Vous voyez donc que ressusciter l'Italie antique, à quelque date que
vous la preniez de son histoire, est un mot qui n'a aucun sens:
Ni sens historique, puisque l'histoire ne vous montre, depuis
l'ancienne Rome, tyrannie sanguinaire du monde, aucune Italie une et
agglomérée; ni sens politique, puisqu'il y a eu depuis la chute de
l'empire romain autant de politiques diverses et contraires qu'il y
a eu de fragments de nationalités distinctes et opposées l'une à
l'autre; ni sens national, puisqu'il y a eu, depuis l'extinction de
Rome, trente on quarante nationalités vivant comme des polypes d'une
vie propre et individuelle dans l'élément général italien.
Mais, en réduisant ces trente petites nationalités en unités plus
importantes, il y a eu sept nationalités principales en Italie,
savoir: les États de Naples, les États du pape, les États toscans,
les États de Modène, les États de Parme, les États de Lombardie, les
États de Venise, les États de Gênes, enfin les États mixtes, moitié
subalpins, moitié cisalpins, de la maison de Savoie.
La preuve que chacun de ces États a eu sa nationalité et sa vie
propre, c'est que chacun a son histoire parfaitement distincte de
l'histoire générale de l'Italie; il n'y a point et ne peut pas y
avoir une histoire générale de l'Italie.
L'histoire du royaume de Sicile n'est pas l'histoire du royaume de
Naples; l'histoire de Naples n'est pas l'histoire de Rome;
l'histoire de Rome n'est pas l'histoire de Florence; l'histoire de
Florence n'est pas l'histoire de Venise; l'histoire de Venise n'est
pas l'histoire de la république de Gênes; l'histoire de la
république de Gênes n'est pas l'histoire de la Lombardie; l'histoire
de la Lombardie n'est pas l'histoire de la maison de Savoie. Vouloir
démêler et recomposer une histoire générale de l'Italie avec ces
éléments distincts, opposés, antipathiques, c'est vouloir renouer
les tronçons du serpent coupé par le Bas-Empire d'abord, par
l'Europe ensuite, par l'Italie elle-même, enfin. Il y a sept ou huit
Italies, voilà la vérité historique. Or, mentir à la vérité
historique, est-ce faire de la politique italienne? Non, c'est faire
de l'illusion piémontaise. Ombre, cela s'évanouira comme une ombre.
L'Italie ne sera ressuscitée que par elle-même et sous la forme
vraie que deux mille ans, la nature, les moeurs lui donnent,
c'est-à-dire sous la forme de CONFÉDÉRATION ITALIQUE.
Un roi du sabre ne réussira pas plus qu'un Mazaniello sans couronne
à faire de la _diversité_ de deux mille ans une _unité_ d'un jour.
Tout est _obstacle_ à l'unité monarchique de l'Italie; tout est
_moyen_ et prédisposition pour une Italie confédérée.