III

Il y a donc une _dualité_ nécessaire dans les papes; l'une de ces

dualités, le pape, appartient aux catholiques; l'autre de ces

dualités, le souverain, appartient à l'Italie. Ne parlons que du

souverain.

Religieusement, nous comprenons très-bien comment le christianisme

naissant et grandissant a voulu peu à peu confondre dans les papes

ces deux caractères si différents, d'oracle et de souverain. Toute

doctrine qui vient au monde, qui descend du ciel ou qui croit

fermement en descendre, a une ambition sainte, absolue comme la

Divinité incarnée qu'elle personnifie ou qu'elle croit personnifier

dans sa foi. La foi révélée n'est pas comme la foi raisonnée; elle

n'a ni _plus_ ni _moins_, ni hésitation, ni tolérance, ni doute;

elle est conquérante comme l'ambition du ciel, elle est absolue

comme la volonté de Dieu sur les choses et sur les âmes; tous les

moyens lui sont bons comme à Dieu, parce qu'elle se sent ou se croit

divine, et que la Divinité, étant le bien suprême, ne peut faire le

mal même en employant des moyens violents; elle veut et elle croit

avoir droit de vouloir soumettre tout ce qu'elle ne peut convaincre.

C'est le _compelle intrare_ mal entendu de l'Évangile; c'est le

glaive fauchant comme une ivraie du monde tout ce qui adore Dieu

autrement qu'elle; c'est la foudre du pape-pontife lancée sur toute

âme qui s'insurge contre l'autorité de sa foi.

Cours familier de Littérature - Volume 09 · 第 147 / 215 题