Tel était Mathieu de Montmorency; son éducation avait été
très-soignée par le célèbre abbé Sieyès, son précepteur. L'abbé
Sieyès, devenu depuis l'apôtre un peu ténébreux de la révolution
française, roulait déjà dans sa pensée les vérités et les nuages
d'où devaient sortir les éclairs et les foudres de l'Assemblée
constituante.
À l'époque où s'ouvrit ce grand concile de la politique moderne,
Mathieu de Montmorency, philosophe et novateur comme son maître
Sieyès, s'élança sur ses pas et sur les pas de Mirabeau au-devant de
toutes les théories de liberté et d'égalité qui allaient être
soumises à l'épreuve de l'expérience du siècle futur. Saisi plus
qu'un autre de l'enthousiasme des nouveautés, toutes les fois que
les nouveautés semblaient promettre une amélioration du sort du
peuple, il sentait la nécessité et la gloire du sacrifice volontaire
dans les classes privilégiées; pressé de s'immoler lui-même, au nom
de cette aristocratie dont il était le chef, ce fut lui qui monta à
la tribune pour demander l'abolition de la noblesse; il y avait
prévoyance et générosité dans cette initiative, il n'y avait qu'un
crime contre la vanité. Le tiers-état et la noblesse libérale lui
répondirent par des applaudissements réfléchis et par un vote
populaire; l'aristocratie lui répondit par des outrages et par des
ridicules; son nom devint plus odieux que s'il avait sacrifié du
sang au peuple; les pamphlets contre-révolutionnaires s'acharnèrent
sur ce Coriolan de sa caste; il ne se troubla pas; il poursuivit de
vote en vote l'accomplissement des principes honnêtes de la
Révolution, sur les traces des Sieyès, des Mirabeau, des Lafayette,
jusqu'au point où la Révolution se sépara avec ingratitude de son
vertueux promoteur, Louis XVI.