IPHIGENIE.

(Réponse à Agamemnon--Acte IV, scène IV.)

(L'oracle Calchas a annoncé à Agamemnon que les dieux veulent le sang

d'une jeune princesse de sa famille; à ce prix, ils accorderont les

vents favorables pour transporter l'armée des Grecs devant Troie qu'ils

veulent assiéger. Agamemnon a fait venir sa fille Iphigénie sous

prétexte de la marier à Achille, mais le stratagème a été découvert à

Iphigénie, qui se soumet volontairement au désir de son père.)

Mon Père,

Cessez de vous troubler, vous n'êtes point trahi.

Quand vous commanderez, vous serez obéi.

Ma vie est votre bien. Vous voulez le reprendre:

Vos ordres sans détour pouvaient se faire entendre.

D'un oeil aussi content, d'un coeur aussi soumis

Que j'acceptais l'époux que vous m'aviez promis,

Je saurai, s'il le faut, victime obéissante,

Tendre au fer de Calchas une tête innocente,

Et respectant le coup par vous-même ordonné,

Vous rendre tout le sang que vous m'avez donné.

Si pourtant ce respect, si cette obéissance

Paraît digne à vos yeux d'une autre récompense,

Si d'une mère en pleurs vous plaignez les ennuis,

J'ose vous dire ici qu'en l'état où je suis

Peut-être assez d'honneurs environnaient ma vie

Pour ne pas souhaiter qu'elle me fût ravie,

Ni qu'en me l'arrachant un sévère destin

Si près de ma naissance en eût marqué la fin.

Fille d'Agamemnon, c'est moi qui la première,

Seigneur, vous appelai de ce doux nom de père;

C'est moi qui si longtemps le plaisir de vos yeux,

Vous ai fait de ce nom remercier les Dieux,

Et pour qui tant de fois prodiguant vos caresses,

Vous n'avez point du sang dédaigné les faiblesses.

Hélas! avec plaisir je me faisais conter

Tous les noms des pays que vous allez dompter;

Et déjà, d'Illion présageant la conquête,

D'un triomphe si beau je préparais la fête.

Je ne m'attendais pas que pour le commencer,

Mon sang fût le premier que vous dussiez verser.

Non que la peur du coup dont je suis menacée

Me fasse rappeler votre bonté passée.

Ne craignez rien: mon coeur de votre honneur jaloux,

Ne fera point rougir un père tel que vous;

Et si je n'avais eu que ma vie à défendre,

J'aurais su renfermer un souvenir si tendre,

Mais à mon triste sort, vous le savez, Seigneur,

Une mère, un amant attachaient leur bonheur.

Un roi digne de vous a cru voir la journée

Qui devait éclairer notre illustre hyménée.

Déjà sûr de mon coeur à sa flamme promis,

Il s'estimait heureux: vous me l'aviez permis.

Il sait votre dessein; jugez de ses alarmes.

Ma mère est devant vous et vous voyez ses larmes.

Pardonnez aux efforts que je viens de tenter

Pour prévenir les pleurs que je leur vais coûter.

Choix de Poesies: A Collection of French Poetry for Memorizing · 第 20 / 65 题