DIOMÈDE.--Va, va, mon valet, prends le cheval de Troïlus; présente ce
beau coursier à madame Cressida; songe à vanter mes services à cette
belle; dis-lui que j'ai châtié l'amoureux Troyen, que je suis son
chevalier par mes preuves.
LE VALET.--Je pars, seigneur.
(Le valet sort.)
(Entre Agamemnon.)
AGAMEMNON.--De nouveaux guerriers! de nouveaux guerriers! Le fougueux
Polydamas a terrassé Menon. Le bâtard Margarelon a fait Doréus
prisonnier; et debout comme un colosse, il brandit sa lance sur les
corps défigurés des rois Épistrophe et Cedius; Polixène est tué;
Amphimaque et Thoas sont mortellement blessés; Patrocle est pris ou tué;
Palamède est cruellement blessé et meurtri; le terrible Sagittaire[52]
épouvante nos soldats: hâtons-nous, Diomède, de voler à leur secours, ou
nous périrons tous.
[Note 52: C'était, suivant le roman de la _guerre de Troie_, une
bête prodigieuse qui avait le buste de l'homme et la croupe du cheval,
et qui tirait de l'arc à merveille.]
(Entre Nestor.)
NESTOR.--Allez, portez à Achille le corps de Patrocle; et dites à cet
Ajax, lent comme un limaçon, de s'armer s'il craint la honte. Il y a
mille Hector dans le champ de bataille. Ici, il combat sur son coursier
galate, et bientôt il manque de victimes; il combat ailleurs à pied, et
tous fuient ou meurent comme des poissons fuyant par troupes devant la
baleine vomissante. Il reparaît plus loin; et là, les Grecs légers et
mûrs pour son glaive tombent devant lui comme l'herbe sous la faux; il
est ici, là et partout, quitte et revient avec une dextérité si fidèle
à sa volonté, que tout ce qu'il veut il le fait; et il en fait tant, que
ce qu'il a exécuté paraît encore impossible.
(Entre Ulysse.)
ULYSSE.--Courage, courage, princes! le grand Achille s'arme en pleurant,
en maudissant, en jurant vengeance. Les blessures de Patrocle ont
réveillé son sang assoupi, ainsi que la vue de ses Myrmidons, qui,
mutilés, hachés et défigurés, sans nez, sans mains, courent à lui en
criant après Hector. Ajax a perdu un ami, et il est tout écumant de
rage; il est armé, et il est à l'oeuvre, rugissant après Troïlus, qui a
fait aujourd'hui des prodiges de témérité et d'extravagance, s'engageant
sans cesse dans la mêlée et s'en retirant toujours avec une fougue
insouciante et une prudence sans force, comme si la fortune, en dépit de
toute précaution, lui ordonnait de tout vaincre.
(Entre Ajax.)
AJAX.--Troïlus! lâche Troïlus!
(Il sort.)
DIOMÈDE.--Oui, par là, par là.
NESTOR.--Allons, allons, nous serons ensemble.
(Ils sortent.)
(Entre Achille.)
ACHILLE.--Où est cet Hector? allons, viens, meurtrier d'enfants,
montre-moi ton visage! Apprends ce que c'est que d'avoir affaire à
Achille irrité. Hector! où est-il, Hector? Je ne veux qu'Hector.