et illégitimes (sens vertical) chez les Primevères.]
La Salicaire (_Lythrum salicaria_) nous offre un exemple plus curieux
encore que la Primevère, car il existe chez elle trois formes au lieu de
deux, trois longueurs de styles et trois longueurs d'étamines; étamines
et styles des trois sortes combinés de telle façon dans trois formes de
fleurs, qu'il existe les trois systèmes suivants (fig. 127):
Fleurs à pistil long, à étamines moyennes et petites.
Fleurs à pistil moyen, à étamines longues et petites.
Fleurs à pistil court, à étamines longues et moyennes.
Le lecteur peut concevoir, après ce qui a été dit de la Primevère, que,
dans chaque forme de fleur, le pistil ne pourra être fécondé que par le
pollen d'étamines de même longueur, et par conséquent venant d'une fleur
de l'une des deux autres formes. Ainsi que Darwin l'a observé, les
étamines de longueur différente n'abandonnent leur pollen que sur des
parties différentes du corps de l'Insecte qui les visite. «Quand les
Abeilles sucent les fleurs, dit Darwin, les anthères des plus longues
étamines pourvues de grains polliniques verdâtres sont portées contre
l'abdomen et contre les côtés internes des pattes postérieures, et il en
arrive de même au stigmate de la forme à long style. Les anthères des
étamines moyennes et le stigmate de la forme à style moyen sont frottés
contre la surface inférieure du thorax et entre la paire de pattes
antérieures. Enfin, les anthères des plus courtes étamines et le
stigmate de la forme à style court sont frottés contre la trompe et le
menton.»
[Illustration: Fig. 128.--Salicaire. _a_, étamines longues; _a'_,
étamines moyennes; _a''_, étamines courtes; _st_, stigmate.]
Après des faits aussi frappants, et qui tous parlent dans le même sens,
est-il besoin d'insister sur une foule de données accessoires?
Hésitera-t-on, par exemple, à admettre que la grandeur et la coloration
des fleurs, qui augmentent leur visibilité, les odeurs, tantôt suaves,
tantôt désagréables pour nous, qu'elles répandent et qui révèlent au
loin leur présence, aient pour but unique d'attirer les Insectes qui les
fécondent? Le rôle de protection pour les organes reproducteurs qu'on a
voulu attribuer aux enveloppes florales, serait autrement bien rempli
par des feuilles résistantes et vertes comme les autres, plutôt que par
ces pétales au tissu délicat, aux brillantes couleurs. A peine la
fécondation opérée, pourquoi, ce prétendu appareil protecteur, le
voit-on se flétrir et tomber? Son rôle de protection du pistil est-il
donc tout à coup devenu inutile? Non, mais son rôle véritable est
terminé; le rôle d'_enseigne_, la _fonction vexillaire_,--expression de
Delpino,--a fait son temps.
* * *
En échange des services rendus par les Insectes, les Fleurs sécrètent
pour eux, rien que pour eux, le nectar, car ce liquide n'est d'aucune
utilité pour les Fleurs elles-mêmes. C'est là le plus puissant moyen
d'attraction que les Plantes possèdent, et l'effet en est démontré par
toutes les observations, par les expériences sans nombre de Ch. Darwin
et des savants qui l'ont suivi.
Tout semblable est le rôle du pollen, qui n'est pas moins utile que le
nectar aux Insectes, et surtout aux Abeilles. Aussi la poussière
fécondante est-elle produite en quantité beaucoup plus considérable
qu'il n'est nécessaire à la fécondation des Plantes. Une plus grande
part en est donc par avance destinée aux Abeilles.
* * *
Concluons, enfin, qu'une admirable harmonie existe entre le monde des
Fleurs et le monde des Abeilles. C'est bien justement que ces utiles
Insectes ont reçu le nom d'Anthophiles. Les Abeilles ne vivent que par
les Fleurs. Aucun insecte n'a, autant qu'elles, son existence
étroitement liée à celle des Fleurs. Le Papillon lui-même n'en vit qu'un
court instant; il est mangeur de feuilles à son premier âge. L'Abeille
vit des Fleurs à tout âge. Différentes comme elles le sont, ces deux
sortes de créatures, par l'intimité de leurs relations mutuelles, font
une des plus étonnantes merveilles de la nature animée. La structure des
Abeilles est admirablement adaptée à tirer le meilleur parti possible
des Fleurs. Les Fleurs, d'autre part, présentent une richesse inouïe
d'inventions pour les attirer, et elles ne payent pas trop cher leur
libéralité, grâce aux avantages qu'elle leur procure. «Cent mille
espèces de Plantes, dit Dodel-Port, disparaîtraient rapidement de la
surface du globe, si elles cessaient tout à coup de produire des fleurs
colorées et nectarifères.» Toutes les espèces d'Abeilles disparaîtraient
sans exception, si les Fleurs cessaient d'exister, ou si elles cessaient
de produire du nectar et du pollen.
TABLE DES MATIÈRES
AVANT-PROPOS V
INTRODUCTION VII
Qu'est-ce qu'une Abeille? Organisation générale et fonctions 1
Classification des Abeilles 29
APIDES SOCIALES 31
L'Abeille domestique 32
Physiologie de la ruche 38
Parasites et ennemis de l'Abeille 87
Extension géographique de l'Abeille domestique.--Ses principales
races.--Autres espèces du genre _Apis_ 95
Les Bourdons 100
Les Psithyres 130
Les Mélipones 137
APIDES SOLITAIRES 155
Les Xylocopides 155
Les Anthophorides 163
Les Gastrilégides 183
Les Osmies 185
Les Anthidies 202
Les Mégachiles 209
Les Chalicodomes 222
Les Abeilles parasites 253
Les Stélides 256
Les Nomadines 258
ANDRÉNIDES 266
ACUTILINGUES 266
Les Andrènes 266
Les Halictes 277
Les Sphécodes 287
Les Dasypodes 290
Les Panurgues 302
Les Cilisses 305
OBTUSILINGUES 307
Les Collétès 307
Les Prosopis 307
FLEURS ET ABEILLES 322
17413.--Paris, imprimerie A. Lahure, 9, rue de Fleurus.
NOTES:
[1] Shuckard, _British Bees_.
[2] A. Lefebvre, _Note, sur le sentiment olfactif des antennes. Ann. de
la Soc. Entomologique de France_, 1838.
[3] Perris, _Mémoire sur le siège de l'odorat dans les Articulés. Actes
de la Soc. Linnéenne de Bordeaux_, 1850.
[4] John Lubbock, _Fourmis_, _Abeilles et Guêpes_, tome II, p. 49.
[5] Sourbé, _Traité théorique et pratique d'apiculture mobiliste_.
[6] _Origine des espèces_, édition française définitive, p. 296.
[7] Voir plus loin les métamorphoses des _Sitaris_, parasites des
Anthophores.
[8] Assmuss, _Die Parasiten der Honigbiene_.
[9] Eduard Hoffer, _Biologische Beobachtungen an Hummeln und
Schmarotzerhummeln_.
[10] _Origine des espèces_, 2e édition française, p. 77.
[11] Page. _La Plata, the Argent. Confeder. and Paraguay_, London, 1859.
[12] Shuckard, _British Bees_.
[13] Compagnon assidu de la femelle autour de laquelle, tandis qu'elle
suce le nectar des fleurs, il vole joyeusement (traduction "Distributed
Proofreaders" du texte latin)
[14] Ch. Horne, _Notes on the habits of some Hymenopterous Insects from
the Nord-West Provinces of India_.
[15] Le Chalicodome de Sicile, propre aux îles méditerranéennes et à
l'Algérie, ne se trouve point en France. C'est, par erreur que M. Fabre,
dans le 1er volume de ses _Souvenirs entomologiques_, désigne sous ce
nom les _Ch. pyrenaica_ et _rufescens_, qu'il confond en une seule
espèce, erreur corrigée dans les _Nouveaux souvenirs_.
[16] proverbe latin: (mot à mot) _L'a fait qui en profite_ c'est-à-dire,
de façon plus explicite: _celui-là a commis un crime, à qui le crime est
utile_ (_traduction du PG_)
[17] Fabre, _Souvenirs_, 3e série.
[18] J. Pérez. _Sur les effets du parasitisme des Stylops sur les
Apiaires du genre Andrena_, dans _Actes de la Soc. Linn. de Bordeaux_,
t. XL.
[19] J. H. Fabre. _Études sur la parthénogénèse des Halictes_, dans les
_Annales des sc. nat._ 9e série, t. IX.
[20] H. Müller. _Ein Beitrag zur Lebensgeschichte der Dasypoda
hirtipes_.
[21] V. Mayet. _Mém. sur les moeurs et les métamorphoses d'une
nouvelle espèce de la famille des Vésicants_, _le_ Sitaris Colletis.
(_Ann. Soc. entomologique de France_, 1875.)