_bastides_ sont reconnaissables à leurs noms, à la régularité de leur
plan ou à ces caractères réunis.
Quelques noms marquaient soit une dépendance ou une origine royale plus
particulière, comme Réalville ou Montréal, soit des privilèges octroyés
à la ville, comme Bonneville, la Sauvetat, Sauveterre, Villefranche, ou
simplement la Bastide ou Villeneuve.
Enfin un certain nombre portent les noms de provinces et de villes
françaises, ou même étrangères, cités par Ant. Saint-Paul dans
l’_Annuaire de l’archéologie française_: Barcelone ou Barcelonnette,
Beauvais, Boulogne, Bruges, Cadix, Cordes (pour Cordoue), Fleurance
(pour Florence), Bretagne, Cologne, Valence, Miélan (pour Milan), la
Française et Francescas, Grenade, Libourne (pour Livourne), Modène,
Pampelonne (pour Pampelune), etc.
Une ville neuve ou bastide a généralement la forme d’un rectangle dont
deux des côtés mesurent environ deux cent vingt-cinq mètres et les deux
autres cent soixante-quinze, comme Sauveterre d’Aveyron, par exemple. Au
milieu est ménagée une place à laquelle quatre rues aboutissent,
partageant la ville en quatre parties. Cette place est entourée de
galeries, en plein cintre ou en arc brisé, qui sont couvertes par une
charpente, ou des voûtes, ou des arcades transversales, d’où est venu
le nom de place des _Couverts_, encore usité dans certaines villes du
Midi.
Au centre de la place se trouvait la maison commune dont le
rez-de-chaussée servait de halle publique. La
[Illustration: Fig. 220.--Maison commune et beffroi d’Ypres (Belgique).]
bastide de Montréjeau a conservé cette disposition et on peut citer pour
leur régularité les villes de Montpazier, avec ses rues couvertes par de
grandes arcades en arc brisé; puis, Eymet, Domme et Beaumont, Libourne,
Sainte-Foy et Sauveterre de Guyenne, Damazan et Montflanquin, Rabastens,
Mirande, Grenade, l’Isle d’Albi et Réalmont, etc. Plusieurs bastides ont
été fondées en Guyenne par les Anglais. Enfin la ville basse de
Carcassonne, fondée en 1247, et Aigues-Mortes, en
[Illustration: Fig. 221.--Halle et beffroi de Bruges (Belgique).]
1248, sont également des villes neuves ou des bastides[86].
[Illustration: Fig. 222.--Hôtel de ville de Bruges (Belgique).]
«L’ère des bastides méridionales, ouverte en 1222 par la fondation de
Cordes-Albigeois, fut close en 1344 par une protestation des Capitouls
de Toulouse, sur laquelle le roi interdit désormais toute création
nouvelle. Il existe encore en Guyenne, en Gascogne, en Languedoc et dans
les pays circonvoisins, au moins deux cents bastides dont plusieurs,
n’ayant pas prospéré, sont restées de petits villages; sur certains
points elles étaient trop rapprochées les unes des autres pour ne pas se
porter un préjudice mutuel[87].»
L’architecture civile était arrivée au XVᵉ siècle à une prospérité si
grande que, par un effet de réaction qu’il est intéressant de noter,
tout au moins, elle apporta des modifications à l’architecture
religieuse, d’où elle était sortie, en lui transmettant certaines formes
comme l’arc en accolade ou en anse de panier, adoptées dès la fin du XVᵉ
siècle et pendant le siècle suivant qui fut, du reste, l’apogée de
l’architecture civile.
Les communes du Midi conservèrent leurs franchises jusqu’au XVIᵉ siècle,
l’époque néfaste des guerres de religion qui causèrent la destruction
d’un grand nombre d’édifices de toute nature.
La maison commune de Saint-Antonin (Tarn-et-Garonne) est peut-être la
seule qui fut épargnée et elle nous est restée comme un exemple, à peu
près intact, sauf le sommet du beffroi, des dispositions prises par les
architectes au XIIIᵉ siècle, date probable de cet édifice municipal
(fig. 200).
La petite ville de Saint-Antonin, qui avait obtenu sa charte communale
dès 1136, eut beaucoup à souffrir de sa fidélité au comte de Toulouse,
Raymond VI, et,
[Illustration: Fig. 223.--Hôtel de ville de Louvain (Belgique).]
pendant la guerre contre les Albigeois, elle fut prise deux fois par
Simon de Montfort, puis vendue par son fils Gui de Montfort à saint
Louis en 1226. C’est sans doute à cette époque que fut élevé l’édifice
qui subsiste et porte le caractère particulier de la maison commune: le
_beffroi_, c’est-à-dire la manifestation monumentale de l’autorité et de
la juridiction communale.
L’édifice se compose d’un simple bâtiment de forme rectangulaire à trois
étages, dominés par le beffroi carré; le rez-de-chaussée est une halle
communiquant avec un marché adjacent et la rue, étroite, qui passe sous
le beffroi; au premier étage se trouve la salle communale et une petite
salle dans la tour; le deuxième étage est semblable au premier.
On sait quelle fut la force d’expansion de l’art français dès la fin du
XIIᵉ siècle et nous en avons étudié les effets dans l’_architecture
religieuse_; l’influence française paraît s’être exercée également par
l’architecture civile, car nous voyons des édifices municipaux, élevés
vers la fin du XIVᵉ siècle en Italie,--à Pienza et autres villes,--qui
présentent une analogie, une ressemblance même avec celui de
Saint-Antonin construit vers le milieu du XIIIᵉ siècle.
Les maisons communes du Nord, en Allemagne et en Belgique, semblent
avoir été bâties sur un plan à peu près uniforme; un beffroi s’élevait
au centre de la façade qui accuse de grandes salles, à droite et à
gauche au premier étage, et dont l’étage inférieur était une halle pour
la vente de diverses marchandises.
La maison commune d’Ypres, en Belgique,--dite la halle aux draps depuis
la construction au XVIIᵉ siècle du nouvel hôtel de ville,--qui existe
encore, est un des plus beaux exemples de cette disposition.
[Illustration: Fig. 224.--Beffroi de Tournai (Belgique).]
Elle fut commencée en 1202 et terminée en 1304. La façade, qui mesure
140 mètres de longueur, est percée de fenêtres en arc brisé. Chaque
extrémité est marquée par une élégante tourelle et le centre est
magnifiquement accusé par un immense beffroi carré, qui est la partie la
plus ancienne de l’édifice dont la première pierre a été posée en 1200
par Baudouin IX, comte de Flandre.
A Bruges, le beffroi, ou tour des halles, commencé à la fin du XIIIᵉ
siècle et terminé un siècle plus tard, est également un exemple
intéressant des maisons communes des villes de ce temps.
L’édifice contient les halles, les salles communales, et l’ensemble des
bâtiments municipaux est dominé par un beffroi qui atteint une hauteur
de 105 mètres.
L’hôtel de ville de Bruges, remplaçant la première maison commune, fut
élevé sur la place du Bourg, de 1376 à 1387 et dans un caractère
architectural tout différent, car son aspect, très élégant par ses
détails, le fait ressembler plutôt à une chapelle somptueusement décorée
qu’à un édifice municipal.
Enfin, comme spécimen des hôtels de ville élevés en Belgique aux XIVᵉ et
XVᵉ siècles, il faut citer celui de Louvain. Il rappelle Bruges par son
architecture couverte d’ornements et surtout par sa disposition générale
qui donne l’impression d’un monument religieux.
Il fut construit de 1448 à 1463 par _Mathieu de Layens, maître maçon de
la ville et de sa banlieue_. L’édifice, avec ses trois étages, est de
forme rectangulaire dont les pignons, percés de trois étages de fenêtres
en arc brisé, sont d’une extrême richesse de moulures, de statues et
d’ornements sculptés. Il est couvert par un comble très aigu, décoré de
plusieurs étages de lucarnes; les
[Illustration: Fig. 225.--Beffroi de Gand (Belgique).]
pignons sont couronnés par trois élégantes tourelles ajourées et
surmontées de délicates pyramides. Les façades latérales sont ornées de
trois étages de statues et de sculptures allégoriques, couvrant toute la
surface avec une véritable profusion; aussi ces dentelles de pierre,
trop délicates, ont subi les atteintes un peu rudes du climat et elles
ont dû être refaites en partie vers 1840.
_Beffrois._--Dès les premiers temps de l’affranchissement des
communes, le signal des réunions était donné par les cloches,
qui n’existaient alors que dans les tours des églises et qui ne
pouvaient être sonnées qu’avec l’autorisation du clergé. On conçoit
que le nouvel état de choses occasionna des conflits sans cesse
renaissants, le clergé régulier n’étant pas disposé à favoriser ce
mouvement--_séparatiste_--qui était une atteinte portée à ses droits
féodaux. Afin d’éviter ces luttes incessantes les bourgeois établirent
des cloches au-dessus des portes des villes; puis vers la fin du
XIIᵉ siècle et dès le commencement du XIIIᵉ, ils élevèrent des tours
destinées à contenir les cloches de la ville.
C’est l’origine du _beffroi_, expression visible des franchises
communales. Il faisait corps avec la maison commune, mais il était aussi
souvent un édifice isolé.
Le beffroi isolé était une grosse tour carrée, à plusieurs étages et
couronnée par un comble en charpente, recouvert d’ardoises ou de plomb;
l’un des étages renfermait les cloches et au sommet se trouvaient les
clochettes du carillon.
A l’étage supérieur un logement, ouvert sur le pourtour d’une galerie,
était ménagé pour le guetteur qui avertissait les habitants de tous les
dangers ou événements
[Illustration: Fig. 226.--Beffroi de Calais (France).]
extérieurs et signalait les incendies. Les cloches du beffroi sonnaient
le lever du soleil et le couvre-feu.
Le carillon indiquait les heures et leurs divisions, et il mêlait, aux
jours de fête, les notes joyeuses de ses clochettes à la voix profonde
et solennelle de la grosse cloche.
L’usage de sonner la grosse cloche pour signaler les incendies est
encore suivi dans un grand nombre de villes du Nord, dont la plupart ont
conservé leurs beffrois malgré les modifications qu’ils ont subies à
différentes époques.
La tour du beffroi contenait ordinairement une prison, une salle de
réunion pour les échevins, des dépôts d’archives, des magasins d’armes;
elle fut longtemps l’unique maison commune.
En Belgique, les beffrois isolés--celui de Tournai, fondé en 1187,
reconstruit en partie à la fin du XIVᵉ siècle; celui de Gand, qui date
de la fin du XIIᵉ siècle pour la tour carrée surmontée d’une flèche
moderne--nous donnent des exemples de ces premiers édifices municipaux.
En France, il existe encore quelques édifices de ce genre particulier.
Le beffroi de Calais, dont la tour carrée, construite pendant les XIVᵉ
et XVᵉ siècles, est couronnée par une flèche octogone commencée à la fin
du XVᵉ siècle et ne fut terminée que pendant les premières années du
XVIIᵉ siècle.
Le beffroi de Béthune, qui remonte au XIVᵉ siècle, se compose d’une tour
carrée cantonnée d’échauguettes hexagones encorbellées sur trois de ses
angles; le quatrième est de même forme, mais il monte de fond et
renferme l’escalier à vis qui dessert les divers étages de la tour et
aboutit à une plate-forme crénelée; au-dessus s’élève une élégante
pyramide couronnée par la tourelle
[Illustration: Fig. 227.--Beffroi de Béthune (France).]
du guetteur, dont les détails, aussi bien que la forme, ont dû inspirer
l’architecte de Louvain pour la forme
[Illustration: Fig. 228.--Beffroi d’Evreux.]
des tourelles qui couronnent les pignons de l’hôtel de ville. Dans
l’étage supérieur se trouvent les grosses
[Illustration: Fig. 229.--Beffroi d’Avignon.]
cloches et, dans le campanile au-dessus, sont disposées les clochettes
du carillon. Au sommet de la tour et sur
[Illustration: Fig. 230.--Porte-beffroi de la _grosse cloche_, à
Bordeaux.]
chaque face, un grand cadran marque les heures suivant l’usage établi
depuis le XIVᵉ siècle, après l’application courante des grandes
horloges.
Les villes d’Auxerre, de Beaune, d’Amiens, d’Évreux, d’Avignon ont
conservé leurs beffrois.
A Amiens, le beffroi, élevé au XIIIᵉ siècle, a été surmonté,
[Illustration: Fig. 231.--Bourse des draps, dite la Loge, à Perpignan.]
au siècle dernier, d’un dôme carré; mais il a conservé, dit-on, sa
grosse cloche du XIVᵉ siècle.
Le beffroi d’Évreux existe encore tout entier à peu près tel qu’il a été
construit au XVᵉ siècle. Celui d’Avignon, de la fin du XVᵉ siècle, a été
fort heureusement conservé lors de la reconstruction de l’hôtel de ville
moderne.
A Bordeaux, la porte de l’hôtel de ville, dite la _grosse cloche_, nous
montre un exemple de la tradition ancienne, suivant laquelle on
établissait un beffroi au-dessus des portes de ville. Le beffroi de
Bordeaux, qui paraît être de la fin du XVᵉ siècle, est particulièrement
remarquable; il est formé de deux tours, reliées par une courtine dans
laquelle s’ouvre un passage couvert par des arcs; un autre arc au-dessus
abrite la grosse cloche, et l’ouvrage est couronné par un comble central
accosté des deux combles coniques des tours latérales.
Les halles, les entrepôts et les Bourses étaient souvent des dépendances
des maisons communes et, s’il reste encore quelques exemples de ces
établissements: halles et entrepôts, les Bourses ou salles de réunion
destinées aux marchands sont plus rares. Nous pouvons cependant
signaler, à Perpignan, une maison dite la Loge, construite en 1396 pour
servir de Bourse au commerce des draps de la Catalogne française et du
Roussillon, et qui est remarquable par les détails de sa construction et
de sa décoration, qui rappellent les caractères de l’architecture
espagnole du XIVᵉ siècle.
_Palais._--Au moyen âge, on désignait sous ce nom la demeure du
suzerain, et la partie _capitale_ de son palais était la _basilique_,
c’est-à-dire la grande salle où se rendait la justice.
Les seigneurs suivirent l’exemple du roi en construisant des palais dans
la capitale de leurs seigneuries, comme celles de Dijon, de Troyes et de
Poitiers principalement.
Les résidences urbaines des archevêques et des évêques prenaient
également le nom de palais.
Les cours, les parlements et les tribunaux de l’officialité se tenaient
dans le palais du suzerain ou dans celui de l’évêque, et certains
bâtiments étaient publics. Une grande salle, la _grand’salle_, était la
partie la plus importante de ces palais; elle occupait un vaste espace
[Illustration: Fig. 232.--Palais épiscopal, à Laon.]
couvert dans lequel se tenaient les cours plénières, les assemblées des
vassaux et se donnaient les banquets. Elle était desservie par des
galeries ou promenoirs, et une chapelle était toujours comprise dans le
plan du palais. Celui-ci se composait du logis du seigneur et de ses
gens, avec les dépendances souvent très étendues; puis des bâtiments
pour les archives, des magasins, des prisons et toute espèce de
constructions accessoires divisées par des cours et souvent même par des
jardins.
A Paris, le _palais_ proprement dit, élevé dans l’île
[Illustration: Fig. 233.--Archevêché d’Albi.--Plan.]
de la Cité, comprenait des bâtiments construits depuis saint Louis
jusqu’à Philippe le Bel et, à partir de l’époque de Charles V, il fut
affecté spécialement au service de la justice.
Il paraît ne rester actuellement des constructions de saint Louis que la
Sainte-Chapelle, les deux grosses tours et la courtine qui les relie,
sur le quai de l’Horloge, ainsi que la tour carrée à l’angle du quai.
Parmi les palais des seigneurs on peut citer celui de Troyes, construit
par les comtes de Champagne, et qu’ils habitèrent jusqu’au XIIIᵉ
siècle, époque à laquelle ils établirent à Provins leur demeure
seigneuriale; le palais des comtes de Poitiers, à Poitiers, était un des
plus remarquables; il fut brûlé par les Anglais, en 1346, puis réparé ou
rebâti à la fin du XIVᵉ siècle par le frère du roi Charles V, le duc
Jean de Berry, qui fit
[Illustration: Fig. 234.--Archevêché d’Albi.--Vue d’ensemble.]
élever, entre autres ouvrages, la curieuse cheminée de la grande salle,
qui sert aujourd’hui de promenoir, ou de salle des pas perdus, au Palais
de Justice.
Les palais des évêques ont un caractère différent. Ils étaient le plus
souvent à côté des cathédrales avec lesquelles ils communiquaient et ils
s’élevaient au nord ou au sud, selon les dispositions locales. Le signe
caractéristique du pouvoir épiscopal qui était tout à la fois religieux
et civil, tout au moins dans les premiers siècles du moyen âge, c’est
la grande salle qui devint plus tard l’officialité et la salle synodale.
L’évêché de Paris, reconstruit vers 1160, par Maurice de Sully,
conservait ce caractère particulier qui est encore plus accusé à Sens,
par une salle magnifique dépendant de l’évêché et dite salle synodale.
Les habitations des chanoines étaient placées également
[Illustration: Fig. 235.--Palais des papes, à Avignon.--Plan.]
près des cathédrales, mais du côté opposé au palais épiscopal; elles
étaient entourées d’une enceinte fermée le soir. Les chanoines étaient
destinés à aider l’évêque pour desservir la cathédrale, et ils vivaient
en commun dans les dépendances de la cathédrale avec laquelle elles
étaient reliées par des galeries et un cloître[88].
Les palais épiscopaux étaient souvent remarquables par les recherches de
leur construction; ceux de Beauvais, d’Angers, de Bayeux, d’Auxerre, ont
conservé des vestiges de leurs bâtiments primitifs.
L’ancien palais épiscopal de Laon[89] montre les progrès réalisés par
les architectes du XIIIᵉ siècle, qui faisaient quelquefois du palais
même une seconde ligne de défense se rattachant, comme à Laon, aux
remparts de la cité.
Cette disposition existait également à Narbonne. Rebâti à la fin du
XIIIᵉ siècle et pendant le siècle suivant, l’évêché était alors une
place forte, témoignant de la puissance de ses évêques par l’importance
de leur palais, qui était, après celui d’Avignon, une des plus grandes
résidences épiscopales.
Du reste, à partir de cette époque, la demeure des évêques prend des
proportions considérables, en rapport avec les immenses cathédrales qui
s’achevaient ou s’élevaient en ce temps; le palais épiscopal
s’agrandissait dans ses bâtiments principaux et dans ses dépendances
selon la puissance temporelle et la richesse de l’évêché; on peut en
avoir une idée par la chapelle particulière de l’archevêché de Reims,
élevée vers le milieu du XIIIᵉ siècle.
L’archevêché d’Albi présente cette particularité qu’il ressemble à un
château féodal, avec ses bâtiments dominés par un donjon, et défendu par
des murs, des tours qui se relient aux remparts de la cité et à la
grande forteresse, c’est-à-dire la cathédrale, commandée elle-même par
un clocher qui est plutôt un formidable donjon[90].
Ces dispositions défensives, transformant l’église et la demeure de
l’évêque en forteresse, s’expliquent par les guerres dont ce pays avait
été le théâtre et dont
[Illustration: Fig. 236.--Palais des papes, à Avignon.--Vue d’ensemble.]
Albi avait, plus que toute autre ville, subi les terribles conséquences.
Le palais des papes, à Avignon[91], commencé au XIVᵉ siècle par le pape
Benoît XII, est, avec le palais des évêques à Narbonne, un des plus
beaux exemples des évêchés-forteresses du moyen âge.
Au commencement du XIVᵉ siècle, les papes, ayant fait d’Avignon leur
nouvelle résidence, élevèrent une vaste habitation sur le rocher des
Doms, dominant le Rhône. Benoît XII détruisit le palais de son
prédécesseur et il commença en 1336, sur les plans de l’architecte
français Pierre Obrier, l’immense palais-forteresse qui existe encore
aujourd’hui. Continué par les successeurs de Benoît XII, les papes
Clément VI, Innocent VI, Urbain V qui fit creuser le puits de la cour
principale, et Grégoire XI, le palais des papes était achevé, ou du
moins en état de défense lorsque Pierre de Luna, élu pape sous le nom de
Benoît XIII, y soutint en 1398 un siège mémorable.
Cet immense édifice, dont les constructions grandioses couvrent un
espace considérable, fut élevé en moins de soixante ans et cet ensemble
formidable fut complété, dans le même temps, par l’enceinte fortifiée de
la ville, qui se développe sur une étendue de près de cinq kilomètres.
* * * * *
Le palais des papes à Avignon, par la conception d’ensemble, la science
architectonique qui a présidé à sa construction, aussi bien que par le
goût de sa décoration, est supérieur à tous les édifices élevés en
Allemagne et en Italie, soumises alors à l’influence française.
Cet admirable monument est une œuvre entièrement et absolument
française, réunissant comme à souhait tous les caractères: religieux,
monastique, militaire et civil de l’architecture dite _gothique_, mais
qui mérite, à juste titre, la dénomination que nous aurions voulu lui
donner: l’_Architecture nationale au moyen âge_.
C’est à bon droit qu’il faudrait enfin lui rendre justice, car les
immenses églises, les superbes cathédrales, les formidables châteaux et
les palais forteresses, tous les chefs-d’œuvre de l’art qui sont
l’honneur de nos musées, toutes les manifestations de l’art, enfin, qui
sont et resteront, non des motifs d’imitation, mais d’admirables sujets
d’études, ont été créés par des _architectes français_.
Ce sont nos ancêtres architectes, religieux ou laïques, qui ont donné à
l’art _national_, c’est-à-dire l’_architecture_, cette force d’expansion
qui répandit partout son action civilisatrice pendant le moyen âge. Ce
sont les architectes français qui ont propagé dans tous les pays,
surtout en Allemagne et en Italie, les méthodes monumentales et les
enseignements de l’art sous toutes ses formes. Ce sont nos constructeurs
et nos artistes qui ont établi dans toute l’Europe occidentale, et
jusqu’en Orient, la suprématie de l’art français. Et si une évolution
qui s’est produite au XVIᵉ siècle a exercé sur nous une influence
éphémère, il ne faut pas oublier que ce mouvement, novateur en
apparence, avait été préparé par les artistes français qui ont porté,
haut et loin, la gloire et la renommée de notre cher pays.
TABLE DES GRAVURES
Pages.
FIGURE 1.--Plan d’une des coupoles de Saint-Front, à Périgueux 19
-- 2.--Pendentif d’une des coupoles de Saint-Front, à Périgueux 20
-- 3.--Coupe d’un pendentif sur la diagonale 21
-- 4.--Plan d’une des coupoles d’Angoulême ou de Fontevrault 22
-- 5.--Coupe d’une travée des coupoles d’Angoulême 22
-- 6.--Coupe d’une travée de l’église de Saint-Avit-Senieur 23
-- 7.--Plan d’une voûte sur arcs ogifs ou croisée d’ogives 24
-- 8.--Coupe d’un arc ogif ou croisée d’ogives 25
-- 9.--Plan d’une travée de la nef à Saint-Maurice d’Angers 26
-- 10.--Coupe transversale de la nef, à Saint-Maurice d’Angers 27
-- 11.--Plan d’une travée de la nef.--Sainte-Trinité, à Laval 28
-- 12.--Coupe de deux travées de la nef.--Sainte-Trinité,
à Laval 29
-- 13 et 14.--Coupes comparées des églises d’Angoulême et
d’Angers 30
-- 15.--Vue perspective des voûtes de la nef.--Saint-Maurice,
à Angers 31
-- 16.--Plan du sommier des voûtes de la nef.--Sainte-Trinité,
à Laval 32
-- 17.--Plan d’un des piliers de la nef.--Sainte-Trinité, à
Laval 32
-- 18.--Plan de la nef de l’église de Saint-Maurice, à Angers 34
-- 19.--Plan de l’église de la Sainte-Trinité, à Angers 35
-- 20.--Coupe d’une travée de la Sainte-Trinité, à Angers 36
-- 21.--Coupe transversale de la Sainte-Trinité, à Angers 37
-- 22.--Coupe d’une église à nef unique voûtée sur croisée
d’ogives et maintenue par des contreforts 38
-- 23.--Coupe d’une église à trois nefs voûtée sur croisée
d’ogives et maintenue par des arcs-boutants 39
-- 24.--Église de Durham (Angleterre).--Coupe 43
-- 25.--Église de Noyon.--Plan 44
-- 26.--Église de Noyon.--Coupe transversale 45
-- 27.--Église de Tournai (Belgique).--Transsept nord
extérieur 46
-- 28.--Église de Moissac.--Voûte de la salle au-dessus du
porche 47
-- 29.--Église de Tournai (Belgique).--Transsept nord
extérieur 47
-- 30.--Cathédrale de Soissons.--Transsept sud.--Coupe
de l’arc-boutant 48
-- 31.--Cathédrale de Soissons.--Vue perspective du transsept
sud 49
-- 32.--Église de Laon.--Plan 51
-- 33.-- -- -- Vue intérieure de la nef 53
-- 34.-- -- -- Façade principale 54
-- 35.-- -- -- Façade de l’abside 55
-- 36.-- -- -- Coupe sur la nef 56
-- 37.--Notre-Dame de Paris.--Plan 57
-- 38.-- -- -- Coupe sur la nef 58
-- 39.-- -- -- Arcs-boutants et tour sud 59