Le théâtre représente une autre partie de la plaine.
_Entre_ HECTOR.
HECTOR.--Coeur gangrené, sous de si beaux dehors, ta belle armure t'a
coûté la vie! A présent ma tâche de ce jour est finie, je vais reprendre
haleine. Repose-toi, mon épée: tu es rassasiée de sang et de carnage.
(Il ôte son casque et suspend son bouclier derrière lui.)
(Achille survient à la tête de ses Myrmidons.)
ACHILLE.--Regarde, Hector, vois: le soleil est prêt à se coucher;
vois comme la nuit hideuse suit la trace de l'astre au moment où il va
s'abaisser sous l'horizon, et faire place aux ténèbres pour terminer le
jour: la vie d'Hector est finie.
HECTOR.--Je suis désarmé. N'abuse pas de cet avantage, Grec.
ACHILLE.--Frappez, soldats, frappez! c'est lui que je cherche. (_Hector
tombe_.) Ilion, tu vas tomber après lui; Troie, tombe en ruines! ici
gisent ton coeur, tes os et tes muscles.--Allons, Myrmidons; et criez
tous de toutes vos forces: Achille a tué le puissant Hector! (_On sonne
la retraite_.) Écoutez: on sonne la retraite du côté des Grecs.
UN MYRMIDON.--Les trompettes de Troie la sonnent aussi, seigneur.
ACHILLE.--Les dragons de la nuit étendent leurs ailes sur la terre et
séparent les deux armées comme les juges du combat; mon épée à demi
rassasiée, qui aurait volontiers achevé son repas, charmée de ce
morceau friand, rentre ainsi dans son lit. (_Il remet son épée dans le
fourreau_.)--Allons, liez son corps à la queue de mon cheval: je veux
traîner ce Troyen le long de la plaine.
(Ils sortent.)