On sait que la jeunesse légitimiste de Paris voulut, à cette époque,
être passée en revue à Londres par le comte de Chambord.
Personnellement c'était un hommage respectable au principe et au
malheur; collectivement c'était un mauvais conseil: les minorités
en politique ne doivent jamais se faire compter. Le comte de
Chambord, mal conseillé, écrivit à M. de Chateaubriand de venir
assister, à Londres, aux regrets et aux espérances qu'on lui
apportait. Il fallait du bruit autour de cette manifestation en
Europe; M. de Chateaubriand traînait le bruit où il portait ses pas.
Il était la fidélité bruyante; il y parut, il y parla, et revint
sans avoir produit autre chose qu'un effet poétique, des cheveux
blancs sur une scène du passé. Le gouvernement du roi Louis-Philippe
eut le mauvais goût de _flétrir_ cette visite de la fidélité. Qu'en
pense-t-il maintenant. Les _flétrisseurs_ n'ont-ils pas imité
honorablement les _flétris_? C'est un des plus vilains actes des
ministres de cette monarchie, qui n'avaient ni la grandeur des
vertus ni la grandeur des fautes. Je combattis à la Chambre cette
mauvaise pensée; il faut ennoblir les nations en leur faisant
honorer contre soi-même les simulacres de l'honneur et de la
fidélité. Les ministres de la royauté de Juillet ne pensèrent point
ainsi, et M. de Chateaubriand fut flétri! Ce fut sa dernière gloire
devant son siècle.
«On me dit,» écrit-il de Londres à madame Récamier, «que le _Journal
des Débats_, journal des ministres de l'année, se préparait à
m'attaquer; j'en suis fâché, mais je ne pourrais qu'écraser M.
Armand Bertin avec le cercueil de son père!»
Cette éloquente image rappelait l'amitié du père et la fausse
situation du fils.