VIII

Je le rencontrai par hasard un soir à Dijon; je logeais dans la même

hôtellerie que lui, à quelques pas de sa chambre; je crus de mon

devoir d'aller lui présenter mes hommages; je le trouvai déjà

écrivant sur une petite table d'auberge une dépêche à son amie,

pendant que les servantes de l'hôtel de la Galère mettaient la nappe

de son souper sur l'autre moitié de la table. Ma visite fut brève

comme l'occasion qui me forçait de la faire, et cérémonieuse comme

son accueil. Le déshabillé du grand homme n'avait pas d'abandon chez

lui, même en route. Quelques groupes de curieux et d'hommes de

lettres de Dijon, instruits de son passage, obstruaient la rue et

les escaliers pour apercevoir son visage ou pour entendre sa voix à

travers les fenêtres ou les portes. Il en paraissait à la fois avide

et importuné. Telle est la gloire quand on l'approche de trop près:

absente on la désire, présente elle pèse. Pour la trouver douce il

faut la voir à distance, comme le feu.

Cours familier de Littérature - Volume 09 · 第 81 / 215 题