Ces princes régnaient sur une peuplade de braves et pauvres
Allobroges, laissés comme une alluvion des grandes invasions des
peuples du Nord. Pressée entre la Suisse, la France et les vallées
du Piémont, sur un groupe de montagnes et dans de sombres vallées
des Alpes, cette peuplade peu nombreuse s'était refoulée ou répandue
tour à tour sur les plaines voisines qui lui offraient le moins de
résistance, tantôt sur le bassin de Genève, en Suisse, tantôt sur le
bassin de la Bresse, en France, jusqu'à la Saône, tantôt dans le
bassin du Pô, en Italie; elle allait chercher, non de la gloire,
mais de l'espace et du pain, chez ses voisins. Son caractère,
très-spécial à cette race de montagnards savoisiens, était une
fidélité et une bravoure chevaleresques. Les meilleurs soldats des
ducs de Savoie sont toujours descendus de ces montagnes; leur
douceur les rendait disciplinaires; leur subordination féodale les
conservait dévoués à la bonne ou à la mauvaise fortune de leurs
princes; leur intrépidité froide les rendait solides comme le devoir
au poste où on les avait placés pour vaincre ou mourir. Ils avaient
deux religions dans leur coeur, leurs princes et leurs prêtres;
superstitieux chez eux, héroïques dehors, bons et honnêtes partout,
aussi propres à subir le joug de la conquête sans le secouer qu'à
imposer ce joug à leurs voisins, quand l'inquiétude de la maison de
Savoie les mettait à la solde des grands alliés auxquels on
inféodait leur sang pour des causes toutes personnelles à ces
princes.