XII

Vous voyez donc que ressusciter l'Italie antique, à quelque date que

vous la preniez de son histoire, est un mot qui n'a aucun sens:

Ni sens historique, puisque l'histoire ne vous montre, depuis

l'ancienne Rome, tyrannie sanguinaire du monde, aucune Italie une et

agglomérée; ni sens politique, puisqu'il y a eu depuis la chute de

l'empire romain autant de politiques diverses et contraires qu'il y

a eu de fragments de nationalités distinctes et opposées l'une à

l'autre; ni sens national, puisqu'il y a eu, depuis l'extinction de

Rome, trente on quarante nationalités vivant comme des polypes d'une

vie propre et individuelle dans l'élément général italien.

Mais, en réduisant ces trente petites nationalités en unités plus

importantes, il y a eu sept nationalités principales en Italie,

savoir: les États de Naples, les États du pape, les États toscans,

les États de Modène, les États de Parme, les États de Lombardie, les

États de Venise, les États de Gênes, enfin les États mixtes, moitié

subalpins, moitié cisalpins, de la maison de Savoie.

La preuve que chacun de ces États a eu sa nationalité et sa vie

propre, c'est que chacun a son histoire parfaitement distincte de

l'histoire générale de l'Italie; il n'y a point et ne peut pas y

avoir une histoire générale de l'Italie.

L'histoire du royaume de Sicile n'est pas l'histoire du royaume de

Naples; l'histoire de Naples n'est pas l'histoire de Rome;

l'histoire de Rome n'est pas l'histoire de Florence; l'histoire de

Florence n'est pas l'histoire de Venise; l'histoire de Venise n'est

pas l'histoire de la république de Gênes; l'histoire de la

république de Gênes n'est pas l'histoire de la Lombardie; l'histoire

de la Lombardie n'est pas l'histoire de la maison de Savoie. Vouloir

démêler et recomposer une histoire générale de l'Italie avec ces

éléments distincts, opposés, antipathiques, c'est vouloir renouer

les tronçons du serpent coupé par le Bas-Empire d'abord, par

l'Europe ensuite, par l'Italie elle-même, enfin. Il y a sept ou huit

Italies, voilà la vérité historique. Or, mentir à la vérité

historique, est-ce faire de la politique italienne? Non, c'est faire

de l'illusion piémontaise. Ombre, cela s'évanouira comme une ombre.

L'Italie ne sera ressuscitée que par elle-même et sous la forme

vraie que deux mille ans, la nature, les moeurs lui donnent,

c'est-à-dire sous la forme de CONFÉDÉRATION ITALIQUE.

Un roi du sabre ne réussira pas plus qu'un Mazaniello sans couronne

à faire de la _diversité_ de deux mille ans une _unité_ d'un jour.

Tout est _obstacle_ à l'unité monarchique de l'Italie; tout est

_moyen_ et prédisposition pour une Italie confédérée.

Cours familier de Littérature - Volume 09 · 第 196 / 215 题