M. d'Apreval, nerveux, un peu pâle, lui dit brusquement:

--Si vous ne savez pas vous maîtriser davantage, vous allez vous trahir

tout de suite. Tâchez donc de vous dominer.

Elle balbutia:

--Est-ce que je le puis? Mon enfant! Quand je songe que je vais voir

mon enfant!

Ils suivaient un de ces petits chemins de campagne encaissés entre les

cours des fermes, ensevelis sous un double rang de hêtres alignés sur

les fossés.

Et, tout d'un coup, ils se trouvèrent devant une barrière de bois

qu'abritait un jeune sapin.

--C'est ici, dit-il.

Elle s'arrêta net, et regarda.

La cour, plantée de pommiers, était grande, s'étendant jusqu'à la

petite maison d'habitation, couverte en chaume. En face, l'écurie, la

grange, l'étable, le poulailler. Sous un toit d'ardoises, les voitures,

charrette, tombereau, cabriolet. Quatre veaux broutaient l'herbe bien

verte sous l'abri des arbres. Les poules noires erraient dans tous les

coins de l'enclos.

Aucun bruit. La porte de la maison était ouverte. Mais on ne voyait

personne.

Ils entrèrent. Aussitôt un chien noir sortit d'un baril roulé au pied

d'un grand poirier et se mit à japper avec fureur.

Contre le mur de la maison, en arrivant, quatre ruches posées sur des

planches alignaient leurs dômes de paille.

Œuvres complètes de Guy de Maupassant - volume 12 · 第 21 / 43 题