Pour ces réunions, la fiancée doit être vêtue de teintes cla

Note sur la transcription: Les erreurs clairement introduites par

le typographe ont été corrigées. L'orthographe d'origine a été

conservée et n'a pas été harmonisée.

_Les Usages

du Siècle_

COULOMMIERS

Imprimerie PAUL BRODARD.

UNE PARISIENNE

_Les Usages

du Siècle_

_Lettres--Conseils pratiques_

_Le Savoir-Vivre_

[Illustration]

PARIS

A. DESLINIÈRES, ÉDITEUR

161, RUE DU FAUBOURG SAINT-DENIS

1895

Tous droits réservés.

_Savoir-Vivre._

La Parisienne d'esprit et de goût qui a rédigé ce petit code de nos

usages et de nos coutumes en cette fin de siècle, n'a ni la prétention

de donner des leçons à ses contemporaines, ni celle de leur enseigner

les notions du savoir-vivre.

Ces leçons, qu'on apprenait si difficilement aux gentilshommes de la

cour de Louis XIV, nos enfants les savent aujourd'hui dès l'école, et

l'éducation dans la famille est aussi généralement répandue que le bon

sens dont discourut Descartes et que la civilité rêvée par Érasme.

Cependant en maintes circonstances un peu exceptionnelles, on se

trouve soudain embarrassé. Au moment de jouer son rôle dans une des

scènes tantôt tristes et tantôt gaies de notre vie, on hésite, on se

demande si on aura la tenue correcte, l'attitude convenant aux

circonstances; si on se conformera aux règles des convenances, si l'on

ne froissera pas l'étiquette, si l'on ne commettra point quelque

incorrection.

Sans doute lorsqu'on possède (et c'est, pour ainsi dire, le cas de

tous les gens bien élevés), lorsqu'on est doué de cette qualité

impalpable qui se nomme le tact, on peut affronter les situations les

plus délicates.

Il n'en est pas moins vrai que tel ou tel événement fortuit vous

transforme soudain en un témoin, en une marraine ou un parrain, en une

demoiselle ou un garçon d'honneur et que ce sont là des emplois pour

lesquels... on ne naît pas, auxquels rien ne nous a disposé, quelque

parfaite qu'ait été notre éducation première.

Et ces usages particuliers changent, se transforment selon l'époque et

la mode. Cette façon d'agir en telle circonstance était, il y a trente

ans, parfaitement correcte, exquise même; aujourd'hui elle ferait

sourire.

Mais toute affirmation a besoin d'une preuve, et de toutes les preuves

littéraires, l'anecdote est la meilleure.

On a prétendu, d'une façon assez plaisante, que le prince de

Talleyrand avait une échelle de proportion pour offrir aux convives

qu'il recevait à sa table, leur part de tel ou tel plat.

C'était une échelle descendant depuis le titre de Duc jusqu'à la

simple dénomination de Monsieur.

Il découpait lui-même et s'adressait à ses convives dans l'ordre

suivant:

--Monsieur le duc, Votre Grâce me ferait-elle l'honneur d'accepter de

ce bœuf?

--Mon prince (titre romain inférieur à celui de duc); aurai-je

l'honneur de vous envoyer du bœuf?

--Monsieur le marquis, accordez-moi l'honneur de vous offrir du bœuf!

--Monsieur le comte, aurai-je le plaisir de vous envoyer du bœuf?

--Monsieur le baron, voulez-vous du bœuf?

Lorsqu'il arrivait au simple Monsieur, dit la légende (un peu arrangée

sans nul doute), le diplomate frappait son assiette avec la main,

fixait ses yeux sur ceux du dernier convive en lui criant:

--Bœuf?

Quoique certains grands personnages, si l'on en croyait les

chroniques, aient imité ce singulier cérémonial, nous ne savons dans

quelle maison hautaine on pourrait tenter de le ressusciter

aujourd'hui.

Non, la politesse française a, Dieu merci, franchi le seuil de toutes

les demeures, et de plus en plus rares sont les fonctionnaires ou les

employés qui, sur notre douce terre, malmenaient traditionnellement

l'infortuné public.

Il arrive même, chez nous, que les ouvreurs de portières sont

uniformément gracieux.

En Allemagne, au contraire, les hommes qui, sur les chemins de fer,

sont chargés du contrôle des billets, parlent aux voyageurs selon la

«classe» occupée:

A ceux de Première, ils disent, en saluant avec beaucoup de déférence:

_Bitte die Herrschaft gefælligst die Billette vorzuzeigen_,

c'est-à-dire «que Leurs Seigneuries aient la bonté de montrer leurs

billets!»

A ceux de Seconde, ils s'adressent plus sommairement: _Billette,

gefælligst_, «Vos billets, s'il vous plaît»; enfin aux portières des

wagons de 3e classe, ils grognent, en forme de commandement militaire:

_Billet'heraus!_ «Sortez billets!»

Ces nuances, ou plutôt ces brutalités, n'apparaissent plus en France

qu'à de très rares exceptions.

Il est vrai qu'on a multiplié, je le répète, les traités de bonnes

manières.

En l'an 1671, le gentilhomme Antoine de Courtin publiait (et ce

n'était pas le premier ouvrage de ce genre) un _Traité de la civilité

qui se pratique en France parmi les honnestes gens_, traité réédité,

corrigé, augmenté avec approbation et privilège du Roy, et qui en

l'année 1712 se vendait à Paris chez Louis Josse, _à la Couronne

d'épines_, et chez Charles Robustel, _au Palmier_, deux boutiques

voisines, dans la même rue Saint-Jacques.

Un peu plus tard, en 1749, parut la fameuse _Civilité puérile et

honneste_, dressée par un missionnaire, avec des «préceptes et

instructions pour apprendre à la jeunesse à se bien conduire dans les

compagnies».

Que si on se reporte au temps de la parfaite gentilhommerie selon les

classiques, c'est-à-dire à l'époque du Roi Soleil lui-même, on peut se

convaincre aisément que ces maîtres laissaient encore beaucoup à

désirer.

Le sieur de Courtin déclare, en effet, dans sa Préface, qu'il se

trouve que son traité «est très utile non seulement aux personnes qui

ont des enfants à élever et aux jeunes gens, mais encore à ceux-là

même qui, bien qu'avancez en âge, ne sont pourtant pas assez instruits

de la politesse et de l'honnêteté que l'on doit observer dans le

commerce du monde».

Ce fut, plus tard et jusqu'à nos jours, une suite ininterrompue

d'ouvrages du même genre qui se répandirent d'autant plus que chacun a

la juste prétention de se conduire comme un gentilhomme.

La place nous manque pour énumérer les titres de tous ces livres, mais

à travers la liste des noms de trois cents auteurs ayant colligé les

«usages du monde» nous citerons parmi les prédécesseurs de notre

Parisienne, Madame Emmeline Raymond, madame Tarbé, la fameuse

comtesse de Bassanville, madame de Waddeville, madame d'Alq,

mademoiselle de la Jonchère, madame Alice Vernon, madame Ermance

Dufau, la baronne Staffe très estimée.

Sous des titres nécessairement enserrés dans le cercle étroit d'un

même sujet, ces femmes instruites et distinguées ont consigné, avec

les remarques des autres, leurs propres observations.

En ces dernières années, aux _Usages du Monde_ de l'abbé Bourgeau

(1864) précédé par Bescherelle aîné qui écrivit l'_Usage du Monde_, et

suivi par l'homme (également du monde) qui produisit les _Usages du

Monde_ en 1880, on a vu paraître «Usages du Monde» de la baronne

Staffe, à laquelle nous avons rendu justice.

Avouons qu'il était temps de s'occuper des _Usages du Siècle_. Ils

auront peut-être le succès des anciens.

Cette succession, cette multiplication de livres pour ainsi dire

semblables, a été en quelque sorte rendue nécessaire par la

continuelle métamorphose des mondaines coutumes.

Ce sont ces transformations qui rendent nécessaire ce qu'on pourrait

appeler «la tenue à jour» de nos usages modernes.

Si nos grands principes de politesse sont demeurés en quelque sorte

immuables, les manières élégantes n'offrent, en revanche, que

l'instabilité!

Elles vieillissent si vite que nous avons cru utile de dresser, pour

ainsi parler, un catalogue des renseignements mondains.

Des phrases, non; des conseils, pas davantage, mais, selon

l'expression depuis peu consacrée, des documents.

Tel est l'esprit de ce petit livre sans prétention où le lecteur est

invité à chercher seulement le renseignement utile à tous.

Un Bibliophile.

[Illustration]

_Les Usages du Siècle_

_La demande en mariage._

La demande en mariage est l'événement le plus important de la vie.

Point n'est besoin de digresser sur ce chapitre.--Des faits, des

faits.

La règle stricte veut que le jeune homme qui a des «vues» sur une

jeune fille s'ouvre de ses intentions à une tierce personne qui puisse

le mettre en rapport avec la famille de celle qu'il désire pour femme.

Cette personne a un rôle très délicat, très scabreux à remplir; il lui

faut pour cela beaucoup de tact.

Elle doit d'abord s'informer discrètement si la jeune fille n'est pas

promise, quelle est sa dot, quels sont les désirs et les intentions

des parents, si telle situation leur convient, si tel âge leur semble

en rapport; en un mot, elle doit préparer les voies au candidat.

Lorsque ces précautions préliminaires sont prises, on doit arranger

une entrevue, _censément fortuite_, entre le jeune homme et la jeune

fille. Jadis c'était à l'Opéra-Comique; et _la Dame_ _Blanche_ a été

un des premiers témoins de bien des fiançailles décidées en principe.

Mais, quel que soit le lieu choisi pour l'entrevue, la jeune fille ne

doit se douter de rien, cela lui enlèverait ses moyens, l'empêcherait

d'être naturelle. Cependant son attention sera fort en éveil malgré

toutes les précautions et je l'engagerai à être tout bonnement

elle-même, à ne pas faire de petites mines enfantines, ou naïves,

genre bien usé à présent que les jeunes filles sont un peu élevées à

l'américaine.

Est-ce un bien? Est-ce un mal? _That is the question._ Enfin c'est le

siècle qui veut ça, paraît-il!

Une allure trop décidée, des goûts mondains trop montrés, peuvent être

des obstacles sérieux pour le jeune homme qui cependant doit se méfier

de sa première impression.

Il faut donc être très circonspect en pareille matière, ne pas dire

définitivement «oui» ou «non» et demander une nouvelle entrevue; quel

homme jeune, fût-il un grand philosophe, peut apprécier en quelques

instants le caractère d'une jeune fille?

La meilleure façon d'avoir des renseignements est de s'adresser aux

personnes connaissant la famille et la jeune fille depuis l'enfance.

Il est toujours pénible pour la tierce personne d'avoir à notifier un

refus; elle doit l'entourer de toutes les délicatesses possibles.

J'engagerai tous les jeunes gens qui désirent se marier et qui ne sont

pas poussés par une inclination réelle à bien s'informer de la dot,

des «espérances», pour parler le vilain langage de notre siècle, avant

de s'avancer. Car reculer sur une question d'argent est humiliant pour

la jeune fille et... pas très beau pour le jeune homme.

Même, si la famille de la jeune fille refuse, elle doit offrir des

remerciements à la tierce personne et des phrases de regrets polis au

prétendant.

Il y a des personnes qui se plaisent à faire des mariages. Elles

rendent souvent service aux familles qui n'ont pas beaucoup de

relations, et il serait ingrat de leur en vouloir si leurs efforts

n'aboutissaient pas.

Si donc vous intervenez, parlez franchement à la famille du jeune

homme ou à lui-même s'il est orphelin, à la famille de la jeune fille,

ou à son tuteur, jamais à elle-même, cela pourrait la gêner. En

réunissant les jeunes gens dans un dîner, dans une soirée où il y a

beaucoup d'autres jeunes couples, on peut espérer que la jeune

personne ignorera l'intention.

Se trouvant avec des compagnes, elle peut penser que c'est pour l'une

d'entre elles que le jeune homme est là et elle se doutera encore

moins de quelque chose s'il y a plusieurs jeunes gens.

Après l'entrevue, on doit demander à la jeune fille ce qu'elle pense

de «monsieur un tel»; si la réponse est favorable, on la transmettra à

la tierce personne qui en fera part au jeune homme; celui-ci, si la

jeune fille lui plaît, s'enquiert de suite de la situation, fait

connaître la sienne et s'avance un peu plus: il demande à être

présenté dans la famille de celle qu'il désire épouser, fait quelques

visites pendant lesquelles les jeunes mariés en expectative peuvent

s'étudier un peu, trop peu, hélas! car on est sur la défensive, mais

cela est inévitable.

Si, après quelques visites, le jeune homme pense qu'il ne pourra

pas trouver le bonheur dans cette union, il en fait part à

l'intermédiaire, qui, aussi délicatement que possible, avertit la

famille de la jeune personne; la même chose a lieu, lorsque c'est du

côté de la femme que vient le refus. En tous cas, c'est fort

désagréable pour la personne qui s'est entremise, et bien des

brouilles mondaines sont venues de là.

Lorsque conformité de goûts, de fortune, de famille, semblent

promettre un long avenir de bonheur, le prétendant ne doit pas tarder

à faire connaître ses intentions définitives; s'il a son père,

celui-ci se charge de la démarche près du père de la jeune fille; sa

mère, en cas de mort du père (cette dernière s'adresse: non au père,

mais à la mère de la jeune fille); son tuteur, s'il est orphelin et

mineur; son oncle; la tierce personne; un ami intime ou lui-même.

La demande peut être faite par lettre ou de vive voix.

Les circonstances dictent les formules de demandes écrites.

Les refus doivent toujours être notifiés poliment; on donne pour

prétexte des engagements antérieurs, la trop grande jeunesse de la

jeune fille, sa santé délicate; ne jamais invoquer la question de

position ou d'argent, si c'est elle qui motive le refus.

C'est le tuteur qui doit recevoir les propositions de mariage

relatives à une orpheline.

S'il s'agit d'une veuve ou d'une orpheline majeure, on doit s'adresser

franchement et directement à elle-même.

On peut à défaut de parents directs, tels que père, mère, grand-père,

grand'mère, s'adresser à un frère, fût-il plus jeune, ou à une sœur

aînée, mariée.

Pour faire une demande en mariage, qu'on soit l'intermédiaire ou le

prétendant lui-même, une tenue très soignée est de rigueur, mais

jamais l'habit et les gants blancs.

Quel que soit le résultat d'une demande, si elle a été faite par les

intermédiaires, ceux-ci ont droit à des remerciements très affectueux.

Il est inutile de dire, qu'en cas d'échec, lesdits intermédiaires sont

tenus au secret le plus absolu.

Il serait du plus mauvais goût de colporter partout une lettre de

demande en mariage, qu'on ait un refus ou une acceptation.

Quelquefois, la jeune fille, bien disposée en faveur du candidat,

demande à le connaître un peu plus, avant de donner une réponse

définitive; le jeune homme doit se prêter de bonne grâce à cette sorte

d'épreuve.

Il n'affectera pas un trop grand empressement et surtout, devant des

tiers, rien ne doit faire soupçonner sa recherche.

Les parents de la jeune fille doivent faciliter des entrevues autant

que le bon goût et la bienséance le permettent.

Si la demande doit être agréée, on le fait savoir au jeune homme par

une tierce personne; celui-ci peut aussitôt formuler sa demande

officielle, à laquelle on répond par une lettre d'acceptation qui se

peut rédiger de la sorte:

Cher monsieur,

Nous sommes très honorés, ma femme et moi, de votre gracieuse

demande.

Nous nous y attendions certes, puisque, avec une délicatesse qui

nous a fait plaisir, vous aviez prié le meilleur ami de nos deux

familles de pressentir nos intentions.

Votre position, votre situation nous convenant, il ne nous

restait plus qu'à consulter la chère fille dont nous rêvons le

bonheur et qui si tendrement, toujours, nous a récompensés de nos

soins et de notre affection. Sa réponse ne vous est point

défavorable.

Présentez-vous donc quand il vous plaira, et croyez, cher

monsieur, à nos sentiments déjà très affectueux.

L.

On prend alors jour pour débattre à fond les questions d'intérêts;

rien ne doit rester dans l'ombre, car si, pour une question d'argent,

un mariage peut manquer, il est inutile de l'engager.

Si l'intermédiaire n'est pas un des amis intimes, il est ennuyeux de

dire ce que l'on donne à sa fille, ce qui lui doit revenir, etc., etc.

Il y a là toute une gamme de nuances extrêmement délicates.

On peut faire traiter cette question par les notaires des deux

familles.

Que ce soit un refus ou une acceptation qui résultent des démarches

matrimoniales, on ne doit pas tarder à faire connaître la décision

prise.

Une nouvelle insistance à un refus serait déplacée.

Pendant les pourparlers d'intérêts, la jeune fille et le prétendant

doivent s'abstenir de toutes réflexions, ils ont leurs fondés de

pouvoir. Une femme seule évite les débats d'argent.

Si, au cours des pourparlers, le prétendant se trouvait déçu dans ses

espérances «pratiques» et qu'il voulût se retirer, il écrirait une

lettre polie, prétextant un voyage, la maladie d'un parent, etc.; il

n'accentuerait pas davantage le refus. Nous avons dit comment peuvent

gracieusement se motiver ces refus.

Si, après avoir accepté un jeune homme, une jeune fille refusait, ses

parents doivent chercher à la faire revenir sur sa détermination mais

non la forcer; de même, lorsqu'elle s'éprend de quelqu'un qui ne

convient pas à sa famille doit-on faire le possible pour lui démontrer

ce qu'on a à reprocher au prétendant, mais les grands moyens n'ont

jamais très bien réussi et le savoir-vivre, le bon sens les

interdisent.

Il faut dépayser la jeune fille, la faire voyager, la distraire, et il

est rare qu'un sentiment de cœur de vingt ans résiste à ce petit

traitement.

Dans les mariages d'inclination, d'amour, je ne trouve nullement

déplacé que le jeune homme s'adresse directement à la jeune fille dont

il veut faire sa femme ou qu'il charge de ce soin sa mère ou son père,

qui demanderont alors: «Mademoiselle ou ma chère enfant, selon le

degré d'intimité, vous plairait-il de devenir notre fille?»

Si celle-ci est disposée à accepter, elle peut répondre au jeune homme

ou à ses parents que si les siens acceptent elle ne dira pas non, ou

même, si les parents du jeune homme lui sont connus depuis longtemps,

elle peut simplement les embrasser sans répondre; c'est suffisamment

éloquent.

Une grande franchise est, dans tous les cas, indispensable.

_Agréé!_

Enfin toutes les difficultés sont aplanies, la demande verbale ou

écrite a été bien accueillie et il faudrait des motifs très graves

pour rompre le projet d'union.

Le jeune homme écrit ou fait demander quel jour et à quelle heure il

peut se présenter officiellement; on lui répond en lui fixant une date

prochaine, le lendemain ou le surlendemain.

Le jour de la première entrevue officielle, le jeune homme doit

envoyer un joli bouquet blanc rosé pour une jeune fille, de roses de

couleurs pour une veuve; jamais de fleurs d'oranger dans le premier

cas, jamais de fleurs trop sombres dans le second.

Inutile de mettre sa carte, on sait de reste d'où viennent les fleurs.

Ce bouquet (non dépouillé du papier qui l'enveloppe) doit être placé

dans un vase, mis en évidence sur un meuble de la pièce où on doit

recevoir le jeune homme.

Celui-ci, accompagné de son père ou de sa mère, seul s'il est

orphelin, se présente à partir de trois heures, jamais avant, à la

maison de celle qu'il peut dès lors considérer comme sa fiancée.

Celle-ci n'est _jamais_ au salon à l'arrivée du jeune homme; les

parents seuls sont présents; le père et la mère doivent tendre la

main à la personne qui accompagne le fiancé et à lui-même, on échange

de bonnes et cordiales paroles.

Après les premiers instants d'entretien qui sont toujours un peu

gênants de part et d'autre, on fait venir la jeune fille. Celle-ci

doit être simplement mais élégamment habillée; il faut un brin de

coquetterie qui marque qu'elle s'est mise en frais pour son futur

mari; elle peut avoir, dans les cheveux ou à son corsage, une fleur du

bouquet envoyé le matin.

Elle doit sans fausse honte saluer la personne qui accompagne le jeune

homme et celui-ci, leur tendre la main, selon le degré d'intimité qui

règne entre les deux familles.

Le père ou la mère doivent l'embrasser, en la nommant «ma chère

enfant».

Elle doit remercier du bouquet reçu; le jeune homme s'informera

discrètement des fleurs qu'elle préfère.

A propos de bouquet, disons en passant que le bouquet quotidien n'est

pas obligatoire, qu'il peut s'envoyer tous les deux jours ou même une

fois par semaine.

Il doit être varié chaque fois, montrant ainsi le désir qu'a le jeune

homme de plaire à sa future femme; un bouquet toujours le même

semblerait une commande faite une fois pour toutes, comme une corvée

dont on veut se débarrasser.

Cette première visite ne se prolonge pas; vingt à trente minutes sont

suffisantes.

En se retirant le jeune homme baise la main de sa future belle-mère et

de sa fiancée; il serait de mauvais goût d'embrasser la jeune fille à

moins que maintes relations n'autorisent cette familiarité.

Je trouve fort joli un bouquet de myosotis et roses mousseuses.

Dans notre siècle d'innovations, on évite la monotonie en variant le

bouquet; souvent ce sont maintenant d'élégantes gerbes lâches, nouées

de rubans qui avivent et rehaussent les douces teintes des fleurs.

Le fugace présent emprunte, pour charmer les yeux, les formes les plus

variées; bref, la fantaisie et l'ingéniosité ont beau jeu en pareille

occurrence.

On offre des coussins tout en fleurs; l'initiale de la jeune fille en

fleurs d'autre teinte; des coussins de roses avec initiale en

tubéreuses, de petites lyres en camélias avec les cordes en cordonnets

d'or, puis toute la série des paniers avec leurs formes exquises et

bizarres. Nos fleuristes sont aujourd'hui de véritables artistes.

[Illustration]

_La bague de fiançailles._

Doit être apportée dès la troisième visite du fiancé; la jeune fille

l'attend avec une certaine impatience, cette bague, image palpable de

l'engagement qui la lie, en attendant l'anneau symbolique.

Dès la seconde visite, le jeune homme s'informera des goûts de la

jeune fille et il lui apportera, à la visite suivante, ladite bague,

qu'il passera à son doigt en lui baisant la main.

Il doit, auparavant, demander la permission à sa future belle-mère.

Lorsque le jeune homme est orphelin, il peut apporter la bague de sa

mère.

La bague de fiançailles est généralement une perle, une émeraude, un

saphir, une turquoise entourée de brillants; un brillant solitaire

quelquefois.

Certaines personnes superstitieuses pensent que l'opale est un présage

de malheur, c'est pourquoi on l'offre rarement.

Une des plus jolies à offrir est la bague jumelle si à la mode

maintenant, deux cercles soudés l'un à l'autre et qui ont une perle et

un brillant comme ornement; l'alliance du brillant et de la perle est

emblématique: la perle, la jeune fille; le diamant, l'épouse.

Le jour de la remise de la bague, le jeune homme fera bien d'apporter

un bouquet à sa future belle-mère.

[Illustration]

_La «Cour»._

Lorsqu'un mariage est décidé, l'usage veut qu'on fixe la date des

fiançailles; on donne à cette occasion soit une soirée, soit un dîner,

et les deux familles s'entendent sur les invitations à faire; on ne

convie guère que parents et amis intimes; les simples connaissances ne

sont pas admises, mais si le mariage a été négocié par des tiers il ne

faut pas manquer de les inviter et de les placer aux côtés des

fiancés.

Les fiançailles sont annoncées au dessert.

Si c'est une soirée qu'on donne, l'annonce du grand événement est

faite vers minuit.

Inutile de dire que le fiancé doit être d'une parfaite exactitude;

s'il se faisait attendre, ce serait un absolu manque de savoir-vivre.

Le lendemain du dîner ou de la soirée, on doit écrire aux membres de

la famille qui sont en province, afin de leur faire connaître la

nouvelle.

Il faut fixer, à quelques jours près, la date du mariage le jour des

fiançailles.

Huit jours après le dîner ou la soirée de fiançailles, les parents du

jeune homme invitent à leur tour la jeune fille et sa famille; lorsque

le prétendant est orphelin, inutile de dire qu'il ne rend aucun dîner,

eût-il une maison montée; un veuf peut seul se permettre cela.

Pour ces dîners, les jeunes gens sont placés l'un près de l'autre, en

face du père et de la mère de la fiancée; le père du jeune homme est

auprès de la maîtresse de la maison, la mère auprès du maître de

céans; s'il y a d'autres invités, on les groupe selon les âges, les

positions, les sympathies.

Pour ces réunions, la fiancée doit être vêtue de teintes claires; les

teintes rose pâle, bleu ciel, crème, ne sont pas l'uniforme des jeunes

femmes. Les jeunes filles peuvent porter toutes les teintes.

L'habit n'est pas de mise dans un dîner de famille.

Pendant le temps de la «cour», octroyer aux fiancés une certaine

latitude, sans toutefois les laisser livrés à eux-mêmes.

Il est bon de les laisser causer librement, sans qu'on puisse entendre

ce qu'ils disent.

Les fiancés ne doivent jamais s'asseoir sur le même meuble, ils ne

peuvent rester ensemble dans une pièce fermée; pourtant les

convenances sont sauves s'ils sont en tête-à-tête dans une chambre

dont la porte ouverte donne sur une autre pièce occupée par la mère ou

des personnes de la famille.

Si le fiancé sort avec sa future et sa belle-mère en expectative, il

doit offrir le bras à cette dernière; mais souvent, pour faire plaisir

au jeune couple, celle-ci l'autorise à donner le bras à sa fiancée.

Les fiancés ne doivent s'appeler que monsieur et mademoiselle; seules

les relations d'enfance autorisent l'emploi du prénom.

Le baiser sur le front est permis, mais la simple poignée de main est

de meilleur goût, et même un cousin et une cousine qui s'embrassaient

franchement lorsqu'ils n'étaient que parents, se bornent au

_shake-hand_, lorsqu'ils deviennent fiancés.

Lorsqu'on a les entrevues d'affaires chez le notaire, on s'y rend

séparément; mais le bon goût veut que le jeune homme et ses parents

soient arrivés les premiers.

On tient, en général, les projets de mariage aussi secrets que

possible, mais, lorsque la chose est bien et dûment officielle, la

mère de la jeune fille accompagnée de celle-ci fait ses visites et

annonce l'événement à toutes ses relations.

Le fiancé a, de droit, son couvert à la table de famille de la jeune

fille; il est de bon goût de ne pas en user tous les jours.

Lorsqu'on se marie avec une veuve, la question n'est plus la même; on

peut sortir seul avec elle, aller au théâtre et elle vous reçoit sans

tierce personne.

Il n'y a pas de dîner de fiançailles; la bague est remise dans une

simple visite.

Les bouquets sont moins de rigueur; on peut les remplacer par des

plantes durables.

La veuve qui reçoit son fiancé doit éviter le noir et les teintes de

demi-deuil dans ses toilettes.

Lorsque la mère du jeune homme reçoit dans son salon la fiancée de son

fils, qu'elle soit veuve ou demoiselle, la formule de présentation à

ses amis est stéréotypée; elle dira: Je vous présente mademoiselle X.

ou madame X., ma future bru. Le ton doit être affectueux.

Certains traités de savoir-vivre interdisent à une jeune fille d'aller

en soirée, au théâtre, pendant le temps de la cour; en outre, ils lui

recommandent de ne pas danser plus de trois fois avec la même

personne, si ce n'est avec son fiancé.

La mode a un peu changé ces coutumes.

Le jeune homme fera bien aussitôt de faire un tri dans ses relations;

de préluder en quelque sorte à la vie sérieuse.

[Illustration]

_Le Contrat._

La signature du contrat se fait ordinairement quinze jours avant le

mariage; le premier ban et les publications légales se font après;

alors on est certain qu'une question d'intérêt ne viendra pas à la

traverse des projets; les discussions d'intérêt ne doivent jamais

avoir lieu devant les jeunes gens et ceux-ci doivent avoir l'air de

les ignorer. Certaines personnes signent seulement le contrat trois ou

quatre jours avant le mariage.

Le contrat se signe chez le notaire ou dans une soirée que donnent les

parents de la jeune fille; quelquefois, c'est un dîner auquel on

convie le notaire; on peut encore faire une grande réception de jour.

Voici le libellé des faire part pour une signature de contrat, si on

le fait avec quelque solennité:

_Monsieur et Madame L..... seront chez eux

le 1er décembre 1894_:

Signature du contrat.

La mode n'étant plus de faire une fête le jour du mariage, on profite

de celui du contrat pour réunir ses amis.

Le cérémonial du contrat est le même dans tous les cas: qu'on aille

chez le notaire, qu'il y ait dîner, soirée ou réception de jour.

L'on s'assied en cercle, les jeunes gens l'un à côté de l'autre, les

parents, les témoins.

Le notaire se place devant une table.

Disons à ce propos qu'il y a des familles qui aiment avoir chacun leur

notaire.

Le notaire lit le contrat, demande si on est bien d'accord et tend la

plume au jeune homme; celui-ci signe, passe la plume à la fiancée, qui

la passe ensuite à sa future belle-mère, celle-ci la transmet à la

mère de la jeune fille, puis, dans le même ordre, aux deux futurs

beaux-pères, enfin aux témoins, en suivant les préséances d'ordre et

de parenté.

Si la signature du contrat a lieu dans une soirée, on passe dans une

pièce séparée, puis on reporte le contrat dans le salon, on le pose

sur une table, et il reste ouvert afin que toutes les personnes

puissent signer si elles le désirent.

Si on désire avoir la signature de hauts personnages ou de parents

âgés qui ne se dérangent pas, on leur porte le contrat à signer chez

eux.

S'il y a un bal, la jeune fille l'ouvre avec son fiancé.

La jeune fille, s'il y a réception chez elle, porte une jolie toilette

de nuance claire, décolletée, un peu «dame» déjà; toutefois elle ne

mettra pas les bijoux de sa corbeille, qu'on doit lui avoir envoyée le

matin; elle aura encore ses petits bijoux de jeune fille.

L'usage veut qu'elle offre lesdits bijoux en présent à ses jeunes

amies. Celles-ci sont toujours reconnaissantes de cette attention.

[Illustration]

_Les Lettres de faire part d'un Mariage._

Ces lettres doivent être adressées le lendemain du contrat, si

celui-ci précède de quinze jours la cérémonie; on peut aussi ne les

envoyer qu'une huitaine avant.

Lorsque les grands-parents sont encore vivants, ils figurent toujours

en première ligne pour annoncer le mariage.

On peut ne plus envoyer de double lettre de faire part, c'est-à-dire

que le côté gauche appartient à la famille de la mariée, le côté droit

à celle du marié.

_Modèle d'une lettre où les grands-parents sont mentionnés._

Monsieur et Madame Albin, et Madame Dufresne, ont l'honneur de

vous faire part du mariage de Mademoiselle Marguerite Dufresne,

leur petite-fille et fille, avec Monsieur Gaston Calmette,

capitaine au 18e dragons,

Et vous prient d'assister à la bénédiction nuptiale qui leur sera

donnée, le mardi 20 novembre 1894, en l'église Notre-Dame des

Victoires, à midi très précis.

_Paris, le_

_202, rue Neuve-des-Petits-Champs._

Madame veuve Calmette, Monsieur et Madame Calmette ont l'honneur

de vous faire part du mariage de Monsieur Gaston Calmette,

capitaine au 18e dragons, leur petit-fils et fils, avec

Mademoiselle Marguerite Dufresne,

Et vous prient d'assister à la bénédiction nuptiale qui leur sera

donnée, le mardi 20 novembre 1894, en l'église Notre-Dame des

Victoires, à midi très précis.

_Paris, le_

_102, rue d'Amsterdam._

Lorsqu'une catholique épouse un protestant ou un israélite, la fin de

la lettre se libelle ainsi:

Et vous prient d'assister à la bénédiction nuptiale qui leur sera

donnée en l'église de... et au temple ou à la synagogue de....

rue de....

L'usage veut que ce soit la religion de la femme qui ait les honneurs.

Pour un orphelin:

Monsieur Louis T..... chevalier de la Légion d'honneur, officier

de l'Instruction publique, avocat à la Cour d'appel, a l'honneur

de vous faire part de son mariage avec Mademoiselle Cécile D.....

Une veuve sans parents fait elle-même part de son mariage.

Voici un modèle de lettre que j'ai sous les yeux; il est timbré aux

armes des deux familles.

M.

Vous êtes prié d'assister à la célébration du mariage entre

Monsieur Gontran de J., vicomte de St-P., et de Mademoiselle

Anne-Marie de B..., lequel aura lieu le 30 du présent mois de

juin, en l'église de Saint-Pierre de Chaillot, à midi.

De la part: du colonel de B..., du marquis et de la marquise de

St-P., aïeul, père et mère du fiancé; de la duchesse douairière

de B..., du duc et de la duchesse de B..., aïeule, père et mère

de la fiancée.

Une formule simple qu'on peut toujours employer est celle-ci:

Monsieur et Madame C..... ont l'honneur de vous faire part du

mariage de leur fille Mathilde avec Monsieur Julien S...., etc.

Ou encore:

Monsieur le docteur L..... et Madame L..... ont l'honneur de vous

faire part du mariage de Mademoiselle Marie L..... avec Monsieur

Ferdinand D...., etc.

Si, après la messe, il y a lunch, on met, dans les lettres destinées

aux personnages qu'on désire avoir à cette réunion, une carte portant

cette mention:

Madame Y... (la mère de la mariée) recevra après la bénédiction

nuptiale.

C'est toujours la mère ou la grand'mère de la mariée qui reçoit.

Un lunch doit _toujours_ se donner chez la mère de la mariée; jamais

au restaurant.

Les amis très intimes sont invités de vive voix ou par lettres

autographes.

Ce qu'il faut éviter à tout prix, parce que cela frise un peu le

ridicule, ce sont des indications de ce genre:

Monsieur X..., _propriétaire!!!_ et Madame X... ont l'honneur,

etc.

Ou encore:

Monsieur Z..., _ancien négociant!!!_ et Madame Z... ont

l'honneur.

Il est d'usage de ne mentionner que les décorations nationales.

Les personnes qui, pour une raison ou pour une autre, n'assistent pas

à la bénédiction nuptiale, envoient dès le lendemain leurs cartes aux

parents ou du jeune homme ou de la jeune fille selon qu'ils

connaissent l'un ou l'autre; dans le cas où, seul, le jeune marié

serait connu d'eux, c'est aux jeunes époux qu'il faut adresser sa

carte.

Non seulement il y a les lettres d'invitation à la cérémonie; il y a

aussi les lettres de faire part du mariage tout simplement et qui

s'envoient huit jours après la cérémonie.

Ces dernières sont pour les personnes habitant la province et qu'on

sait ne pas pouvoir assister au mariage; en voici le libellé:

Monsieur et Madame L..... ont l'honneur de vous faire part du

mariage de Monsieur Edouard L..... leur fils, avec Mademoiselle

Charlotte T.....

_Paris, le_

_Rue de Chabrol, 117._

La même lettre pour les parents de la jeune fille.

Voici encore un modèle:

Le marquis et la marquise de C. M. ont l'honneur de vous annoncer

que le mariage de leur fille Marie-Antoinette avec le baron de J.

a été célébré le 15 de ce mois de décembre, 1893.

Disons, pour terminer le chapitre des «faire part» de mariage, qu'on

ne doit oublier personne, fournisseurs, serviteurs, etc., enfin toutes

les personnes avec lesquelles on est en relations.

Ces lettres, non cachetées, s'affranchissent à cinq centimes.

[Illustration]

_La Corbeille._

Corbeille, que de folies on commet en ton nom! dirais-je, parodiant un

vers célèbre.

En effet, malheureusement, il est des jeunes filles qui considèrent la

corbeille comme l'affaire principale, la plus considérable dans un

mariage.

La corbeille est envoyée le matin ou la veille de la signature du

contrat.

Il est à remarquer que, sauf la bagne de fiançailles, le futur ne

donne pas de présents de _valeur_ avant le contrat.

La corbeille dépend de la position et de la générosité du futur.

Elle n'est pas envoyée nécessairement dans une corbeille; c'est dans

un coffret, un petit meuble, l'ancien coffre de mariage, si l'on veut

(ce dernier a beaucoup de cachet). Depuis quelque temps, la vraie

corbeille a fait sa réapparition; c'est une corbeille carrée en

vannerie artistique, doublée de satin blanc; on dépose au fond les

étoffes, les dentelles, puis les fourrures, les écrins à bijoux et,

sur le tout, un gros bouquet de fleurs roses liées d'un lien de satin

blanc ou d'un lien d'or; ce qui me fait toujours penser à cette

vieille chanson bretonne:

Vous voilà donc liée,

Madame la mariée,

Avec un lien d'or

Qui n'délie qu'à la mort!

Il y a quelques années, on avait essayé d'offrir à la fiancée une

somme plus ou moins importante, suivant la situation; mais cette

importation américaine n'a pu prévaloir contre la vieille coutume

française.

Si la fiancée a des frères et des sœurs, le futur joindra à la

corbeille les présents qu'il leur destine.

Il n'est pas d'usage que la jeune fille fasse le moindre cadeau à son

fiancé.

Si elle tient absolument à lui offrir quelque chose, qu'elle lui donne

une garniture de boutons de chemise en perles fines ou l'unique et

large bouton en or mat, que quelques élégants portent.

Le cachemire de l'Inde qui devait faire le fond de toute corbeille du

temps de nos mères a cédé le pas à la jaquette de loutre.

On offre aussi quelques mètres de dentelle blanche; point à l'aiguille

ou d'Angleterre;

Des dentelles noires;

Une garniture de fourrure, renard bleu, skungs, martre, au choix;

Quelques robes _en pièce_, robe de velours noir, de satin ou de moire

de teinte claire, de brocart ancien;

Un éventail en plumes d'autruche noires ou blanches, montées sur

écaille blonde, avec, sur le côté, les initiales de la jeune femme,

c'est-à-dire l'initiale de son prénom et l'initiale de son nouveau

nom, en brillants ou en or;

Une jumelle de théâtre;

Le livre de mariage, genre vieux missel;

Le porte-monnaie, le porte-cartes en ivoire avec appliques d'or

émaillé, genre byzantin;

Une petite bourse remplie de pièces d'or _neuves_;

Des boutons d'oreilles en brillants (pas de pendeloques, de

girandoles), une broche en brillants, un bracelet pareil, une rivière

ou un rang de perles, un diadème ou une aigrette, la petite trousse

en or que portent maintenant les dames; enfin, d'autres bijoux, si

vous voulez, et des pierreries que la jeune épousée pourra faire

monter à son gré.

Je parle ici d'une riche corbeille.

La montre n'y figure jamais, car en somme ce n'est pas un bijou, mais

un objet d'utilité, et il est à supposer que la fiancée a sa montre de

jeune fille.

Pour les corbeilles modestes, au contraire, la montre figure en

première ligne.

Voici la composition d'une corbeille de ce genre:

Deux boutons d'oreilles en brillants ou en perles;

Une broche or, avec, au centre, un motif brillants et perles;

Un bracelet jonc en or ciselé;

Un éventail de satin noir monté sur nacre;

Une robe de faille noire;

Une coupe de dentelle blanche;

Un nécessaire de travail en argent;

Un manchon et un tour de cou en fourrure.

On met aussi dans la corbeille la pièce de mariage, vestige de

l'antique usage.

La pièce de mariage est une médaille en or ou en argent; une des faces

représente un sujet allégorique.

L'autre face porte les noms des deux conjoints et la date de la

cérémonie.

Dans certaines campagnes, la femme reçoit encore de son mari une pièce

d'argent, nouvellement frappée; elle la fait percer, la porte à son

cou, suspendue par un ruban, ou bien à son chapelet, en guise de

médaille.

_Le Trousseau._

La jeune fille apporte toujours son trousseau, même si elle n'a pas de

dot.

Son linge personnel est marqué à ses initiales de jeune fille; par

exemple: Marie Durand, M. D., et le linge de table, de toilette, de

maison, en un mot, est marqué aux deux initiales des noms de famille.

La toilette de la mariée est toujours fournie par ses parents.

Pour le trousseau, outre le solide linge classique, on doit faire un

peu la part de la fantaisie et quelques objets en soie ou en batiste

rose, bleu ciel, vert-nil, ne sont pas déplaisants.

[Illustration]

_La Question des Cadeaux._

Encore une question épineuse.

Disons, tout d'abord, que si le mariage s'est fait par l'intermédiaire

d'une personne, le marié doit un présent à celui ou à celle qui a fait

son bonheur!

Le marié donne une gratification aux domestiques des parents de la

mariée, aux employés de la mairie, paie les actes notariés.

Tantôt c'est la famille de la jeune fille qui fait les frais du

mariage religieux, des voitures, etc.; tantôt c'est celle du jeune

homme (ce devrait être ainsi); en tous cas, les frais du dîner, du

lunch, du bal, s'il y en a un, sont _toujours_ à la charge des parents

de la jeune fille.

Souvent on partage tous les frais entre les deux familles.

Les témoins, les parents, les amis donnent un présent à la jeune

fille; c'est, en général, un cadeau collectif, une pièce de ménage,

mais les parents offrent toujours les objets les plus intimes.

Variée est la liste des présents:

Toute la lyre de l'argenterie, depuis les petites cuillères jusqu'au

surtout d'orfèvrerie, en passant par les plats et les réchauds;

Des glaces, des lampes sur pied, cave à liqueurs, paravent, meubles

volants, garniture de cheminée, bronze, terres cuites, livres,

antiquité, tableaux, etc., etc.

Pour les personnes de positions modestes, on fera bien de ne pas

donner un cadeau qui détonnerait sur l'ensemble.

Lorsque les personnes qui font des cadeaux au jeune couple sont en

relations, elles font bien de s'entendre afin de ne pas faire double

emploi en offrant les mêmes présents.

La jeune fille offre d'ordinaire un cadeau à la bonne de ses parents

ou à sa femme de chambre, si elle en a une; généralement, c'est une

montre.

Le jeune marié doit également un présent à ses beaux-frères et

belles-sœurs, s'il en a: ce sont, pour les enfants de beaux livres;

pour les jeunes gens et les jeunes filles, des bijoux: épingles de

cravate, boutons de manchettes, bagues, bracelets.

Pour entrer en ménage sous de favorables auspices on ne devrait pas

oublier les pauvres.

_L'exposition des présents._

Sur une table on doit placer les présents des amis, avec la carte qui

y était jointe.

En écroulements, le linge de maison; en paquets attachés de faveurs

roses, les objets du trousseau.

Sur un petit guéridon, les écrins ouverts où scintillent les diamants,

les éventails entr'ouverts, les dentelles posées sur transparents,

bleus pour les blanches, roses pour les noires; les soieries en

éventail.

Il est certainement inutile de recommander à nos jeunes filles de ne

pas faire de comparaisons avec la corbeille de telle ou telle amie

mariée; de ne pas trop faire scintiller des joyaux devant des amies

moins fortunées qu'elles.

Ces recommandations n'ont pas besoin d'être faites, tout dépend de la

délicatesse du cœur, science qui ne s'apprend pas, qui est innée.

On remercie aussi chaleureusement le parent pauvre qui vous offre une

veilleuse de porcelaine que le riche qui vous fait présent de

vaisselle plate.

Un beau service de table en fine porcelaine avec les initiales est

toujours bien reçu.

[Illustration]

_Formalités légales du mariage._

Certaines personnes prétendent et soutiennent, au nom de la loi, qu'il

faut quinze ans et trois mois à une jeune fille pour se marier et

dix-huit ans et trois mois à un jeune homme.

C'est une erreur.

Il faut quinze ans et dix-huit ans révolus; n'y eût-il qu'un jour en

plus, cela suffit.

Lorsque deux jeunes gens veulent se marier, il faut qu'ils demandent

ou fassent demander à la mairie, de procéder à la publication du

mariage.

Il faut onze jours d'affiche avant de pouvoir célébrer le mariage;

toutefois, on n'est pas forcé de se marier sitôt le délai écoulé: il

faudrait une année entière de passée pour être contraint de refaire de

nouvelles publications.

Si les parents, dont le consentement est nécessaire, habitent une

autre commune que les enfants, il faut également des publications à

leur municipalité.

Les publications portent les noms, prénoms, profession, domicile, la

qualité de majeur ou de mineur, des futurs conjoints; mention est

faite des noms, prénoms, profession des parents; on indique leur

domicile ou le lieu de leur décès.

Il faut six mois d'habitation dans le même endroit; si ce laps de

temps n'est pas accompli, les publications se font au domicile actuel

et au précédent.

L'homme est considéré comme mineur jusqu'à vingt-cinq ans, la femme

jusqu'à vingt et un an, et les publications devront être faites au

domicile des pères et mères, aïeuls ou aïeules.

PIÈCES A PRODUIRE:

Extrait légalisé de l'acte de naissance des deux fiancés;

Acte de mariage des parents;

Acte de décès, en cas de mort, de l'un ou des deux parents;

Pour un militaire, la permission du ministre de la guerre;

La même permission est obligatoire pour les employés à la suite des

armées.

A ce propos, disons que pour un militaire, vingt-cinq jours avant la

cérémonie du mariage, les publications sont mises à l'ordre du jour du

corps de l'armée selon le grade et l'emploi du futur; ce qui n'empêche

pas les publications à son dernier domicile.

Il faut aussi le consentement des parents, lorsqu'ils sont absents;

Un certificat du médecin en cas de maladie et le consentement; un

jugement en cas d'interdiction;

Pour un veuf ou une veuve, l'acte de décès du premier conjoint;

Le consentement des tuteurs pour les orphelins;

Pour un ou une divorcée, l'acte de divorce;

Même si l'on est veuve ou divorcée il faut le consentement des

parents.

Peuvent faire opposition à un mariage sans dommages et intérêts:

1º Le conjoint d'un précédent mariage;

2º Les père et mère;

3º Les aïeuls et aïeules, lorsque les parents sont décédés, fous, ou

interdits;

4º Dans le cas où le futur époux serait privé de ses facultés

mentales ou s'il était sous la dépendance d'un conseil de famille

ayant refusé son consentement, tout membre de la famille peut faire

opposition.

Mais, en cas de trouble mental, l'opposant est forcé de provoquer

l'interdiction dans les formes et dans les délais voulus et, si son

opposition est rejetée, il peut être condamné à des dommages et

intérêts.

Dans le cas de parenté tel que ceux de beau-frère et belle-sœur,

oncle et mère, cousin et cousine, il faut faire une demande de

dispense au chef de l'État; de même, pour pouvoir se marier avant

quinze ans ou dix-huit ans.

Lorsque les mineurs n'ont plus d'ascendants directs, il faut le

consentement du conseil de famille.

Dans le cas où il y aurait eu des sommations respectueuses de la part

d'un des époux, il faut produire le procès-verbal de la remise de ces

actes respectueux.

Enfin, dans le cas où ces actes seraient nécessaires, disons que la

loi autorise un homme après vingt-cinq ans, et une fille après vingt

et un, à faire signifier ces sommations, par un notaire, à l'ascendant

qui refuse son consentement.

Il faut trois sommations, à un mois d'intervalle l'une de l'autre

jusqu'à trente ans; passé cet âge, un seul acte suffit, mais on ne

peut procéder à la célébration du mariage qu'un mois après la

sommation.

En cas de dissentiment entre les parents ou entre les grands-parents,

le consentement du père ou de l'aïeul suffit.

Il faut un certificat du notaire, en cas de contrat de mariage.

Pour l'homme, il faut le certificat qu'il a satisfait à la loi de

recrutement.

[Illustration]

_Mariage à la mairie._

Il est d'usage maintenant que le mariage civil précède de quelques

jours le mariage religieux.

Cette coutume offre plusieurs avantages et évite une trop grande hâte

pour le jour de la cérémonie religieuse. Le marié, ses père et mère,

la mariée avec les siens, plus quatre témoins, choisis bien entendu

parmi les personnes dont le consentement n'est pas exigible, se

rendent à la mairie, ensemble ou séparément.

Le bon goût veut que, des deux côtés, on envoie chercher ses témoins

en voiture.

On marie de neuf heures du matin à cinq heures du soir.

On peut marier dans une demeure privée; dans ce cas, on laisse les

portes grandes ouvertes; ce n'est que dans des circonstances

exceptionnelles qu'on peut célébrer un mariage chez soi.

Si on veut se faire marier à un jour ou à une heure particuliers, il

faut une autorisation du maire.

Les témoins sont généralement choisis parmi les parents proches ou les

amis intimes.

Ils vont directement à la mairie, dans les voitures qu'on leur envoie.

On peut, sans faire une faute de savoir-vivre, leur donner simplement

rendez-vous.

Inutile de dire qu'un témoin ne se fait jamais attendre.

Le futur, accompagné de ses parents, se rend au domicile de sa future.

La toilette, pour l'homme, est la toilette de ville habillée: pantalon

gris, redingote, gants mi-clairs, chapeau haut de forme.

Pour la femme, une élégante toilette de dîner, teinte indécise

souvent; pour la première fois, elle arbore la capote, ce chapeau de

la femme mariée; elle ne porte pas ses diamants.

Pour l'hiver, je conseillerai une toilette velours bleu foncé, chapeau

pareil, avec plumes ciel; ou une bengaline gris fer avec chapeau

velours noir et plumes roses.

L'été, gardons-nous du rose, du ciel, du crème.

Une toilette de taffetas glacée, avec chapeau léger, sera préférable;

gants biscuits.

Généralement les mères sont en noir ou en teintes très sombres.

Les Usages du Siècle : lettres, conseils pratiques, le Savoir-vivre · 第 1 / 17 段