous devons rapporter ce commencement de succès; et je m'empresse de
vous témoigner, par cette lettre de félicitation, les sentiments de
joie et d'attachement dont mon coeur est plein. Elle vous sera remise
par notre vénérable frère Barthélemy, archevêque de Damiette, notre
nonce ordinaire sur les bords du Rhin, nonce à Cologne.
Lorsqu'il aura l'honneur de vous la présenter, et de remplir auprès de
Votre Majesté les fonctions dont nous l'avons chargé, nous vous
supplions de le recevoir avec votre royale bonté et d'avoir en lui
toute la confiance que vous auriez en nous-même. Le rôle que je
remplis ici près de vous, je le remplis aussi près de notre fille en
Dieu, la Reine Antoinette, votre chère épouse; près de notre très-cher
fils en Dieu, Louis, Dauphin, et toute la famille royale, avec tout le
zèle et l'affection dont je suis capable. Que de voeux, que de
prières, que de larmes nous offrons pour vous au Tout-Puissant! Nous
lui demandons pour vous un prompt, paisible et triomphant retour dans
votre royaume; nous lui demandons de vous rendre votre ancienne
autorité, de réformer les lois et de vous rétablir dans tous vos
droits. Que la Religion vous y ramène avec le brillant cortége des
évêques remontant sur leurs siéges! Qu'elle règne avec vous sur les
peuples dont elle aura réprimé l'orgueil et la licence, et dont elle
aura plié les coeurs, enfin, dociles au joug des moeurs, de la piété,
de tous les devoirs! Tels sont les voeux que nous ne cessons de former
pour vous au ciel; tel est l'unique objet de nos pensées, de nos
désirs, des soins qui nous occupent. C'est dans cet esprit, très-cher
fils, que, du fond de notre coeur, nous vous donnons, à vous et à
votre auguste épouse, à toute la famille royale, notre bénédiction
apostolique. Puisse-t-elle être pour vous le présage et
l'avant-coureur des bénédictions divines et des succès qui doivent
couronner vos nobles desseins et vos grandes entreprises!
Donné à Rome, le 16 juillet 1791, l'an dix-septième de notre
Pontificat.
XXV
PROCLAMATION DU ROI
SUR LES ÉVÉNEMENTS DU 20 JUIN 1792, L'AN IV DE LA LIBERTÉ.
Les Français n'auront pas appris sans douleur qu'une multitude égarée
par quelques factieux est venue à main armée dans l'habitation du Roi,
a traîné du canon jusque dans la salle des gardes, a enfoncé les
portes de son appartement à coups de hache, et là, abusant
audacieusement du nom de la nation, elle a tenté d'obtenir par la
force la sanction que Sa Majesté a constitutionnellement refusée à
deux décrets.
Le Roi n'a opposé aux menaces et aux insultes des factieux que sa
conscience et son amour pour le bien public.
Le Roi ignore quel sera le terme où ils voudront s'arrêter; mais il a
besoin de dire à la nation française que la violence, à quelque excès
qu'on veuille la porter, ne lui arrachera jamais un consentement à
tout ce qu'il trouvera contraire à l'intérêt public. Il expose sans
regret sa tranquillité, sa sûreté; il sacrifie même sans peine la
jouissance des droits qui appartiennent à tous les hommes, et que la
loi devrait faire respecter chez lui, comme chez tous les citoyens;
mais, comme représentant héréditaire de la nation française, il a des
devoirs sévères à remplir; et, s'il peut faire le sacrifice de son
repos, il ne fera pas le sacrifice de ses devoirs.
Si ceux qui veulent renverser la monarchie ont besoin d'un crime de
plus, ils peuvent le commettre. Dans l'état de crise où elle se
trouve, le Roi donnera jusqu'au dernier moment, à toutes les autorités
constituées, l'exemple du courage et de la fermeté qui seuls peuvent
sauver l'empire. En conséquence, il ordonne à tous les corps
administratifs et municipaux de veiller à la sûreté des personnes et
des propriétés.
Fait à Paris, le 22 juin 1792, l'an IV de la Liberté.
_Signé_: LOUIS.
_Et plus bas_: TERRIER.
FIN DU PREMIER VOLUME.
TABLE
DU PREMIER VOLUME.
LETTRE DE Mgr DUPANLOUP, évêque d'Orléans i
AU LECTEUR v
INTRODUCTION.--DERNIÈRES ANNÉES DU RÈGNE DE LOUIS XV
(23 mai 1764--10 mai 1774) 1
LIVRE I. ÉDUCATION DE MADAME ÉLISABETH.--MARIAGE DE MADAME
CLOTILDE (13 mars 1704--28 août 1777) 49
-- II. LETTRES DE MADAME DE BOMBELLES (1777--1782) 115
-- III. (1783--1786) 223
-- IV. (Janvier 1787--Septembre 1789) 255
-- V. 305
-- VI. FUITE DE LA FAMILLE ROYALE (20--26 juin 1791) 367
-- VII. 399
NOTES, DOCUMENTS ET PIÈCES JUSTIFICATIVES 479
I. Lettres du Dauphin et de la Dauphine adressées à madame
de Chambors 479
II. Plan d'étude pour l'éducation du duc de Berry (Dauphin,
puis Louis XVI) 482
III. Mémoire de la Noblesse, remis à Louis XVI par l'évêque de
Noyon 493
IV. Réponse du Roi au Mémoire de la Noblesse 497
V. Note sur les prières adressées de toutes parts pour le
repos de l'âme de Louis XV 497
VI. Discours de Gresset, directeur de l'Académie française,
adressé au Roi Louis XVI lors de son avénement à la
couronne 499
VII. Note sur l'auteur de _Vert-Vert_ 500
VIII. Récit officiel pour le bout de l'an du Roi Louis XV,
dans l'abbaye de Saint-Denis. Description du mausolée 500
IX. Discours prononcé par Sidi-Abderahman-Bediri-Aga, le
27 mai 1775, à l'audience du Roi 507
X. Lettre de M. de Vergennes, ministre des affaires
étrangères, au Roi 508
XI. Inoculation de Madame Élisabeth 512
XII. Lettre de madame Washington 513
XIII. Don fait au Roi par les États de Bourgogne d'un vaisseau
de premier rang 515
XIV. Lettre de M. de Bouillé 516
XV. Dévouement de Catherine Vassent 519
XVI. Testament de Madame Sophie 522
XVII. Notes sur le voyage du comte et de la comtesse du Nord 526
XVIII. Sépulture du comte de Vermandois 541
XIX. Ouverture de son cercueil. Son épitaphe 543
XX. Acte de mariage de Jacques et de Marie, et leur contrat
de mariage 546
XXI. Musique de la romance intitulée _Pauvre Jacques_ 551
XXII. Étiquette, réception, etc 555
XXIII. Décret du 27 novembre 1790 concernant le clergé 561
XXIV. Lettre du Souverain Pontife 563
XXV. Proclamation du Roi après l'émeute du 20 juin 565
PLACEMENT DES GRAVURES.
Portrait de Madame Élisabeth à seize ans Au frontispice.
Plan de la propriété de Madame Élisabeth à
Montreuil-Versailles (1787) 208
[Notes au lecteur de ce fichier numérique:
Seules les erreurs clairement introduites par le typographe ont été
corrigées. L'orthographe de l'auteur a été conservée.
Les lettres supérieures inhabituelles sont entourées de { }.
La police de caractères utilisée pour ce fichier ne permettant pas
les macrons, [=n] est utilisée pour les n avec macrons.
Les ancres 56-A et 193 n'ont pas de note correspondante.]