Note sur la transcription: Les erreurs clairement introduites par
le typographe ont été corrigées. L'orthographe d'origine a été
conservée et n'a pas été harmonisée.
_Les Usages
du Siècle_
COULOMMIERS
Imprimerie PAUL BRODARD.
UNE PARISIENNE
_Les Usages
du Siècle_
_Lettres--Conseils pratiques_
_Le Savoir-Vivre_
[Illustration]
PARIS
A. DESLINIÈRES, ÉDITEUR
161, RUE DU FAUBOURG SAINT-DENIS
1895
Tous droits réservés.
_Savoir-Vivre._
La Parisienne d'esprit et de goût qui a rédigé ce petit code de nos
usages et de nos coutumes en cette fin de siècle, n'a ni la prétention
de donner des leçons à ses contemporaines, ni celle de leur enseigner
les notions du savoir-vivre.
Ces leçons, qu'on apprenait si difficilement aux gentilshommes de la
cour de Louis XIV, nos enfants les savent aujourd'hui dès l'école, et
l'éducation dans la famille est aussi généralement répandue que le bon
sens dont discourut Descartes et que la civilité rêvée par Érasme.
Cependant en maintes circonstances un peu exceptionnelles, on se
trouve soudain embarrassé. Au moment de jouer son rôle dans une des
scènes tantôt tristes et tantôt gaies de notre vie, on hésite, on se
demande si on aura la tenue correcte, l'attitude convenant aux
circonstances; si on se conformera aux règles des convenances, si l'on
ne froissera pas l'étiquette, si l'on ne commettra point quelque
incorrection.
Sans doute lorsqu'on possède (et c'est, pour ainsi dire, le cas de
tous les gens bien élevés), lorsqu'on est doué de cette qualité
impalpable qui se nomme le tact, on peut affronter les situations les
plus délicates.
Il n'en est pas moins vrai que tel ou tel événement fortuit vous
transforme soudain en un témoin, en une marraine ou un parrain, en une
demoiselle ou un garçon d'honneur et que ce sont là des emplois pour
lesquels... on ne naît pas, auxquels rien ne nous a disposé, quelque
parfaite qu'ait été notre éducation première.
Et ces usages particuliers changent, se transforment selon l'époque et
la mode. Cette façon d'agir en telle circonstance était, il y a trente
ans, parfaitement correcte, exquise même; aujourd'hui elle ferait
sourire.
Mais toute affirmation a besoin d'une preuve, et de toutes les preuves
littéraires, l'anecdote est la meilleure.
On a prétendu, d'une façon assez plaisante, que le prince de
Talleyrand avait une échelle de proportion pour offrir aux convives
qu'il recevait à sa table, leur part de tel ou tel plat.
C'était une échelle descendant depuis le titre de Duc jusqu'à la
simple dénomination de Monsieur.
Il découpait lui-même et s'adressait à ses convives dans l'ordre
suivant:
--Monsieur le duc, Votre Grâce me ferait-elle l'honneur d'accepter de
ce bœuf?
--Mon prince (titre romain inférieur à celui de duc); aurai-je
l'honneur de vous envoyer du bœuf?
--Monsieur le marquis, accordez-moi l'honneur de vous offrir du bœuf!
--Monsieur le comte, aurai-je le plaisir de vous envoyer du bœuf?
--Monsieur le baron, voulez-vous du bœuf?
Lorsqu'il arrivait au simple Monsieur, dit la légende (un peu arrangée
sans nul doute), le diplomate frappait son assiette avec la main,
fixait ses yeux sur ceux du dernier convive en lui criant:
--Bœuf?
Quoique certains grands personnages, si l'on en croyait les
chroniques, aient imité ce singulier cérémonial, nous ne savons dans
quelle maison hautaine on pourrait tenter de le ressusciter
aujourd'hui.
Non, la politesse française a, Dieu merci, franchi le seuil de toutes
les demeures, et de plus en plus rares sont les fonctionnaires ou les
employés qui, sur notre douce terre, malmenaient traditionnellement
l'infortuné public.
Il arrive même, chez nous, que les ouvreurs de portières sont
uniformément gracieux.
En Allemagne, au contraire, les hommes qui, sur les chemins de fer,
sont chargés du contrôle des billets, parlent aux voyageurs selon la
«classe» occupée:
A ceux de Première, ils disent, en saluant avec beaucoup de déférence:
_Bitte die Herrschaft gefælligst die Billette vorzuzeigen_,
c'est-à-dire «que Leurs Seigneuries aient la bonté de montrer leurs
billets!»
A ceux de Seconde, ils s'adressent plus sommairement: _Billette,
gefælligst_, «Vos billets, s'il vous plaît»; enfin aux portières des
wagons de 3e classe, ils grognent, en forme de commandement militaire:
_Billet'heraus!_ «Sortez billets!»
Ces nuances, ou plutôt ces brutalités, n'apparaissent plus en France
qu'à de très rares exceptions.
Il est vrai qu'on a multiplié, je le répète, les traités de bonnes
manières.
En l'an 1671, le gentilhomme Antoine de Courtin publiait (et ce
n'était pas le premier ouvrage de ce genre) un _Traité de la civilité
qui se pratique en France parmi les honnestes gens_, traité réédité,
corrigé, augmenté avec approbation et privilège du Roy, et qui en
l'année 1712 se vendait à Paris chez Louis Josse, _à la Couronne
d'épines_, et chez Charles Robustel, _au Palmier_, deux boutiques
voisines, dans la même rue Saint-Jacques.
Un peu plus tard, en 1749, parut la fameuse _Civilité puérile et
honneste_, dressée par un missionnaire, avec des «préceptes et
instructions pour apprendre à la jeunesse à se bien conduire dans les
compagnies».
Que si on se reporte au temps de la parfaite gentilhommerie selon les
classiques, c'est-à-dire à l'époque du Roi Soleil lui-même, on peut se
convaincre aisément que ces maîtres laissaient encore beaucoup à
désirer.
Le sieur de Courtin déclare, en effet, dans sa Préface, qu'il se
trouve que son traité «est très utile non seulement aux personnes qui
ont des enfants à élever et aux jeunes gens, mais encore à ceux-là
même qui, bien qu'avancez en âge, ne sont pourtant pas assez instruits
de la politesse et de l'honnêteté que l'on doit observer dans le
commerce du monde».
Ce fut, plus tard et jusqu'à nos jours, une suite ininterrompue
d'ouvrages du même genre qui se répandirent d'autant plus que chacun a
la juste prétention de se conduire comme un gentilhomme.
La place nous manque pour énumérer les titres de tous ces livres, mais
à travers la liste des noms de trois cents auteurs ayant colligé les
«usages du monde» nous citerons parmi les prédécesseurs de notre
Parisienne, Madame Emmeline Raymond, madame Tarbé, la fameuse
comtesse de Bassanville, madame de Waddeville, madame d'Alq,
mademoiselle de la Jonchère, madame Alice Vernon, madame Ermance
Dufau, la baronne Staffe très estimée.
Sous des titres nécessairement enserrés dans le cercle étroit d'un
même sujet, ces femmes instruites et distinguées ont consigné, avec
les remarques des autres, leurs propres observations.
En ces dernières années, aux _Usages du Monde_ de l'abbé Bourgeau
(1864) précédé par Bescherelle aîné qui écrivit l'_Usage du Monde_, et
suivi par l'homme (également du monde) qui produisit les _Usages du
Monde_ en 1880, on a vu paraître «Usages du Monde» de la baronne
Staffe, à laquelle nous avons rendu justice.
Avouons qu'il était temps de s'occuper des _Usages du Siècle_. Ils
auront peut-être le succès des anciens.
Cette succession, cette multiplication de livres pour ainsi dire
semblables, a été en quelque sorte rendue nécessaire par la
continuelle métamorphose des mondaines coutumes.
Ce sont ces transformations qui rendent nécessaire ce qu'on pourrait
appeler «la tenue à jour» de nos usages modernes.
Si nos grands principes de politesse sont demeurés en quelque sorte
immuables, les manières élégantes n'offrent, en revanche, que
l'instabilité!
Elles vieillissent si vite que nous avons cru utile de dresser, pour
ainsi parler, un catalogue des renseignements mondains.
Des phrases, non; des conseils, pas davantage, mais, selon
l'expression depuis peu consacrée, des documents.
Tel est l'esprit de ce petit livre sans prétention où le lecteur est
invité à chercher seulement le renseignement utile à tous.
Un Bibliophile.
[Illustration]
_Les Usages du Siècle_
_La demande en mariage._
La demande en mariage est l'événement le plus important de la vie.
Point n'est besoin de digresser sur ce chapitre.--Des faits, des
faits.
La règle stricte veut que le jeune homme qui a des «vues» sur une
jeune fille s'ouvre de ses intentions à une tierce personne qui puisse
le mettre en rapport avec la famille de celle qu'il désire pour femme.
Cette personne a un rôle très délicat, très scabreux à remplir; il lui
faut pour cela beaucoup de tact.
Elle doit d'abord s'informer discrètement si la jeune fille n'est pas
promise, quelle est sa dot, quels sont les désirs et les intentions
des parents, si telle situation leur convient, si tel âge leur semble
en rapport; en un mot, elle doit préparer les voies au candidat.
Lorsque ces précautions préliminaires sont prises, on doit arranger
une entrevue, _censément fortuite_, entre le jeune homme et la jeune
fille. Jadis c'était à l'Opéra-Comique; et _la Dame_ _Blanche_ a été
un des premiers témoins de bien des fiançailles décidées en principe.
Mais, quel que soit le lieu choisi pour l'entrevue, la jeune fille ne
doit se douter de rien, cela lui enlèverait ses moyens, l'empêcherait
d'être naturelle. Cependant son attention sera fort en éveil malgré
toutes les précautions et je l'engagerai à être tout bonnement
elle-même, à ne pas faire de petites mines enfantines, ou naïves,
genre bien usé à présent que les jeunes filles sont un peu élevées à
l'américaine.
Est-ce un bien? Est-ce un mal? _That is the question._ Enfin c'est le
siècle qui veut ça, paraît-il!
Une allure trop décidée, des goûts mondains trop montrés, peuvent être
des obstacles sérieux pour le jeune homme qui cependant doit se méfier
de sa première impression.
Il faut donc être très circonspect en pareille matière, ne pas dire
définitivement «oui» ou «non» et demander une nouvelle entrevue; quel
homme jeune, fût-il un grand philosophe, peut apprécier en quelques
instants le caractère d'une jeune fille?
La meilleure façon d'avoir des renseignements est de s'adresser aux
personnes connaissant la famille et la jeune fille depuis l'enfance.
Il est toujours pénible pour la tierce personne d'avoir à notifier un
refus; elle doit l'entourer de toutes les délicatesses possibles.
J'engagerai tous les jeunes gens qui désirent se marier et qui ne sont
pas poussés par une inclination réelle à bien s'informer de la dot,
des «espérances», pour parler le vilain langage de notre siècle, avant
de s'avancer. Car reculer sur une question d'argent est humiliant pour
la jeune fille et... pas très beau pour le jeune homme.
Même, si la famille de la jeune fille refuse, elle doit offrir des
remerciements à la tierce personne et des phrases de regrets polis au
prétendant.
Il y a des personnes qui se plaisent à faire des mariages. Elles
rendent souvent service aux familles qui n'ont pas beaucoup de
relations, et il serait ingrat de leur en vouloir si leurs efforts
n'aboutissaient pas.
Si donc vous intervenez, parlez franchement à la famille du jeune
homme ou à lui-même s'il est orphelin, à la famille de la jeune fille,
ou à son tuteur, jamais à elle-même, cela pourrait la gêner. En
réunissant les jeunes gens dans un dîner, dans une soirée où il y a
beaucoup d'autres jeunes couples, on peut espérer que la jeune
personne ignorera l'intention.
Se trouvant avec des compagnes, elle peut penser que c'est pour l'une
d'entre elles que le jeune homme est là et elle se doutera encore
moins de quelque chose s'il y a plusieurs jeunes gens.
Après l'entrevue, on doit demander à la jeune fille ce qu'elle pense
de «monsieur un tel»; si la réponse est favorable, on la transmettra à
la tierce personne qui en fera part au jeune homme; celui-ci, si la
jeune fille lui plaît, s'enquiert de suite de la situation, fait
connaître la sienne et s'avance un peu plus: il demande à être
présenté dans la famille de celle qu'il désire épouser, fait quelques
visites pendant lesquelles les jeunes mariés en expectative peuvent
s'étudier un peu, trop peu, hélas! car on est sur la défensive, mais
cela est inévitable.
Si, après quelques visites, le jeune homme pense qu'il ne pourra
pas trouver le bonheur dans cette union, il en fait part à
l'intermédiaire, qui, aussi délicatement que possible, avertit la
famille de la jeune personne; la même chose a lieu, lorsque c'est du
côté de la femme que vient le refus. En tous cas, c'est fort
désagréable pour la personne qui s'est entremise, et bien des
brouilles mondaines sont venues de là.
Lorsque conformité de goûts, de fortune, de famille, semblent
promettre un long avenir de bonheur, le prétendant ne doit pas tarder
à faire connaître ses intentions définitives; s'il a son père,
celui-ci se charge de la démarche près du père de la jeune fille; sa
mère, en cas de mort du père (cette dernière s'adresse: non au père,
mais à la mère de la jeune fille); son tuteur, s'il est orphelin et
mineur; son oncle; la tierce personne; un ami intime ou lui-même.
La demande peut être faite par lettre ou de vive voix.
Les circonstances dictent les formules de demandes écrites.
Les refus doivent toujours être notifiés poliment; on donne pour
prétexte des engagements antérieurs, la trop grande jeunesse de la
jeune fille, sa santé délicate; ne jamais invoquer la question de
position ou d'argent, si c'est elle qui motive le refus.
C'est le tuteur qui doit recevoir les propositions de mariage
relatives à une orpheline.
S'il s'agit d'une veuve ou d'une orpheline majeure, on doit s'adresser
franchement et directement à elle-même.
On peut à défaut de parents directs, tels que père, mère, grand-père,
grand'mère, s'adresser à un frère, fût-il plus jeune, ou à une sœur
aînée, mariée.
Pour faire une demande en mariage, qu'on soit l'intermédiaire ou le
prétendant lui-même, une tenue très soignée est de rigueur, mais
jamais l'habit et les gants blancs.
Quel que soit le résultat d'une demande, si elle a été faite par les
intermédiaires, ceux-ci ont droit à des remerciements très affectueux.
Il est inutile de dire, qu'en cas d'échec, lesdits intermédiaires sont
tenus au secret le plus absolu.
Il serait du plus mauvais goût de colporter partout une lettre de
demande en mariage, qu'on ait un refus ou une acceptation.
Quelquefois, la jeune fille, bien disposée en faveur du candidat,
demande à le connaître un peu plus, avant de donner une réponse
définitive; le jeune homme doit se prêter de bonne grâce à cette sorte
d'épreuve.
Il n'affectera pas un trop grand empressement et surtout, devant des
tiers, rien ne doit faire soupçonner sa recherche.
Les parents de la jeune fille doivent faciliter des entrevues autant
que le bon goût et la bienséance le permettent.
Si la demande doit être agréée, on le fait savoir au jeune homme par
une tierce personne; celui-ci peut aussitôt formuler sa demande
officielle, à laquelle on répond par une lettre d'acceptation qui se
peut rédiger de la sorte:
Cher monsieur,
Nous sommes très honorés, ma femme et moi, de votre gracieuse
demande.
Nous nous y attendions certes, puisque, avec une délicatesse qui
nous a fait plaisir, vous aviez prié le meilleur ami de nos deux
familles de pressentir nos intentions.
Votre position, votre situation nous convenant, il ne nous
restait plus qu'à consulter la chère fille dont nous rêvons le
bonheur et qui si tendrement, toujours, nous a récompensés de nos
soins et de notre affection. Sa réponse ne vous est point
défavorable.
Présentez-vous donc quand il vous plaira, et croyez, cher
monsieur, à nos sentiments déjà très affectueux.
L.
On prend alors jour pour débattre à fond les questions d'intérêts;
rien ne doit rester dans l'ombre, car si, pour une question d'argent,
un mariage peut manquer, il est inutile de l'engager.
Si l'intermédiaire n'est pas un des amis intimes, il est ennuyeux de
dire ce que l'on donne à sa fille, ce qui lui doit revenir, etc., etc.
Il y a là toute une gamme de nuances extrêmement délicates.
On peut faire traiter cette question par les notaires des deux
familles.
Que ce soit un refus ou une acceptation qui résultent des démarches
matrimoniales, on ne doit pas tarder à faire connaître la décision
prise.
Une nouvelle insistance à un refus serait déplacée.
Pendant les pourparlers d'intérêts, la jeune fille et le prétendant
doivent s'abstenir de toutes réflexions, ils ont leurs fondés de
pouvoir. Une femme seule évite les débats d'argent.
Si, au cours des pourparlers, le prétendant se trouvait déçu dans ses
espérances «pratiques» et qu'il voulût se retirer, il écrirait une
lettre polie, prétextant un voyage, la maladie d'un parent, etc.; il
n'accentuerait pas davantage le refus. Nous avons dit comment peuvent
gracieusement se motiver ces refus.
Si, après avoir accepté un jeune homme, une jeune fille refusait, ses
parents doivent chercher à la faire revenir sur sa détermination mais
non la forcer; de même, lorsqu'elle s'éprend de quelqu'un qui ne
convient pas à sa famille doit-on faire le possible pour lui démontrer
ce qu'on a à reprocher au prétendant, mais les grands moyens n'ont
jamais très bien réussi et le savoir-vivre, le bon sens les
interdisent.
Il faut dépayser la jeune fille, la faire voyager, la distraire, et il
est rare qu'un sentiment de cœur de vingt ans résiste à ce petit
traitement.
Dans les mariages d'inclination, d'amour, je ne trouve nullement
déplacé que le jeune homme s'adresse directement à la jeune fille dont
il veut faire sa femme ou qu'il charge de ce soin sa mère ou son père,
qui demanderont alors: «Mademoiselle ou ma chère enfant, selon le
degré d'intimité, vous plairait-il de devenir notre fille?»
Si celle-ci est disposée à accepter, elle peut répondre au jeune homme
ou à ses parents que si les siens acceptent elle ne dira pas non, ou
même, si les parents du jeune homme lui sont connus depuis longtemps,
elle peut simplement les embrasser sans répondre; c'est suffisamment
éloquent.
Une grande franchise est, dans tous les cas, indispensable.
_Agréé!_
Enfin toutes les difficultés sont aplanies, la demande verbale ou
écrite a été bien accueillie et il faudrait des motifs très graves
pour rompre le projet d'union.
Le jeune homme écrit ou fait demander quel jour et à quelle heure il
peut se présenter officiellement; on lui répond en lui fixant une date
prochaine, le lendemain ou le surlendemain.
Le jour de la première entrevue officielle, le jeune homme doit
envoyer un joli bouquet blanc rosé pour une jeune fille, de roses de
couleurs pour une veuve; jamais de fleurs d'oranger dans le premier
cas, jamais de fleurs trop sombres dans le second.
Inutile de mettre sa carte, on sait de reste d'où viennent les fleurs.
Ce bouquet (non dépouillé du papier qui l'enveloppe) doit être placé
dans un vase, mis en évidence sur un meuble de la pièce où on doit
recevoir le jeune homme.
Celui-ci, accompagné de son père ou de sa mère, seul s'il est
orphelin, se présente à partir de trois heures, jamais avant, à la
maison de celle qu'il peut dès lors considérer comme sa fiancée.
Celle-ci n'est _jamais_ au salon à l'arrivée du jeune homme; les
parents seuls sont présents; le père et la mère doivent tendre la
main à la personne qui accompagne le fiancé et à lui-même, on échange
de bonnes et cordiales paroles.
Après les premiers instants d'entretien qui sont toujours un peu
gênants de part et d'autre, on fait venir la jeune fille. Celle-ci
doit être simplement mais élégamment habillée; il faut un brin de
coquetterie qui marque qu'elle s'est mise en frais pour son futur
mari; elle peut avoir, dans les cheveux ou à son corsage, une fleur du
bouquet envoyé le matin.
Elle doit sans fausse honte saluer la personne qui accompagne le jeune
homme et celui-ci, leur tendre la main, selon le degré d'intimité qui
règne entre les deux familles.
Le père ou la mère doivent l'embrasser, en la nommant «ma chère
enfant».
Elle doit remercier du bouquet reçu; le jeune homme s'informera
discrètement des fleurs qu'elle préfère.
A propos de bouquet, disons en passant que le bouquet quotidien n'est
pas obligatoire, qu'il peut s'envoyer tous les deux jours ou même une
fois par semaine.
Il doit être varié chaque fois, montrant ainsi le désir qu'a le jeune
homme de plaire à sa future femme; un bouquet toujours le même
semblerait une commande faite une fois pour toutes, comme une corvée
dont on veut se débarrasser.
Cette première visite ne se prolonge pas; vingt à trente minutes sont
suffisantes.
En se retirant le jeune homme baise la main de sa future belle-mère et
de sa fiancée; il serait de mauvais goût d'embrasser la jeune fille à
moins que maintes relations n'autorisent cette familiarité.
Je trouve fort joli un bouquet de myosotis et roses mousseuses.
Dans notre siècle d'innovations, on évite la monotonie en variant le
bouquet; souvent ce sont maintenant d'élégantes gerbes lâches, nouées
de rubans qui avivent et rehaussent les douces teintes des fleurs.
Le fugace présent emprunte, pour charmer les yeux, les formes les plus
variées; bref, la fantaisie et l'ingéniosité ont beau jeu en pareille
occurrence.
On offre des coussins tout en fleurs; l'initiale de la jeune fille en
fleurs d'autre teinte; des coussins de roses avec initiale en
tubéreuses, de petites lyres en camélias avec les cordes en cordonnets
d'or, puis toute la série des paniers avec leurs formes exquises et
bizarres. Nos fleuristes sont aujourd'hui de véritables artistes.
[Illustration]
_La bague de fiançailles._
Doit être apportée dès la troisième visite du fiancé; la jeune fille
l'attend avec une certaine impatience, cette bague, image palpable de
l'engagement qui la lie, en attendant l'anneau symbolique.
Dès la seconde visite, le jeune homme s'informera des goûts de la
jeune fille et il lui apportera, à la visite suivante, ladite bague,
qu'il passera à son doigt en lui baisant la main.
Il doit, auparavant, demander la permission à sa future belle-mère.
Lorsque le jeune homme est orphelin, il peut apporter la bague de sa
mère.
La bague de fiançailles est généralement une perle, une émeraude, un
saphir, une turquoise entourée de brillants; un brillant solitaire
quelquefois.
Certaines personnes superstitieuses pensent que l'opale est un présage
de malheur, c'est pourquoi on l'offre rarement.
Une des plus jolies à offrir est la bague jumelle si à la mode
maintenant, deux cercles soudés l'un à l'autre et qui ont une perle et
un brillant comme ornement; l'alliance du brillant et de la perle est
emblématique: la perle, la jeune fille; le diamant, l'épouse.
Le jour de la remise de la bague, le jeune homme fera bien d'apporter
un bouquet à sa future belle-mère.
[Illustration]
_La «Cour»._
Lorsqu'un mariage est décidé, l'usage veut qu'on fixe la date des
fiançailles; on donne à cette occasion soit une soirée, soit un dîner,
et les deux familles s'entendent sur les invitations à faire; on ne
convie guère que parents et amis intimes; les simples connaissances ne
sont pas admises, mais si le mariage a été négocié par des tiers il ne
faut pas manquer de les inviter et de les placer aux côtés des
fiancés.
Les fiançailles sont annoncées au dessert.
Si c'est une soirée qu'on donne, l'annonce du grand événement est
faite vers minuit.
Inutile de dire que le fiancé doit être d'une parfaite exactitude;
s'il se faisait attendre, ce serait un absolu manque de savoir-vivre.
Le lendemain du dîner ou de la soirée, on doit écrire aux membres de
la famille qui sont en province, afin de leur faire connaître la
nouvelle.
Il faut fixer, à quelques jours près, la date du mariage le jour des
fiançailles.
Huit jours après le dîner ou la soirée de fiançailles, les parents du
jeune homme invitent à leur tour la jeune fille et sa famille; lorsque
le prétendant est orphelin, inutile de dire qu'il ne rend aucun dîner,
eût-il une maison montée; un veuf peut seul se permettre cela.
Pour ces dîners, les jeunes gens sont placés l'un près de l'autre, en
face du père et de la mère de la fiancée; le père du jeune homme est
auprès de la maîtresse de la maison, la mère auprès du maître de
céans; s'il y a d'autres invités, on les groupe selon les âges, les
positions, les sympathies.
Pour ces réunions, la fiancée doit être vêtue de teintes claires; les
teintes rose pâle, bleu ciel, crème, ne sont pas l'uniforme des jeunes
femmes. Les jeunes filles peuvent porter toutes les teintes.
L'habit n'est pas de mise dans un dîner de famille.
Pendant le temps de la «cour», octroyer aux fiancés une certaine
latitude, sans toutefois les laisser livrés à eux-mêmes.
Il est bon de les laisser causer librement, sans qu'on puisse entendre
ce qu'ils disent.
Les fiancés ne doivent jamais s'asseoir sur le même meuble, ils ne
peuvent rester ensemble dans une pièce fermée; pourtant les
convenances sont sauves s'ils sont en tête-à-tête dans une chambre
dont la porte ouverte donne sur une autre pièce occupée par la mère ou
des personnes de la famille.
Si le fiancé sort avec sa future et sa belle-mère en expectative, il
doit offrir le bras à cette dernière; mais souvent, pour faire plaisir
au jeune couple, celle-ci l'autorise à donner le bras à sa fiancée.
Les fiancés ne doivent s'appeler que monsieur et mademoiselle; seules
les relations d'enfance autorisent l'emploi du prénom.
Le baiser sur le front est permis, mais la simple poignée de main est
de meilleur goût, et même un cousin et une cousine qui s'embrassaient
franchement lorsqu'ils n'étaient que parents, se bornent au
_shake-hand_, lorsqu'ils deviennent fiancés.
Lorsqu'on a les entrevues d'affaires chez le notaire, on s'y rend
séparément; mais le bon goût veut que le jeune homme et ses parents
soient arrivés les premiers.
On tient, en général, les projets de mariage aussi secrets que
possible, mais, lorsque la chose est bien et dûment officielle, la
mère de la jeune fille accompagnée de celle-ci fait ses visites et
annonce l'événement à toutes ses relations.
Le fiancé a, de droit, son couvert à la table de famille de la jeune
fille; il est de bon goût de ne pas en user tous les jours.
Lorsqu'on se marie avec une veuve, la question n'est plus la même; on
peut sortir seul avec elle, aller au théâtre et elle vous reçoit sans
tierce personne.
Il n'y a pas de dîner de fiançailles; la bague est remise dans une
simple visite.
Les bouquets sont moins de rigueur; on peut les remplacer par des
plantes durables.
La veuve qui reçoit son fiancé doit éviter le noir et les teintes de
demi-deuil dans ses toilettes.
Lorsque la mère du jeune homme reçoit dans son salon la fiancée de son
fils, qu'elle soit veuve ou demoiselle, la formule de présentation à
ses amis est stéréotypée; elle dira: Je vous présente mademoiselle X.
ou madame X., ma future bru. Le ton doit être affectueux.
Certains traités de savoir-vivre interdisent à une jeune fille d'aller
en soirée, au théâtre, pendant le temps de la cour; en outre, ils lui
recommandent de ne pas danser plus de trois fois avec la même
personne, si ce n'est avec son fiancé.
La mode a un peu changé ces coutumes.
Le jeune homme fera bien aussitôt de faire un tri dans ses relations;
de préluder en quelque sorte à la vie sérieuse.
[Illustration]
_Le Contrat._
La signature du contrat se fait ordinairement quinze jours avant le
mariage; le premier ban et les publications légales se font après;
alors on est certain qu'une question d'intérêt ne viendra pas à la
traverse des projets; les discussions d'intérêt ne doivent jamais
avoir lieu devant les jeunes gens et ceux-ci doivent avoir l'air de
les ignorer. Certaines personnes signent seulement le contrat trois ou
quatre jours avant le mariage.
Le contrat se signe chez le notaire ou dans une soirée que donnent les
parents de la jeune fille; quelquefois, c'est un dîner auquel on
convie le notaire; on peut encore faire une grande réception de jour.
Voici le libellé des faire part pour une signature de contrat, si on
le fait avec quelque solennité:
_Monsieur et Madame L..... seront chez eux
le 1er décembre 1894_:
Signature du contrat.
La mode n'étant plus de faire une fête le jour du mariage, on profite
de celui du contrat pour réunir ses amis.
Le cérémonial du contrat est le même dans tous les cas: qu'on aille
chez le notaire, qu'il y ait dîner, soirée ou réception de jour.
L'on s'assied en cercle, les jeunes gens l'un à côté de l'autre, les
parents, les témoins.
Le notaire se place devant une table.
Disons à ce propos qu'il y a des familles qui aiment avoir chacun leur
notaire.
Le notaire lit le contrat, demande si on est bien d'accord et tend la
plume au jeune homme; celui-ci signe, passe la plume à la fiancée, qui
la passe ensuite à sa future belle-mère, celle-ci la transmet à la
mère de la jeune fille, puis, dans le même ordre, aux deux futurs
beaux-pères, enfin aux témoins, en suivant les préséances d'ordre et
de parenté.
Si la signature du contrat a lieu dans une soirée, on passe dans une
pièce séparée, puis on reporte le contrat dans le salon, on le pose
sur une table, et il reste ouvert afin que toutes les personnes
puissent signer si elles le désirent.
Si on désire avoir la signature de hauts personnages ou de parents
âgés qui ne se dérangent pas, on leur porte le contrat à signer chez
eux.
S'il y a un bal, la jeune fille l'ouvre avec son fiancé.
La jeune fille, s'il y a réception chez elle, porte une jolie toilette
de nuance claire, décolletée, un peu «dame» déjà; toutefois elle ne
mettra pas les bijoux de sa corbeille, qu'on doit lui avoir envoyée le
matin; elle aura encore ses petits bijoux de jeune fille.
L'usage veut qu'elle offre lesdits bijoux en présent à ses jeunes
amies. Celles-ci sont toujours reconnaissantes de cette attention.
[Illustration]
_Les Lettres de faire part d'un Mariage._
Ces lettres doivent être adressées le lendemain du contrat, si
celui-ci précède de quinze jours la cérémonie; on peut aussi ne les
envoyer qu'une huitaine avant.
Lorsque les grands-parents sont encore vivants, ils figurent toujours
en première ligne pour annoncer le mariage.
On peut ne plus envoyer de double lettre de faire part, c'est-à-dire
que le côté gauche appartient à la famille de la mariée, le côté droit
à celle du marié.
_Modèle d'une lettre où les grands-parents sont mentionnés._
Monsieur et Madame Albin, et Madame Dufresne, ont l'honneur de
vous faire part du mariage de Mademoiselle Marguerite Dufresne,
leur petite-fille et fille, avec Monsieur Gaston Calmette,
capitaine au 18e dragons,
Et vous prient d'assister à la bénédiction nuptiale qui leur sera
donnée, le mardi 20 novembre 1894, en l'église Notre-Dame des
Victoires, à midi très précis.
_Paris, le_
_202, rue Neuve-des-Petits-Champs._
Madame veuve Calmette, Monsieur et Madame Calmette ont l'honneur
de vous faire part du mariage de Monsieur Gaston Calmette,
capitaine au 18e dragons, leur petit-fils et fils, avec
Mademoiselle Marguerite Dufresne,
Et vous prient d'assister à la bénédiction nuptiale qui leur sera
donnée, le mardi 20 novembre 1894, en l'église Notre-Dame des
Victoires, à midi très précis.
_Paris, le_
_102, rue d'Amsterdam._
Lorsqu'une catholique épouse un protestant ou un israélite, la fin de
la lettre se libelle ainsi:
Et vous prient d'assister à la bénédiction nuptiale qui leur sera
donnée en l'église de... et au temple ou à la synagogue de....
rue de....
L'usage veut que ce soit la religion de la femme qui ait les honneurs.
Pour un orphelin:
Monsieur Louis T..... chevalier de la Légion d'honneur, officier
de l'Instruction publique, avocat à la Cour d'appel, a l'honneur
de vous faire part de son mariage avec Mademoiselle Cécile D.....
Une veuve sans parents fait elle-même part de son mariage.
Voici un modèle de lettre que j'ai sous les yeux; il est timbré aux
armes des deux familles.
M.
Vous êtes prié d'assister à la célébration du mariage entre
Monsieur Gontran de J., vicomte de St-P., et de Mademoiselle
Anne-Marie de B..., lequel aura lieu le 30 du présent mois de
juin, en l'église de Saint-Pierre de Chaillot, à midi.
De la part: du colonel de B..., du marquis et de la marquise de
St-P., aïeul, père et mère du fiancé; de la duchesse douairière
de B..., du duc et de la duchesse de B..., aïeule, père et mère
de la fiancée.
Une formule simple qu'on peut toujours employer est celle-ci:
Monsieur et Madame C..... ont l'honneur de vous faire part du
mariage de leur fille Mathilde avec Monsieur Julien S...., etc.
Ou encore:
Monsieur le docteur L..... et Madame L..... ont l'honneur de vous
faire part du mariage de Mademoiselle Marie L..... avec Monsieur
Ferdinand D...., etc.
Si, après la messe, il y a lunch, on met, dans les lettres destinées
aux personnages qu'on désire avoir à cette réunion, une carte portant
cette mention:
Madame Y... (la mère de la mariée) recevra après la bénédiction
nuptiale.
C'est toujours la mère ou la grand'mère de la mariée qui reçoit.
Un lunch doit _toujours_ se donner chez la mère de la mariée; jamais
au restaurant.
Les amis très intimes sont invités de vive voix ou par lettres
autographes.
Ce qu'il faut éviter à tout prix, parce que cela frise un peu le
ridicule, ce sont des indications de ce genre:
Monsieur X..., _propriétaire!!!_ et Madame X... ont l'honneur,
etc.
Ou encore:
Monsieur Z..., _ancien négociant!!!_ et Madame Z... ont
l'honneur.
Il est d'usage de ne mentionner que les décorations nationales.
Les personnes qui, pour une raison ou pour une autre, n'assistent pas
à la bénédiction nuptiale, envoient dès le lendemain leurs cartes aux
parents ou du jeune homme ou de la jeune fille selon qu'ils
connaissent l'un ou l'autre; dans le cas où, seul, le jeune marié
serait connu d'eux, c'est aux jeunes époux qu'il faut adresser sa
carte.
Non seulement il y a les lettres d'invitation à la cérémonie; il y a
aussi les lettres de faire part du mariage tout simplement et qui
s'envoient huit jours après la cérémonie.
Ces dernières sont pour les personnes habitant la province et qu'on
sait ne pas pouvoir assister au mariage; en voici le libellé:
Monsieur et Madame L..... ont l'honneur de vous faire part du
mariage de Monsieur Edouard L..... leur fils, avec Mademoiselle
Charlotte T.....
_Paris, le_
_Rue de Chabrol, 117._
La même lettre pour les parents de la jeune fille.
Voici encore un modèle:
Le marquis et la marquise de C. M. ont l'honneur de vous annoncer
que le mariage de leur fille Marie-Antoinette avec le baron de J.
a été célébré le 15 de ce mois de décembre, 1893.
Disons, pour terminer le chapitre des «faire part» de mariage, qu'on
ne doit oublier personne, fournisseurs, serviteurs, etc., enfin toutes
les personnes avec lesquelles on est en relations.
Ces lettres, non cachetées, s'affranchissent à cinq centimes.
[Illustration]
_La Corbeille._
Corbeille, que de folies on commet en ton nom! dirais-je, parodiant un
vers célèbre.
En effet, malheureusement, il est des jeunes filles qui considèrent la
corbeille comme l'affaire principale, la plus considérable dans un
mariage.
La corbeille est envoyée le matin ou la veille de la signature du
contrat.
Il est à remarquer que, sauf la bagne de fiançailles, le futur ne
donne pas de présents de _valeur_ avant le contrat.
La corbeille dépend de la position et de la générosité du futur.
Elle n'est pas envoyée nécessairement dans une corbeille; c'est dans
un coffret, un petit meuble, l'ancien coffre de mariage, si l'on veut
(ce dernier a beaucoup de cachet). Depuis quelque temps, la vraie
corbeille a fait sa réapparition; c'est une corbeille carrée en
vannerie artistique, doublée de satin blanc; on dépose au fond les
étoffes, les dentelles, puis les fourrures, les écrins à bijoux et,
sur le tout, un gros bouquet de fleurs roses liées d'un lien de satin
blanc ou d'un lien d'or; ce qui me fait toujours penser à cette
vieille chanson bretonne:
Vous voilà donc liée,
Madame la mariée,
Avec un lien d'or
Qui n'délie qu'à la mort!
Il y a quelques années, on avait essayé d'offrir à la fiancée une
somme plus ou moins importante, suivant la situation; mais cette
importation américaine n'a pu prévaloir contre la vieille coutume
française.
Si la fiancée a des frères et des sœurs, le futur joindra à la
corbeille les présents qu'il leur destine.
Il n'est pas d'usage que la jeune fille fasse le moindre cadeau à son
fiancé.
Si elle tient absolument à lui offrir quelque chose, qu'elle lui donne
une garniture de boutons de chemise en perles fines ou l'unique et
large bouton en or mat, que quelques élégants portent.
Le cachemire de l'Inde qui devait faire le fond de toute corbeille du
temps de nos mères a cédé le pas à la jaquette de loutre.
On offre aussi quelques mètres de dentelle blanche; point à l'aiguille
ou d'Angleterre;
Des dentelles noires;
Une garniture de fourrure, renard bleu, skungs, martre, au choix;
Quelques robes _en pièce_, robe de velours noir, de satin ou de moire
de teinte claire, de brocart ancien;
Un éventail en plumes d'autruche noires ou blanches, montées sur
écaille blonde, avec, sur le côté, les initiales de la jeune femme,
c'est-à-dire l'initiale de son prénom et l'initiale de son nouveau
nom, en brillants ou en or;
Une jumelle de théâtre;
Le livre de mariage, genre vieux missel;
Le porte-monnaie, le porte-cartes en ivoire avec appliques d'or
émaillé, genre byzantin;
Une petite bourse remplie de pièces d'or _neuves_;
Des boutons d'oreilles en brillants (pas de pendeloques, de
girandoles), une broche en brillants, un bracelet pareil, une rivière
ou un rang de perles, un diadème ou une aigrette, la petite trousse
en or que portent maintenant les dames; enfin, d'autres bijoux, si
vous voulez, et des pierreries que la jeune épousée pourra faire
monter à son gré.
Je parle ici d'une riche corbeille.
La montre n'y figure jamais, car en somme ce n'est pas un bijou, mais
un objet d'utilité, et il est à supposer que la fiancée a sa montre de
jeune fille.
Pour les corbeilles modestes, au contraire, la montre figure en
première ligne.
Voici la composition d'une corbeille de ce genre:
Deux boutons d'oreilles en brillants ou en perles;
Une broche or, avec, au centre, un motif brillants et perles;
Un bracelet jonc en or ciselé;
Un éventail de satin noir monté sur nacre;
Une robe de faille noire;
Une coupe de dentelle blanche;
Un nécessaire de travail en argent;
Un manchon et un tour de cou en fourrure.
On met aussi dans la corbeille la pièce de mariage, vestige de
l'antique usage.
La pièce de mariage est une médaille en or ou en argent; une des faces
représente un sujet allégorique.
L'autre face porte les noms des deux conjoints et la date de la
cérémonie.
Dans certaines campagnes, la femme reçoit encore de son mari une pièce
d'argent, nouvellement frappée; elle la fait percer, la porte à son
cou, suspendue par un ruban, ou bien à son chapelet, en guise de
médaille.
_Le Trousseau._
La jeune fille apporte toujours son trousseau, même si elle n'a pas de
dot.
Son linge personnel est marqué à ses initiales de jeune fille; par
exemple: Marie Durand, M. D., et le linge de table, de toilette, de
maison, en un mot, est marqué aux deux initiales des noms de famille.
La toilette de la mariée est toujours fournie par ses parents.
Pour le trousseau, outre le solide linge classique, on doit faire un
peu la part de la fantaisie et quelques objets en soie ou en batiste
rose, bleu ciel, vert-nil, ne sont pas déplaisants.
[Illustration]
_La Question des Cadeaux._
Encore une question épineuse.
Disons, tout d'abord, que si le mariage s'est fait par l'intermédiaire
d'une personne, le marié doit un présent à celui ou à celle qui a fait
son bonheur!
Le marié donne une gratification aux domestiques des parents de la
mariée, aux employés de la mairie, paie les actes notariés.
Tantôt c'est la famille de la jeune fille qui fait les frais du
mariage religieux, des voitures, etc.; tantôt c'est celle du jeune
homme (ce devrait être ainsi); en tous cas, les frais du dîner, du
lunch, du bal, s'il y en a un, sont _toujours_ à la charge des parents
de la jeune fille.
Souvent on partage tous les frais entre les deux familles.
Les témoins, les parents, les amis donnent un présent à la jeune
fille; c'est, en général, un cadeau collectif, une pièce de ménage,
mais les parents offrent toujours les objets les plus intimes.
Variée est la liste des présents:
Toute la lyre de l'argenterie, depuis les petites cuillères jusqu'au
surtout d'orfèvrerie, en passant par les plats et les réchauds;
Des glaces, des lampes sur pied, cave à liqueurs, paravent, meubles
volants, garniture de cheminée, bronze, terres cuites, livres,
antiquité, tableaux, etc., etc.
Pour les personnes de positions modestes, on fera bien de ne pas
donner un cadeau qui détonnerait sur l'ensemble.
Lorsque les personnes qui font des cadeaux au jeune couple sont en
relations, elles font bien de s'entendre afin de ne pas faire double
emploi en offrant les mêmes présents.
La jeune fille offre d'ordinaire un cadeau à la bonne de ses parents
ou à sa femme de chambre, si elle en a une; généralement, c'est une
montre.
Le jeune marié doit également un présent à ses beaux-frères et
belles-sœurs, s'il en a: ce sont, pour les enfants de beaux livres;
pour les jeunes gens et les jeunes filles, des bijoux: épingles de
cravate, boutons de manchettes, bagues, bracelets.
Pour entrer en ménage sous de favorables auspices on ne devrait pas
oublier les pauvres.
_L'exposition des présents._
Sur une table on doit placer les présents des amis, avec la carte qui
y était jointe.
En écroulements, le linge de maison; en paquets attachés de faveurs
roses, les objets du trousseau.
Sur un petit guéridon, les écrins ouverts où scintillent les diamants,
les éventails entr'ouverts, les dentelles posées sur transparents,
bleus pour les blanches, roses pour les noires; les soieries en
éventail.
Il est certainement inutile de recommander à nos jeunes filles de ne
pas faire de comparaisons avec la corbeille de telle ou telle amie
mariée; de ne pas trop faire scintiller des joyaux devant des amies
moins fortunées qu'elles.
Ces recommandations n'ont pas besoin d'être faites, tout dépend de la
délicatesse du cœur, science qui ne s'apprend pas, qui est innée.
On remercie aussi chaleureusement le parent pauvre qui vous offre une
veilleuse de porcelaine que le riche qui vous fait présent de
vaisselle plate.
Un beau service de table en fine porcelaine avec les initiales est
toujours bien reçu.
[Illustration]
_Formalités légales du mariage._
Certaines personnes prétendent et soutiennent, au nom de la loi, qu'il
faut quinze ans et trois mois à une jeune fille pour se marier et
dix-huit ans et trois mois à un jeune homme.
C'est une erreur.
Il faut quinze ans et dix-huit ans révolus; n'y eût-il qu'un jour en
plus, cela suffit.
Lorsque deux jeunes gens veulent se marier, il faut qu'ils demandent
ou fassent demander à la mairie, de procéder à la publication du
mariage.
Il faut onze jours d'affiche avant de pouvoir célébrer le mariage;
toutefois, on n'est pas forcé de se marier sitôt le délai écoulé: il
faudrait une année entière de passée pour être contraint de refaire de
nouvelles publications.
Si les parents, dont le consentement est nécessaire, habitent une
autre commune que les enfants, il faut également des publications à
leur municipalité.
Les publications portent les noms, prénoms, profession, domicile, la
qualité de majeur ou de mineur, des futurs conjoints; mention est
faite des noms, prénoms, profession des parents; on indique leur
domicile ou le lieu de leur décès.
Il faut six mois d'habitation dans le même endroit; si ce laps de
temps n'est pas accompli, les publications se font au domicile actuel
et au précédent.
L'homme est considéré comme mineur jusqu'à vingt-cinq ans, la femme
jusqu'à vingt et un an, et les publications devront être faites au
domicile des pères et mères, aïeuls ou aïeules.
PIÈCES A PRODUIRE:
Extrait légalisé de l'acte de naissance des deux fiancés;
Acte de mariage des parents;
Acte de décès, en cas de mort, de l'un ou des deux parents;
Pour un militaire, la permission du ministre de la guerre;
La même permission est obligatoire pour les employés à la suite des
armées.
A ce propos, disons que pour un militaire, vingt-cinq jours avant la
cérémonie du mariage, les publications sont mises à l'ordre du jour du
corps de l'armée selon le grade et l'emploi du futur; ce qui n'empêche
pas les publications à son dernier domicile.
Il faut aussi le consentement des parents, lorsqu'ils sont absents;
Un certificat du médecin en cas de maladie et le consentement; un
jugement en cas d'interdiction;
Pour un veuf ou une veuve, l'acte de décès du premier conjoint;
Le consentement des tuteurs pour les orphelins;
Pour un ou une divorcée, l'acte de divorce;
Même si l'on est veuve ou divorcée il faut le consentement des
parents.
Peuvent faire opposition à un mariage sans dommages et intérêts:
1º Le conjoint d'un précédent mariage;
2º Les père et mère;
3º Les aïeuls et aïeules, lorsque les parents sont décédés, fous, ou
interdits;
4º Dans le cas où le futur époux serait privé de ses facultés
mentales ou s'il était sous la dépendance d'un conseil de famille
ayant refusé son consentement, tout membre de la famille peut faire
opposition.
Mais, en cas de trouble mental, l'opposant est forcé de provoquer
l'interdiction dans les formes et dans les délais voulus et, si son
opposition est rejetée, il peut être condamné à des dommages et
intérêts.
Dans le cas de parenté tel que ceux de beau-frère et belle-sœur,
oncle et mère, cousin et cousine, il faut faire une demande de
dispense au chef de l'État; de même, pour pouvoir se marier avant
quinze ans ou dix-huit ans.
Lorsque les mineurs n'ont plus d'ascendants directs, il faut le
consentement du conseil de famille.
Dans le cas où il y aurait eu des sommations respectueuses de la part
d'un des époux, il faut produire le procès-verbal de la remise de ces
actes respectueux.
Enfin, dans le cas où ces actes seraient nécessaires, disons que la
loi autorise un homme après vingt-cinq ans, et une fille après vingt
et un, à faire signifier ces sommations, par un notaire, à l'ascendant
qui refuse son consentement.
Il faut trois sommations, à un mois d'intervalle l'une de l'autre
jusqu'à trente ans; passé cet âge, un seul acte suffit, mais on ne
peut procéder à la célébration du mariage qu'un mois après la
sommation.
En cas de dissentiment entre les parents ou entre les grands-parents,
le consentement du père ou de l'aïeul suffit.
Il faut un certificat du notaire, en cas de contrat de mariage.
Pour l'homme, il faut le certificat qu'il a satisfait à la loi de
recrutement.
[Illustration]
_Mariage à la mairie._
Il est d'usage maintenant que le mariage civil précède de quelques
jours le mariage religieux.
Cette coutume offre plusieurs avantages et évite une trop grande hâte
pour le jour de la cérémonie religieuse. Le marié, ses père et mère,
la mariée avec les siens, plus quatre témoins, choisis bien entendu
parmi les personnes dont le consentement n'est pas exigible, se
rendent à la mairie, ensemble ou séparément.
Le bon goût veut que, des deux côtés, on envoie chercher ses témoins
en voiture.
On marie de neuf heures du matin à cinq heures du soir.
On peut marier dans une demeure privée; dans ce cas, on laisse les
portes grandes ouvertes; ce n'est que dans des circonstances
exceptionnelles qu'on peut célébrer un mariage chez soi.
Si on veut se faire marier à un jour ou à une heure particuliers, il
faut une autorisation du maire.
Les témoins sont généralement choisis parmi les parents proches ou les
amis intimes.
Ils vont directement à la mairie, dans les voitures qu'on leur envoie.
On peut, sans faire une faute de savoir-vivre, leur donner simplement
rendez-vous.
Inutile de dire qu'un témoin ne se fait jamais attendre.
Le futur, accompagné de ses parents, se rend au domicile de sa future.
La toilette, pour l'homme, est la toilette de ville habillée: pantalon
gris, redingote, gants mi-clairs, chapeau haut de forme.
Pour la femme, une élégante toilette de dîner, teinte indécise
souvent; pour la première fois, elle arbore la capote, ce chapeau de
la femme mariée; elle ne porte pas ses diamants.
Pour l'hiver, je conseillerai une toilette velours bleu foncé, chapeau
pareil, avec plumes ciel; ou une bengaline gris fer avec chapeau
velours noir et plumes roses.
L'été, gardons-nous du rose, du ciel, du crème.
Une toilette de taffetas glacée, avec chapeau léger, sera préférable;
gants biscuits.
Généralement les mères sont en noir ou en teintes très sombres.