Une autre partie du champ de bataille.
AJAX _reparaît_.--Troïlus, lâche Troïlus, montre donc ta tête!
DIOMÈDE _arrive_.--Troïlus, dis-tu? où est Troïlus?
AJAX.--Que lui veux-tu?
DIOMÈDE.--Je veux le châtier.
AJAX.--Je serais le général que tu m'arracherais ma dignité avant que je
te laissasse ce soin... Troïlus! dis-je; Troïlus!
(Entre Troïlus.)
TROÏLUS.--O traître Diomède! tourne ton visage perfide, traître, et
paye-moi ta vie, que tu me dois pour m'avoir enlevé mon cheval!
DIOMÈDE.--Ah! te voilà?
AJAX.--Je veux le combattre seul, arrête, Diomède.
DIOMÈDE.--Il est ma proie; je ne veux pas vous regarder faire.
TROÏLUS.--Venez tous deux, Grecs perfides[53], voilà pour tous les deux.
[Note 53: _Græcia mendax_. (Cicéron.)]
(Ils sortent en combattant.)
(Entre Hector.)
HECTOR.--Ah! c'est toi, Troïlus! oh! bien combattu, mon jeune frère.
(Achille paraît.)
ACHILLE.--Enfin, je t'aperçois.--Allons, défends-toi, Hector.
(Ils combattent.)
HECTOR.--Arrête, si tu veux.
ACHILLE--- Je dédaigne ta courtoisie, orgueilleux Troyen. Tu es heureux
que mes armes soient hors d'usage; ma négligence et mon repos te servent
en ce moment, mais bientôt tu entendras parler de moi; en attendant, va,
suis ta fortune.
(Il sort.)
HECTOR.--Adieu. Je t'aurais offert un adversaire plus frais et plus
dispos, si je t'eusse attendu. (_Troïlus paraît_.) Eh bien! mon frère?
TROÏLUS.--Ajax a pris Énée. Le souffrirons-nous? Non, par les feux de ce
ciel glorieux, il n'emmènera pas son prisonnier; je serai pris aussi,
ou je le délivrerai.--Destin, écoute ce que je dis: peu m'importe que ma
vie finisse aujourd'hui.
(Il sort.)
(Paraît un autre guerrier revêtu d'une armure somptueuse.)
HECTOR.--Grec, arrête: tu es un beau but.--Non, tu ne veux pas? Je suis
épris de ton armure; je veux la briser et en faire sauter toutes les
agrafes jusqu'à ce que j'en sois maître. (_L'autre fuit_.) Tu ne veux
pas rester, animal? Eh bien! fuis donc, je vais te faire la chasse pour
avoir ta dépouille.
(Il le poursuit.)