III

Maintenant, que voulez-vous et que veut l'Europe par admiration et

par reconnaissance pour vous?

Vous voulez ressusciter, et l'Europe veut vous aider à revivre;

Ressusciter? bien; c'est un miracle qui n'est pas commun dans

l'histoire: toutefois ce miracle est possible quand les peuples ne

sont pas morts et qu'ils sont seulement assoupis. Or vous n'êtes pas

morts, vous n'êtes pas même assoupis comme hommes: deux mille ans,

la barbarie, les invasions, les conquêtes, l'anarchie, les

dominations diverses étrangères, les Grecs de Byzance, qui avaient

transporté à Byzance le sceptre italien, les Sarrasins, les

Normands, les Lombards, les Hongrois, les Souabes, les Impériaux,

les Savoyards, les Espagnols, les Suisses, les bandes de condottieri

soldées par vos propres souverains pour ravager ou assujettir vos

provinces, ont démembré, morcelé sous les pas de millions d'hommes

votre propre nationalité; l'Italie n'a plus été que le champ de

bataille du monde moderne, la scène vide du drame politique où tout

le monde a joué un rôle excepté vous.

La nation politique a donc été deux mille ans comme morte: plus

d'Italie; mais les Italiens sont restés.

Or ces Italiens ont été et sont restés toujours par leur nature la

première race de la famille moderne sur le sol le plus vivace et le

plus fécond de l'Europe. Héroïques comme individus, quoique asservis

comme nations, supérieurs à leurs conquérants et maîtres de leurs

maîtres dans tous les exercices de l'esprit humain: donnant leur

religion, leurs lois, leurs arts, leur esprit, à ceux qui leur

donnaient des fers, théologiens, législateurs, poëtes, historiens,

orateurs politiques, architectes, sculpteurs, musiciens, poëtes,

souverains en tout par droit de nature, et par droit d'aînesse, et

par droit de génie; grands généraux même quelquefois, quand les

Allemands leur donnaient des armées de barbares à conduire, ou

quand Borgia, ce héros des aventuriers, ce Garibaldi de l'Église,

cherchait, à la pointe de son épée, un empire italien dans cette

mêlée à la tête des braves façonnés par lui à la politique et à la

discipline.

Aucune vertu ne vous a manqué, même dans vos anarchies et dans vos

corruptions, excepté la vertu qui fait les peuples, l'unité dans la

volonté d'action; grandes personnalités, nation anarchique, mille

fois moins anarchique cependant que la Grèce.

Cours familier de Littérature - Volume 09 · 第 189 / 215 题