Je le rencontrai par hasard un soir à Dijon; je logeais dans la même
hôtellerie que lui, à quelques pas de sa chambre; je crus de mon
devoir d'aller lui présenter mes hommages; je le trouvai déjà
écrivant sur une petite table d'auberge une dépêche à son amie,
pendant que les servantes de l'hôtel de la Galère mettaient la nappe
de son souper sur l'autre moitié de la table. Ma visite fut brève
comme l'occasion qui me forçait de la faire, et cérémonieuse comme
son accueil. Le déshabillé du grand homme n'avait pas d'abandon chez
lui, même en route. Quelques groupes de curieux et d'hommes de
lettres de Dijon, instruits de son passage, obstruaient la rue et
les escaliers pour apercevoir son visage ou pour entendre sa voix à
travers les fenêtres ou les portes. Il en paraissait à la fois avide
et importuné. Telle est la gloire quand on l'approche de trop près:
absente on la désire, présente elle pèse. Pour la trouver douce il
faut la voir à distance, comme le feu.