III

Tel était Mathieu de Montmorency; son éducation avait été

très-soignée par le célèbre abbé Sieyès, son précepteur. L'abbé

Sieyès, devenu depuis l'apôtre un peu ténébreux de la révolution

française, roulait déjà dans sa pensée les vérités et les nuages

d'où devaient sortir les éclairs et les foudres de l'Assemblée

constituante.

À l'époque où s'ouvrit ce grand concile de la politique moderne,

Mathieu de Montmorency, philosophe et novateur comme son maître

Sieyès, s'élança sur ses pas et sur les pas de Mirabeau au-devant de

toutes les théories de liberté et d'égalité qui allaient être

soumises à l'épreuve de l'expérience du siècle futur. Saisi plus

qu'un autre de l'enthousiasme des nouveautés, toutes les fois que

les nouveautés semblaient promettre une amélioration du sort du

peuple, il sentait la nécessité et la gloire du sacrifice volontaire

dans les classes privilégiées; pressé de s'immoler lui-même, au nom

de cette aristocratie dont il était le chef, ce fut lui qui monta à

la tribune pour demander l'abolition de la noblesse; il y avait

prévoyance et générosité dans cette initiative, il n'y avait qu'un

crime contre la vanité. Le tiers-état et la noblesse libérale lui

répondirent par des applaudissements réfléchis et par un vote

populaire; l'aristocratie lui répondit par des outrages et par des

ridicules; son nom devint plus odieux que s'il avait sacrifié du

sang au peuple; les pamphlets contre-révolutionnaires s'acharnèrent

sur ce Coriolan de sa caste; il ne se troubla pas; il poursuivit de

vote en vote l'accomplissement des principes honnêtes de la

Révolution, sur les traces des Sieyès, des Mirabeau, des Lafayette,

jusqu'au point où la Révolution se sépara avec ingratitude de son

vertueux promoteur, Louis XVI.

Cours familier de Littérature - Volume 09 · 第 44 / 215 题