Il y a donc une _dualité_ nécessaire dans les papes; l'une de ces
dualités, le pape, appartient aux catholiques; l'autre de ces
dualités, le souverain, appartient à l'Italie. Ne parlons que du
souverain.
Religieusement, nous comprenons très-bien comment le christianisme
naissant et grandissant a voulu peu à peu confondre dans les papes
ces deux caractères si différents, d'oracle et de souverain. Toute
doctrine qui vient au monde, qui descend du ciel ou qui croit
fermement en descendre, a une ambition sainte, absolue comme la
Divinité incarnée qu'elle personnifie ou qu'elle croit personnifier
dans sa foi. La foi révélée n'est pas comme la foi raisonnée; elle
n'a ni _plus_ ni _moins_, ni hésitation, ni tolérance, ni doute;
elle est conquérante comme l'ambition du ciel, elle est absolue
comme la volonté de Dieu sur les choses et sur les âmes; tous les
moyens lui sont bons comme à Dieu, parce qu'elle se sent ou se croit
divine, et que la Divinité, étant le bien suprême, ne peut faire le
mal même en employant des moyens violents; elle veut et elle croit
avoir droit de vouloir soumettre tout ce qu'elle ne peut convaincre.
C'est le _compelle intrare_ mal entendu de l'Évangile; c'est le
glaive fauchant comme une ivraie du monde tout ce qui adore Dieu
autrement qu'elle; c'est la foudre du pape-pontife lancée sur toute
âme qui s'insurge contre l'autorité de sa foi.