Ce départ de M. de Chateaubriand pour Rome semble tout à coup
réchauffer sa correspondance avec madame Récamier de tous les
souvenirs des premières tendresses. En s'éloignant peut-être pour
toujours on revient sur le passé, on regrette de ne pas en avoir
apprécié les douceurs; on voudrait revenir, plus jeunes de coeur et
d'années à ces jours où l'on avait des années à dépenser et des
coeurs à posséder sans remords de les avoir contristés; il y a des
fidélités rétrospectives qu'on retrouve tout à coup dans sa mémoire
dans un coin de la vie et qu'on croit n'avoir jamais violées, tant
on regrette les distractions fugitives à ces amitiés éternelles.
Tels paraissent avoir été les sentiments de M. de Chateaubriand,
seul, sur la route de Rome. Chacune des haltes de ce voyage fut un
tendre retour vers madame Récamier; il demandait une plume à chaque
auberge pour écrire un de ces retours de tendresse à Paris.