Le premier de ces obstacles à une monarchie unique de l'Italie,
c'est que l'Italie, quoique monarchique dans quelques-uns de ses
États, est républicaine dans son histoire et dans sa renaissance,
après les invasions et les reflux des barbares.
Rome, la grande Italie antique, était une république représentative;
la liberté et le pouvoir s'y maintenaient en équilibre par la
pondération d'un sénat et des comices, d'une aristocratie
héréditaire et d'une plèbe.
L'habitude du régime républicain y avait tellement passé dans les
moeurs, qu'après les empereurs auteurs de la servitude et de la
décadence, l'Italie renaquit partout de ses cendres sous la forme
républicaine: république en Sicile, en Calabre, en Campanie, à
Naples, république à Rome sous la domination des papes, république à
Sienne, république à Lucques, république à Pise, république à
Florence, république à Gênes, république à Venise, républiques
presque partout.
Ce n'est qu'après l'introduction des troupes mercenaires sous les
_condottieri_ étrangers ou indigènes que ces républiques, opprimées
par les soldats aux gages de leurs plus ambitieux citoyens, se
transforment en petites tyrannies militaires et monastiques, sous
les titres de royaume de Naples, de duchés, de comtats, de
marquisats.
Ailleurs la féodalité militaire, monarchique, descendit des Alpes en
Italie avec les ducs de Savoie, les marquis de Montferrat, les
Suisses, les Allemands: la tyrannie vient du Nord, où les hommes
sont plus braves que libres et éclairés.
Mais encore les grandes républiques, telles que Gênes, Venise, Rome,
continuent-elles à subsister sous les doges comme sous les papes,
car la papauté au fond n'est qu'une république, puisque le pouvoir
temporel y est électif comme le pouvoir spirituel, et que le
gouvernement y est représentatif par le sénat des cardinaux.
Une fois l'Italie libre, une constitution fédérale de tous les
États divers existants en Italie, théocraties, royautés,
républiques, duchés, municipalités politiques, une constitution
nationale est donc infiniment plus conforme à la nature et aux
habitudes historiques de cette grande race des _fils de Brutus_,
comme dit Dante.