Maintenant, que voulez-vous et que veut l'Europe par admiration et
par reconnaissance pour vous?
Vous voulez ressusciter, et l'Europe veut vous aider à revivre;
Ressusciter? bien; c'est un miracle qui n'est pas commun dans
l'histoire: toutefois ce miracle est possible quand les peuples ne
sont pas morts et qu'ils sont seulement assoupis. Or vous n'êtes pas
morts, vous n'êtes pas même assoupis comme hommes: deux mille ans,
la barbarie, les invasions, les conquêtes, l'anarchie, les
dominations diverses étrangères, les Grecs de Byzance, qui avaient
transporté à Byzance le sceptre italien, les Sarrasins, les
Normands, les Lombards, les Hongrois, les Souabes, les Impériaux,
les Savoyards, les Espagnols, les Suisses, les bandes de condottieri
soldées par vos propres souverains pour ravager ou assujettir vos
provinces, ont démembré, morcelé sous les pas de millions d'hommes
votre propre nationalité; l'Italie n'a plus été que le champ de
bataille du monde moderne, la scène vide du drame politique où tout
le monde a joué un rôle excepté vous.
La nation politique a donc été deux mille ans comme morte: plus
d'Italie; mais les Italiens sont restés.
Or ces Italiens ont été et sont restés toujours par leur nature la
première race de la famille moderne sur le sol le plus vivace et le
plus fécond de l'Europe. Héroïques comme individus, quoique asservis
comme nations, supérieurs à leurs conquérants et maîtres de leurs
maîtres dans tous les exercices de l'esprit humain: donnant leur
religion, leurs lois, leurs arts, leur esprit, à ceux qui leur
donnaient des fers, théologiens, législateurs, poëtes, historiens,
orateurs politiques, architectes, sculpteurs, musiciens, poëtes,
souverains en tout par droit de nature, et par droit d'aînesse, et
par droit de génie; grands généraux même quelquefois, quand les
Allemands leur donnaient des armées de barbares à conduire, ou
quand Borgia, ce héros des aventuriers, ce Garibaldi de l'Église,
cherchait, à la pointe de son épée, un empire italien dans cette
mêlée à la tête des braves façonnés par lui à la politique et à la
discipline.
Aucune vertu ne vous a manqué, même dans vos anarchies et dans vos
corruptions, excepté la vertu qui fait les peuples, l'unité dans la
volonté d'action; grandes personnalités, nation anarchique, mille
fois moins anarchique cependant que la Grèce.