L'augmentation n'avait pas été considérable l'été précédent.

Note sur la Transcription

Les erreurs clairement introduites par le typographe ont été corrigées.

Une liste d'autres corrections faites se trouve à la fin du livre.

L'orthographe d'origine a été conservée et n'a pas été harmonisée.

Marquage: _mots en italique_

=mots en gras=

RAILWAY REFORM.

Imp. de Mme DE LACOMBE, rue d'Enghien, 12.

RAILWAY REFORM

OU

CONSIDÉRATIONS

sur la nécessité de réformer

Les Bases du Système qui a créé

ET QUI DIRIGE

LES CHEMINS DE FER DE LA GRANDE BRETAGNE,

ET DES MOYENS A EMPLOYER

POUR ATTEINDRE CE BUT.

--=LONDRES=, 2me Edition.--Octobre 1843.--

(Traduction extraite du _Journal des Travaux Publics_.)

«Si nous vivons assez long-temps pour

voir l'entier développement du système

des chemins de fer, nous reconnaîtrons,

sans aucun doute, que c'est un des plus

grands bienfaits dont l'art ou la philosophie

ait doté le genre humain.»

(_Quarterly Review._)

PARIS.

AU BUREAU DU JOURNAL DES TRAVAUX PUBLICS,

10, BOULEVART BONNE-NOUVELLE.

1843.

RAILWAY REFORM.

Le tableau des revenus de l'année financière expirée le 5 avril 1843,

offre une triste preuve de la dépression qui existe dans le commerce et

l'industrie et de la misère qu'elle doit faire subir à la grande masse

du peuple anglais.

Les droits de douane et d'accise, qui sont le thermomètre des moyens

d'achat et de consommation du peuple, ont diminué respectivement d'un

million sterling; les droits de timbre, critérium certain de l'étendue

des transactions commerciales, ont présenté un déficit de 146,000

liv. sur les années précédentes. Les impôts directs dont la plus

grande partie est payée par la classe moyenne, et qui en quelque sorte

représentent sa condition, ont présenté un déficit égal à celui du

timbre. Ainsi donc, les quatre grandes sources du revenu public offrent

un déficit d'environ deux millions et demi de livres. N'est-ce pas là

une preuve convaincante des souffrances du peuple?

Il est juste cependant de dire qu'une partie considérable de ce déficit

est due aux réductions que l'on a faites à l'ancien tarif. Cependant,

quelque importance qu'on leur accorde, la différence est assez grande

pour convaincre les plus sceptiques qu'elle doit avoir été amenée

par des causes étrangères aux réductions fiscales. Il n'entre pas

dans mon plan d'indiquer les diverses mesures qui ont été proposées

pour remédier à cette détresse que personne n'ose nier. La valeur de

la question des céréales, de celle des monnaies, de la liberté du

commerce ou des droits protecteurs, a été suffisamment discutée, et si

l'on n'a pas adopté les mesures proposées par leurs avocats respectifs,

il ne faut pas l'attribuer à un manque de zèle de leur part pour la

défense de leurs doctrines.

Le 8 mai, le chancelier de l'Echiquier présenta son budget et fit

l'aveu de l'impossibilité où se trouvait le gouvernement de continuer

la mise en pratique des principes de réforme qui avaient été reconnus

et adoptés dans la session précédente.

La détresse de ce pays provient sans doute d'une multitude de causes

dont quelques-unes sont en dehors de tout contrôle législatif; d'autres

sont enracinées dans notre système commercial et protégées par tant

d'intérêts, qu'elles ne peuvent disparaître que graduellement.

Cependant, il y a des maux récemment introduits, qui n'ont pas encore

eu le temps de prendre racine, qui ne reposent qu'à la surface, et que

l'on peut extirper radicalement et avec promptitude. Je vais appeler

l'attention du lecteur sur l'un de ces maux.

Il y a peu de sujets qui soient d'une plus grande importance parmi

nous, que celui qui a rapport au transit, au transport des voyageurs

et des marchandises d'un point à l'autre du pays, transport établi en

vue d'obtenir un maximum de vitesse par un minimum de frais. Tandis

que nous donnons tous les jours une plus grande extension à ces deux

gigantesques instrumens de civilisation, le bateau à vapeur et le

chemin de fer, qui seuls peuvent amener le résultat ci-dessus indiqué,

nous nous inquiétons peu de voir si le bien qu'ils produisent a atteint

son entier développement.

L'application de la vapeur aux divers usages de la vie fut une grande

impulsion donnée aux arts et aux sciences; on peut dire avec raison

qu'elle a marqué une nouvelle ère dans l'histoire du monde. Il est

bien peu de découvertes en physique qui aient amené des résultats

plus importans, ou dont les futurs développemens promettent d'amener

d'aussi grandes révolutions sur toute la surface du monde civilisé. La

variété des objets auxquels la vapeur peut être appliquée n'est pas

moins extraordinaire que sa puissance. «L'application de la vapeur est

encore dans son enfance» est une remarque très commune, et la vérité

en est attestée par les améliorations continuelles que l'on fait à

la machine à vapeur, et par les divers usages auxquels on l'applique

journellement. Si l'application de la vapeur est encore dans son

enfance, que ne doit-on pas attendre d'elle, lorsqu'elle sera parvenue

à un âge plus avancé, lorsque le temps aura perfectionné sa puissance

si variée et développé ses immenses ressources.

Parmi les différens objets auxquels sa puissance a été appliquée, celui

qui a rapport aux chemins de fer est de beaucoup le plus important,

et c'est lui qui attirera toute notre attention. Il n'existe aucune

découverte dans les sciences, chez les anciens comme chez les modernes,

qui, dans une période aussi courte, ait produit des résultats aussi

étonnans que ceux qui frappent journellement nos yeux sur les chemins

de fer. Une enquête pour savoir si cette puissance est ou n'est pas

dans une bonne direction, ne doit pas être considérée comme inutile.

Les abus que l'exploitation des chemins de fer a amenés depuis

leur établissement jusqu'à ce jour, ont été une cause de plaintes

continuelles, et dans le travail auquel nous allons nous livrer nous

aurons constamment en vue deux objets:

1º Nous établirons une enquête sur le système adopté pour la création

des chemins de fer et pour leur exploitation.

2º Nous examinerons les modifications que l'on pourrait y introduire au

profit de tous, sans détriment pour personne.

Depuis environ dix ou douze ans, les capitaux et les talens se sont

appliqués avec une énergie remarquable à l'amélioration des moyens de

transport intérieur, et cet important medium de richesse nationale et

de civilisation en a reçu une impulsion proportionnée. Nous sommes

témoins de faits que nous eussions regardés comme des fictions, si

on nous les eût racontés il y a vingt ans. Qui aurait voulu croire

à la possibilité d'une pesante machine de fer, chargée de plusieurs

centaines de passagers, renfermés dans une longue suite de voitures,

et d'une grande quantité de coke et d'eau, partant de Manchester et

arrivant à Liverpool en moins d'une heure, bien que ces deux villes

soient distantes entre elles de plus de 30 milles? Aujourd'hui c'est un

fait qui se renouvelle à chaque heure.

La vitesse des transports n'est pas moins étonnante que le poids

transporté. La puissance de la machine à vapeur, sous ce rapport,

dépasse les besoins des deux plus grandes places commerciales de la

Grande-Bretagne. On transporte des charges de 50 à 100 tonneaux à une

vitesse de 25 milles par heure. Une fois nous avons vu une charge,

ou plutôt une cargaison de marchandises du poids de 200 tonnes,

transportée de Liverpool à Manchester à la vitesse moyenne de 12 milles

par heure. Les moyens que l'on emploie pour donner l'impulsion à la

machine à vapeur ne sont pas favorables à l'économie du combustible;

cependant une livre de coke dans une machine-locomotive suffit pour

évaporer cinq pintes d'eau. Cette évaporation crée une force suffisante

pour tirer un poids de deux tonneaux et lui faire parcourir un mille

en deux minutes. Quatre chevaux attelés à une voiture légère, sur un

chemin ordinaire, parcourraient la même distance avec le même poids en

six minutes.

Un convoi de voitures, pesant environ 80 tonneaux et transportant 240

voyageurs, a été de Liverpool à Birmingham et de Birmingham à Liverpool

en quatre heures et quart chaque fois, y compris les temps d'arrêt.

La distance entre ces deux villes est, par le chemin de fer, de 98

milles. Ce double voyage d'environ 200 milles, est effectué à l'aide

d'une force mécanique produite par la combustion de quatre tonneaux de

coke dont la valeur est d'environ 5 liv. Il faudrait 20 voitures et

380 chevaux pour transporter journellement le même nombre de voyageurs

entre ces deux villes, si l'on employait des voitures ordinaires

qui roulent sur les grandes routes; et ce voyage ne pourrait pas

s'accomplir en moins de douze heures, si l'on y comprend le temps de

relai.

Telle est la puissance et l'économie de la vapeur lorsqu'elle est bien

employée.

Les chemins de fer anglais ont été établis sur des principes

diamétralement opposés à ceux qui ont prévalu pour la création des

chemins de fer du continent. En comparant ces principes et les

résultats qu'ils ont produits; nous pourrons nous faire une idée juste

de leurs mérites respectifs.

L'établissement de nos chemins de fer est dû à l'industrie privée. Le

capitaliste est amené à placer son argent dans une entreprise qu'il

sait devoir faire déserter les voies ordinaires de communication

à l'intérieur du pays, et qu'il suppose, par ce moyen, devoir lui

procurer un haut intérêt. Il la considère comme une spéculation dont

il a le droit de tirer tout le profit possible. Ses intérêts sont

diamétralement opposés à ceux du public, parce que ses profits sont

d'autant plus grands qu'il fait payer un prix plus élevé. Il n'est

sujet qu'à une légère responsabilité envers le gouvernement. Il n'est

point obligé d'étudier le confort et la convenance du public; aussi ne

leur accorde-t-il que l'attention nécessaire à ses vues. Dans quelques

cas sa spéculation a réussi, et, il reçoit depuis 5 jusqu'à 15 p. cent

de son placement de fonds; dans d'autres cas, elle n'a pas réussi,

et il reçoit peu ou rien. Eh bien! quelle que soit sa position, le

capitaliste n'a qu'un seul objet en vue, gagner le plus qu'il peut, et

il élève le tarif du chemin de fer qui lui donne 15 p. cent d'intérêt,

avec aussi peu de scrupule qu'il élèverait le tarif de celui qui ne lui

rapporte même pas 5 p. cent.

Les anciennes voies de communication dans le royaume ont été

abandonnées, et l'on a accordé à des capitalistes le monopole des

nouvelles. Ce monopole est d'autant plus sûr que rien ne peut lui faire

concurrence; il est d'autant plus étendu qu'il couvre de son réseau

toute la surface de l'Angleterre; il est d'autant plus durable qu'il a

été concédé à perpétuité. C'est encore le monopole le plus pernicieux

au bien général, parce qu'il met la société sous la dépendance du

capitaliste particulier pour un de ses besoins les plus importans.

Le système établi en Belgique, et adopté par les autres puissances du

continent, présente un contraste frappant avec celui que nous venons

de décrire. Chez elles les chemins de fer ont été construits par les

gouvernemens; le but qu'elles se sont proposé n'a pas été de favoriser

des profits particuliers, «mais d'étendre le commerce et les moyens

de communication du pays jusqu'à leurs dernières limites, et de ne

retirer de l'exploitation que ce qui est strictement nécessaire pour

rembourser le capital engagé. Le projet que le gouvernement a entrepris

ne doit être ni un fardeau, ni une source de profits. Il devra

seulement couvrir ses dépenses, qui consistent dans l'entretien et les

réparations des chemins et du matériel, dans le paiement des intérêts

et l'amortissement graduel du capital engagé.»

Tels sont les systèmes établis en Angleterre et en Belgique. Les

résultats qui en découlent sont la conséquence exacte des principes

opposés sur lesquels ils sont basés. Le but avoué de l'un est d'imposer

au public le maximum du tarif le plus profitable; le but de l'autre est

de n'exiger de lui que le minimum de la dépense la plus économique. Le

premier doit faire la fortune de quelques particuliers. Le second doit

étendre ses bienfaits sur la société tout entière. Examinons les tarifs

de chacun:

Sur le chemin de fer de Londres à Birmingham, par exemple, la distance

est de 112 milles, et le prix du transport dans la 1re classe est de 1

liv. 12 sh. 6d.

En Belgique, pour la même distance, et dans une voiture de pareille

classe, on paie 14 fr. C'est le tiers de ce qui est exigé en Angleterre.

Ce simple fait ne devrait-il pas suggérer à chacun l'idée qu'il doit

y avoir quelque chose de radicalement faux dans notre système; que

le pouvoir de taxer le public _ad libitum_, placé entre les mains

d'individus sans responsabilité et qui ne le font servir qu'à leur

intérêt particulier, est un fléau! Un monopole de cette importance ne

doit appartenir qu'au gouvernement; ou bien, si on l'accorde à des

particuliers, on ne devrait le faire qu'avec des restrictions qui

protégeraient les intérêts du public.

Le principe généralement adopté dans ce pays d'abandonner toutes les

entreprises à l'industrie privée, est, sans aucun doute, bon; mais,

comme tous les bons principes, on peut l'exagérer et même lui faire

produire des résultats pernicieux. Ce n'est qu'alors que le bien public

l'exige que l'Etat est justifié de se faire lui-même entrepreneur,

ou bien d'intervenir entre les capitaux et le travail dans leurs

développemens. Chez nous, ce n'est que dans des circonstances

semblables que l'intervention du gouvernement se fait sentir. Ainsi,

il construit des phares, des tours de signaux, des ports, quelquefois

des chemins et autres ouvrages qu'aucun capitaliste ne voudrait

entreprendre, parce que les profits ne seraient pas en rapport avec

sa mise de fonds. L'Etat fait naviguer ses vaisseaux entre différens

ports; ces vaisseaux transportent des voyageurs et de l'argent; mais la

principale branche de commerce qu'il exploite, c'est le transport des

lettres, dont il a le monopole pour le bien général. Nous verrons par

la comparaison des tarifs anglais et belges combien le public aurait

gagné à ce que le gouvernement s'adjugeât le monopole du transport des

voyageurs.

En 1839, une commission prise dans le sein de la Chambre des communes

fut instituée pour une enquête sur l'état des communications par

chemins de fer. Elle était composée de plusieurs membres influens de

la chambre, sir Robert Peel, lord Stanley, sir James Graham, M. Poulet

Thomson, M. Shaw Lefêvre, etc., et leur attention fut principalement

dirigée vers ces deux points:

1º La situation financière des chemins de fer.

2º Le pouvoir que leur avait accordé l'Etat, et l'usage qu'ils en

faisaient pour le bien public et pour faciliter les communications

intérieures.

«Il ne paraît pas, dit la commission dans son rapport à la Chambre des

communes, que l'intention du parlement ait été de donner à un chemin

de fer un monopole complet des moyens de communication sur la ligne

qu'il parcourt; au contraire, le parlement a eu soin de faire une

réserve dans tous ou presque tous les actes constitutifs, en faveur des

personnes qui voudraient faire circuler des voitures ou des machines

sur le chemin, en payant un certain droit à la compagnie. L'intention

du parlement est nulle quant aux effets qu'elle se proposait, car il

est évident que le paiement de droit n'est qu'une bien minime part

des arrangemens qu'il faudrait faire pour ouvrir un chemin de fer à

la concurrence. Un individu qui n'aurait que le pouvoir de placer

une machine et une voiture sur le chemin de fer, n'aurait aucun

moyen d'entretenir d'eau sa machine, ou de prendre et de déposer ses

voyageurs à une station convenable; enfin, il serait placé vis-à-vis

de la compagnie dans une telle infériorité que la concurrence serait

impossible.»

La réserve législative, signalée par la commission, a si bien été une

lettre morte, que fort peu de personnes, probablement, savent qu'elle

existe, et qu'il est permis à d'autres qu'aux compagnies de transporter

des voyageurs sur les différens chemins de fer.

Pour les marchandises, le même principe de propriété exclusive

prévaut, et les essais que l'on a tentés pour entraver le monopole des

compagnies n'ont pas eu meilleur résultat; c'est-à-dire chaque fois

que les compagnies ont trouvé leur intérêt à transporter elles-mêmes

les marchandises ou d'en accorder le privilége à une ou plusieurs

personnes, elles l'ont fait. Quelques-unes font exclusivement leurs

transports, comme le Grande-Junction; d'autres les font partiellement,

et d'autres ne s'en mêlent pas. Quand une compagnie veut se charger

des transports de marchandises exclusivement, ou bien repousser de sa

ligne les étrangers, on perd son temps à vouloir lutter, à moins d'être

doué d'une grande détermination et d'avoir de l'argent à perdre en

procès. Même avec ces avantages, on n'a que peu de chances de succès.

En voici un exemple tout récent: MM. Pickford et Cie, commissionnaires

de roulage bien connus, ont eu un long procès sur le point en question,

contre une des grandes compagnies de chemins de fer, et ils obtinrent

jugement en leur faveur, du lord chef, baron de la cour de l'Echiquier.

La compagnie n'a pas eu plus d'égard pour ce jugement que s'il eût été

prononcé par un juge-de-paix. Les directeurs n'ont même pas cru devoir

en faire mention dans leur rapport semestriel à leurs actionnaires, et

aucun de ces derniers ne leur a adressé de question à ce sujet.

Les délais de la loi et les fonds que l'on met sans réserve à la

disposition des directeurs, pour le contentieux, leur permettent de

rendre nuls tous les efforts de ceux qui voudraient profiter du petit

nombre de priviléges que la loi a accordés au public.

Quelques compagnies ne s'arrêtent pas là, et violent ouvertement la

loi en exigeant des prix plus élevés que ceux que leurs actes de

constitution leur donnent le droit de demander. Cet abus n'a lieu,

bien entendu, que sur les lignes dont les prix ont été limités. Deux

des plus grandes lignes du royaume ont eu leurs tarifs fixés par acte

du parlementas à 3½d. par mille, mais, si nous consultons les tarifs

en vigueur, nous trouvons que l'une et l'autre, sur quelques parties

intermédiaires, demandent 20 et 25 p. cent de plus qu'elles n'y sont

autorisées.

Pourquoi le public s'y soumet-il? Le pauvre public est forcé de se

soumettre à bien d'autres impositions, et à celle-ci en particulier.

Ce qui est l'affaire de tout le monde n'est l'affaire de personne.

Le rôle d'accusateur n'est pas très populaire dans ce pays. Il n'est

pas ensuite fort agréable pour un particulier d'entamer un procès

avec une riche et puissante compagnie, afin de savoir deux ou trois

ans après (s'il est assez heureux pour que sa cause soit promptement

jugée), combien d'interprétations un avocat peut trouver dans un acte

du parlement. Le simple citoyen trouve donc préférable de se soumettre

patiemment ou impatiemment s'il l'aime mieux, à l'abus dont il est

victime et de passer son chemin.

Un trait caractéristique distingue les assemblées semestrielles des

actionnaires de chemins de fer. C'est leur soin d'éviter toute allusion

aux pratiques de leurs directeurs, quelque illégales qu'elles soient,

quand elles ont pour but un accroissement de leur revenu. Nous en

avons un exemple dans l'affaire de MM. Pickfort dont nous venons de

parler. Chaque actionnaire savait très bien que la cour de l'Echiquier

avait condamné la compagnie, et qu'en conséquence la compagnie avait

été obligée de payer 700 livr. pour les frais de la partie adverse et

une somme double pour les leurs, et que, malgré cet échec, elle ne

persévérerait pas moins dans sa même ligne de conduite qu'auparavant;

néanmoins, aucun d'entre eux ne crut devoir se permettre la plus légère

allusion à ce sujet.

A la vérité, les compagnies sont rarement forcées de violer la lettre

de la loi, bien qu'elles s'embarrassent peu de son esprit; car si elles

élevaient leurs tarifs autant que la loi leur permet, leurs chemins

deviendraient déserts et ne serviraient qu'aux classes opulentes. Sur

le Great-Western, la compagnie a le droit d'exiger de chaque voyageur,

pour le transit de Londres à Bristol, 35 sh., mais elle a reconnu qu'il

était dans son intérêt de n'exiger, pour les voitures de 1re classe,

que 30 sh. et 20 sh. pour celles de 2e classe.

Cependant, ce tarif, bien qu'inférieur au tarif légal, ne put pas

assurer à la compagnie un monopole complet, parce que les voitures

publiques, n'exigeant que 12 et 14 sh., continuèrent leurs voyages.

Pour les faire disparaître, la compagnie créa une 3e classe de voitures

à 12 sh. 6 dr., et elle réussit à les faire tomber.

La compagnie de Londres à Birmingham, ainsi que d'autres, se

trouvèrent dans la même position, parce que, dès leur ouverture, elles

n'établirent que des wagons de 1re et 2e classe. Elles n'eurent des

wagons de 3e classe que lorsqu'elles furent assurées que leur monopole

serait incomplet sans cette mesure. Il existe même encore une voiture

publique en concurrence avec la ligne de Birmingham. Elle prend 12 sh.

pour une place de banquette, tandis que la compagnie demande 14 sh.

pour la 3e classe.

On peut conclure de ce qui précède, que l'intervention de la

législature dans l'établissement des tarifs des chemins de fer a été

sans aucun résultat pour le bien public. Si les compagnies eussent

voulu suivre les règlemens, neuf fois sur dix elles se seraient

suicidées.

Des tarifs élevés sont donc la conséquence du système actuel, nous

voulons dire élevés par rapport aux frais de traction; car, quelque

minimes que soient ceux-ci, le public n'en retire aucun avantage. La

seule considération qui fasse agir les directeurs est de fixer le tarif

au point où il pourra rapporter le plus de profit aux actionnaires.

Ils adoptent, en conséquence, une échelle proportionnelle entre

différentes stations et ils l'élèvent ou l'abaissent jusqu'à ce qu'ils

croient avoir atteint le point qui doit leur rapporter davantage,

sans avoir aucunement égard aux besoins ou à la convenance du public.

Le Grand-Junction, bien que payant à ses actionnaires 10 p. cent

d'intérêt, a élevé dernièrement son tarif de 27 p. cent, et cela

dans un moment où il existait une stagnation sans exemple dans les

affaires. Peut-être la compagnie retirera-t-elle 1 p. cent. de cette

augmentation, c'est douteux; mais supposons-le, ce résultat peut-il

balancer la perte et les inconvéniens que cette mesure cause au public!

La compagnie ne gagnera que la 27e partie de ce qu'elle prélève sur

lui, et elle force une classe de voyageurs à manquer leurs voyages ou à

les faire d'une manière désagréable, et elle impose à l'autre une taxe

supplémentaire de 27 p. cent.

Les compagnies ont trouvé très difficilement la moyenne entre un tarif

élevé et un tarif bas, qui leur donnât le plus grand bénéfice possible.

Celles de Greenwich et de Blackwall, et, en général, toutes les

compagnies qui n'ont pas réussi, modifient constamment leurs tarifs.

Afin de bien faire connaître les vexations qui résultent pour le public

d'un pareil état de choses, nous allons entrer dans quelques détails à

ce sujet.

La compagnie de Blackwall peut fort bien nous servir d'exemple: le prix

de ce chemin de fer, lors de son ouverture entre Blackwall et Londres,

était, pour la 1re classe, de 4 d.; pour la 2e, de 3. Quelque temps

après, la 2e classe fut élevée à 4 d., et la 1re à 6 d. Une nouvelle

augmentation eut lieu en septembre 1841: la 1re classe paya 8 d.; la

2e, 6. On exigea le même prix pour toutes les stations intermédiaires.

Ceci dura deux mois, au bout desquels on réduisit le prix, pour les

stations intermédiaires, à 6 d. et à 4 d. Le dernier changement a eu

lieu en mars dernier. Alors les prix, entre Blackwall et Londres,

furent réduits à 6 d. et à 4 d., et, pour les stations intermédiaires,

à 4 d. et à 3 d.

Le rapport du directeur va nous faire connaître quel fut le résultat de

l'augmentation des tarifs en 1842:

«Le tarif a été élevé le 13 septembre dernier, et nous avons été

surpris de voir qu'il en était résulté une diminution considérable,

non-seulement dans le nombre des voyageurs, mais encore dans les

recettes.»

L'augmentation n'avait pas été considérable l'été précédent. Dans les

huit semaines avant le 13 septembre (elles présentent le plus sûr

moyen de comparaison avec l'année écoulée, puisqu'elles datent de

l'ouverture de la station de Fenchurch-Street, le 2 août 1841), les

recettes offrent une augmentation de 16 p. cent sur l'année écoulée,

tandis que pour les huit semaines qui suivirent le 12 septembre il y a

une diminution de 41 p. cent sur le nombre des voyageurs, et de 17 p.

cent sur les recettes, si on les compare à celles des mêmes semaines

en 1841. Les directeurs ne crurent pas devoir mentionner la perte

bien plus grande qu'ils avaient fait subir au public. Le nombre des

voyageurs transportés par le chemin de fer lors de l'abaissement du

tarif en 1841, pendant les huit semaines, s'éleva à 200,000 environ;

dans les huit semaines correspondantes de l'année suivante, pendant

l'élévation du tarif, il ne fut que de 118,000; c'est donc 82,000

personnes qui, pendant deux mois, furent entièrement privées des

avantages du chemin de fer, et qui furent forcées de rester chez elles

ou de faire le trajet à pied, ou bien de chercher un autre moyen de

transport. Les 118,000 individus qui se servirent du chemin payèrent

30 p. cent de plus, et la compagnie perdit 17 p. cent. L'exemple que

nous venons de citer se renouvelle journellement sur tous les chemins

de fer, jusqu'à ce que les directeurs soient bien convaincus qu'ils ont

enfin trouvé le tarif qui leur est le plus favorable.

La puissance d'un chemin de fer pour transporter des voyageurs et

des marchandises est, pour ainsi dire, sans limites. Il serait bien

difficile de fixer le nombre que le chemin de Blackwall pourrait

transporter pendant huit semaines; mais, cependant, nous croyons que,

sans changer en rien les moyens de transport dont la compagnie dispose,

elle pourrait transporter plus d'un million d'individus avec le même

nombre de convois, de voitures et de locomotives. Les convois qui,

chaque quart d'heure, parcourent la ligne entre Londres et Blackwall et

les stations intermédiaires, transportent, chaque voyage, terme moyen,

50 voyageurs, et il y a place pour plus de dix fois ce nombre.

Voilà une énorme perte de puissance qui devrait être employée utilement

pour le bien public. 250 individus, qui sont aujourd'hui obligés de

faire route à pied, pourraient être ajoutés sans aucune dépense aux 50

qui la font en chemin de fer, si le tarif était mis à leur portée.

C'est là le grand inconvénient du système actuel. Les intérêts du

public sont sans aucune valeur aux yeux des propriétaires de chemins

de fer. Ils l'imposeraient sans scrupule de 30 p. cent, dussent-ils

n'avoir, eux, que 1 p. cent de bénéfice, et ils ne reviennent en

arrière que lorsqu'ils s'aperçoivent qu'ils ont été trop loin.

On aurait tort cependant de soutenir qu'un tarif très bas donne le plus

de profit; c'est, au contraire, l'opposé. Sur le chemin de Blackwall,

et sur d'autres encore, il existe des concurrences, et c'est ce qui

fait des exceptions à la règle générale.

La commission de la Chambre des communes, dont le rapport a été cité,

rapporte plusieurs exemples qui établissent que les compagnies ont

plus de bénéfice à transporter un petit nombre de voyageurs payant

un prix élevé, qu'un grand nombre payant un prix minime. Répondant à

l'observation d'un des témoins entendus, qui disait, «que l'intérêt

du public et des compagnies était le même,» la commission fait

observer, «que cette assertion ne peut être admise qu'avec de grandes

restrictions et pour les chemins de fer seulement à côté desquels il

existe d'autres moyens de communication qui maintiennent une espèce

de concurrence, toute faible qu'elle soit.» La commission prouve la

vérité de son assertion par l'exemple de Leeds à Selby, Manchester à

Bolton, London à Birmingham et Dundée à Newtyle, chemins de fer qui

ont tous essayé des tarifs bas et élevés, et qui se sont arrêtés à ces

derniers comme plus profitables. Le rapport continue en ces termes:

«La commission signale ce fait à l'attention du parlement et du

public. C'est un devoir des directeurs de veiller sur les intérêts des

actionnaires et de maintenir le tarif au taux où il rapporte davantage;

cette obligation que leur position leur impose, réagit d'une manière

fâcheuse sur le public, et particulièrement sur cette partie du public

qui a le moins le pouvoir de payer.

Toutes les compagnies, comme nous l'avons déjà dit, peuvent empêcher

d'autres compagnies de passer sur leurs lignes, non seulement en

exigeant le maximum du tarif, mais encore en leur refusant toutes les

facilités dont elles auraient besoin pour leur service.»

Il est inutile d'observer qu'en effet les compagnies ont complètement

réussi à empêcher la concurrence de convois étrangers sur leurs lignes.

Il existe encore un abus insupportable dans le système des chemins de

fer anglais: c'est lorsque deux chemins s'embranchent à de certains

endroits l'un sur l'autre, ou bien lorsque l'un est la continuation de

l'autre, et que tous deux appartiennent à des compagnies différentes et

rivales. Cette rivalité apparaît sous mille formes selon les intérêts

ou la jalousie des parties respectives.

En voici un exemple: il est de l'intérêt du chemin de fer

Grand-Junction d'empêcher les voyageurs qui se dirigent vers le Nord de

passer sur le chemin de fer de Chester à Birkenhead, bien qu'en suivant

cette direction par le chemin de fer de Chester à Crewe, qui se réunit

à Grand-Junction, les voyageurs évitent une distance de douze milles

pour aller de Londres à Liverpool et en Irlande.

La compagnie du Grand-Junction, pour empêcher le public de se servir de

ce chemin, a acheté le Chester à Crewe qui communique avec le sien, et

elle en a élevé le tarif au plus haut point. La distance n'est que de

dix-huit milles. Le prix du transport est de 6 d. par la diligence, et

de 4 d. par la dernière classe. Les directeurs changent continuellement

le moment des départs et les fixent aux heures les plus incommodes; de

sorte que ce chemin de fer, qui serait très utile au public, ne lui

rend aucun service. Nous avons été témoins, à Londres, d'une discussion

entre deux compagnies dans la même position. Après avoir harassé le

public pendant un certain temps, l'une d'elles prit la résolution de

cesser à une époque de transporter des voyageurs. Elle s'était aperçue

que la compagnie adverse avait le pouvoir, dont elle abusait, de lui

faire éprouver des pertes en exigeant le maximum du tarif, et elle fut

forcée, pour échapper à cette cruelle position, de prendre le moyen que

nous venons d'indiquer. Une personne, présente à l'assemblée lorsque

cette proposition passa, fit observer combien il en résulterait de

pertes et d'inconvéniens pour le public: «Les personnes qui voyagent

sur cette ligne seront forcées, dorénavant, de faire le trajet, soit

en voiture particulière, soit à pied; et ce n'était pas encore le

plus grand mal qui résultait de leur décision: des constructions

considérables avaient été élevées aux différentes stations, était-il

juste d'agir ainsi envers ceux qui en étaient propriétaires? Beaucoup

de gens perdraient moitié sur la valeur de leurs propriétés si

l'exploitation du chemin de fer cessait. Une nécessité impérieuse

pouvait seule motiver une semblable détermination.»

Ces sentimens furent approuvés de tout le monde, mais l'on démontra

l'existence de cette nécessité impérieuse, puisqu'une autre compagnie

abusait du pouvoir qu'elle avait d'élever son tarif au point où

l'exploitation du chemin mettait sa rivale en perte. On approuva donc

la résolution d'abandonner l'exploitation du chemin, et on laissa les

directeurs maîtres de la mettre à exécution à l'instant où ils le

jugeraient convenable.

Nous avons déjà vu, qu'en thèse générale, ce n'est point l'intérêt des

compagnies de chemins de fer d'abaisser beaucoup le tarif des places,

c'est-à-dire de le réduire au-dessous de celui des voitures ordinaires.

Car si de telles réductions augmentent de beaucoup le nombre des

voyageurs, l'augmentation n'est pas suffisante pour combler le déficit

des recettes. La vérité de ce principe a été démontrée.

Ainsi, dans certains cas, des tarifs de places, très bas dans

l'origine, ont été de beaucoup augmentés et même doublés; bien que

le nombre des voyageurs ait sensiblement diminué, les recettes se

sont néanmoins maintenues, grâce à l'augmentation des prix. Dans

l'origine, le prix des places sur le railway de Londres à Birmingham,

entre Londres et Harrow (distance de onze milles et demi) n'était

que de 1 sh.; on le mit à 2 sh., et quoique le nombre des voyageurs

diminuât de moitié, cependant, d'après le témoignage de M. Boothby,

l'un des directeurs, les recettes s'accrurent: ce dernier prix fut

en conséquence maintenu. Le prix des places sur les chemins de fer

de cette contrée est, terme moyen, aussi élevé, et, dans beaucoup de

cas, plus élevé que n'était auparavant celui demandé par les voitures

roulant sur les routes de terre.

Pour aller de Londres à Birmingham ou de Londres à Bristol, le prix

ordinaire des voitures était de 25 sh. au-dedans et 15 sh. au-dehors.

Il existait une voiture faisant régulièrement, chaque jour, le voyage

de Bristol, qui avait des places à 20 sh. dans l'intérieur et 12 sh.

au-dehors. Maintenant, pour se rendre dans cette ville, il faut payer

30 sh. dans les voitures de 1re classe, et 20 sh. dans celles de 2e

classe. Pour se rendre à Birmingham, par le départ de nuit, le prix des

voitures de 1re classe est de 32 sh. et de 25 sh. pour les secondes.

Dans le jour, on paie 5 sh. de moins.

Il faut faire observer en outre qu'un voyageur pressé et qui est obligé

de passer sur plusieurs chemins de fer, est généralement obligé de se

servir d'une voiture de 1re classe, par suite des arrangemens que les

diverses compagnies ont pris entre elles dans leur intérêt commun. Le

Grand-Junction va nous servir d'exemple. C'est une section de la grande

ligne de communication entre la métropole, l'intérieur et le nord de

l'Angleterre et de l'Ecosse. Ce chemin de fer expédie journellement six

convois. Sur ces six, deux seulement ont des voitures de 2e classe.

L'un part à l'heure un peu incommode de six heures du matin; l'autre,

à quatre et demie de l'après-midi. Les quatre autres convois sont

exclusivement destinés aux voyageurs de 1re classe, qui paient 1 liv.

6 sh. et 1 liv. 7 sh. 6 d.; de sorte que des voyageurs, arrivant à

Birmingham de bon matin, doivent attendre jusqu'à quatre heures et

demie pour continuer leur voyage, ou bien, s'ils arrivent passé cette

heure, ils attendent jusqu'au lendemain matin. Lorsqu'il n'y avait

que les voitures publiques sur les routes de terre, c'était bien

différent. Les malles contenaient autant de voyageurs à l'extérieur

qu'à l'intérieur, et les voitures ordinaires deux et trois fois

autant. Il y avait à toutes les heures des départs de Birmingham pour

Liverpool et _vice-versâ_; on ne payait pas plus de 12 à 14 sh.; tandis

qu'aujourd'hui, si l'on veut éviter d'être attardé, il faut payer

le double de cette somme. Autrement on subit le désagrément de voir

son voyage interrompu pendant six, huit et douze heures. Le prix des

places de 2e classe est de 50 p. cent plus élevé que celui des places à

l'extérieur des anciennes diligences.

C'est un plan très ingénieux que celui de faire coïncider l'arrivée

d'un convoi de 1re classe d'un chemin de fer, avec le départ d'un

train aussi de 1re classe d'un autre chemin de fer, et lorsqu'il est

bien mis en oeuvre, il réussit parfaitement. Le voyageur se soumet à

la nécessité, paie le haut prix et continue son chemin. De tous les

chemins de fer, c'est celui de Grand-Junction qui a tiré le plus de

profits de ce système, et, par conséquent, c'est lui qui a payé les

plus forts dividendes. Depuis quelques années il a augmenté son tarif

de 20 à 30 p. cent, et comme il le tient toujours à ce taux, c'est la

meilleure preuve que nous ayons, qu'en thèse générale, des prix très

minimes ne donneraient pas autant de profit que des prix élevés.

La commission dont nous avons déjà eu occasion de citer le rapport à la

Chambre des communes, après avoir constaté l'obligation des directeurs

envers leurs mandans, de maintenir le tarif au point qui donne le plus

de bénéfices, et les inconvéniens qui en résultent pour le public,

continue en ces termes: «Les maux que souffre la classe des pauvres

voyageurs par suite du système de nos chemins de fer, se feront sentir

d'autant plus, que tous les autres moyens de transport à bas prix

disparaîtront.» M. Ritson, trésorier du chemin de fer de Bolton à Bury

explique parfaitement les moyens dont se servent les compagnies pour

écarter toutes ces voitures de transport à bas prix. Voici un extrait

de son interrogatoire.

«--L'ouverture de votre chemin de fer a eu lieu en 1833?--Oui!

--Quel prix avez-vous établi?--2 sh. 6 d. pour les places de 1re

classe et 2 sh. pour la seconde. Nous n'avions pas encore de wagons

découverts; ce n'est qu'au commencement de juin que nous en avons

établi.

--Cette mesure a-t-elle fait augmenter le nombre des voyageurs?

--Elle l'a fait augmenter de beaucoup.

--Vos bénéfices ont-ils augmenté dans une proportion équivalente?

--Nous avons eu un grand nombre de voyageurs de la dernière classe, ce

qui a causé une diminution de ceux des premières.

--Dans le courant de l'été, le 12 juillet, vous avez réduit vos prix?

--Nous réduisîmes la 1re classe à 1 sh. 6 d. Les wagons ne furent pas

modifiés.

--Dites-nous quel motif vous fit réduire le prix des places de 1re et

de 2e classe?

--C'était afin de faire concurrence aux voitures (c'est-à-dire les

faire tomber), qui roulaient encore sur la route de terre. Notre

comité jugea que le prix de la 1re classe était trop élevé à 2 sh. 6

d., prix que demandaient les diligences. Nous obtînmes pour résultat

une augmentation de voyageurs, mais nos recettes furent à peu près les

mêmes qu'auparavant.

--Votre but était de vous emparer du service que faisaient encore les

voitures?

--Nous voulions transporter à notre chemin de fer le mouvement qu'elles

opéraient encore.

--Réussîtes-vous?--Oui!

--Je m'aperçois que le 1er décembre vous avez augmenté le prix des

places de 1re classe de 6 d. (2 sh. 6 d.) et que vous avez supprimé les

wagons découverts entièrement?--Oui.

--Ce fut après que vous eûtes fait tomber les diligences?--Oui.

--Les diligences ont-elles repris leur service?--Non.

--Ainsi donc, vous avez privé le public de l'avantage que lui offraient

les voitures en diminuant vos prix; vous les avez ensuite élevés, et

vous avez supprimé les wagons de 3e classe. Avez-vous augmenté vos

recettes en transportant un plus grand nombre de voyageurs?

--Je ne le crois pas.

--D'après l'état que vous nous avez remis, il paraîtrait qu'en

élevant vos prix le 1er décembre, vous avez augmenté vos recettes en

transportant un nombre moins grand de voyageurs?

--Oui: nous avons eu en moins 7,484 voyageurs et la recette a été de 46

liv. de plus.

--N'est-il pas plus avantageux pour vous, bien qu'il n'y ait qu'une

différence de 46 liv. entre ces deux situations, de transporter 23,951

voyageurs, plutôt que 31,968?

--Le poids transporté par la locomotive est moindre; les droits ne

sont pas aussi élevés, mais nous faisons marcher autant de wagons.»

Ce témoignage démontre suffisamment la puissance irrésistible d'une

compagnie de chemin de fer, et l'inutilité de vouloir lui résister, que

l'on soit riche ou pauvre. Les directeurs ont deux tâches à remplir

envers cette dernière classe. Ils commencent d'abord par établir des

places de 3e classe, afin de faire tomber toute concurrence, et quand

ce but est accompli, ils en ont un second à atteindre qui n'est pas

moins important; c'est d'empêcher les voyageurs de se servir de ces

voitures de 3e classe et de les forcer de prendre celles de 2e classe.

On se rappellera, sans doute, qu'il y a quelques années, les accidens

arrivés sur les chemins de fer furent si nombreux, que le parlement

fut forcé d'intervenir et de limiter le pouvoir jusque-là sans limite

des compagnies; on n'a pas oublié non plus la résistance que les

compagnies, soit individuellement, soit collectivement, opposèrent

à cette intervention. Néanmoins, leur opposition fut inutile et on

confia au bureau du commerce (_Board of trade_) le soin de veiller

sur la vie et les membres des sujets de Sa Majesté. Les compagnies

furent obligées de se conformer à la loi, et la conséquence fut que

dès ce moment les accidens devinrent fort rares. On doit se rappeler

aussi que les victimes de ces accidens étaient presque toutes sans

exception des voyageurs de 3e classe, qui étaient placés tout près de

la locomotive, sans aucune voiture entre elle et eux. Les conséquences

de ce système ne sont que trop connues. _Le Times_ prit l'affaire en

main et il fit cesser l'abus en dépit de l'opposition des compagnies,

en attirant l'attention de l'opinion publique sur un plan aussi

monstrueux que celui d'effrayer la classe pauvre des voyageurs. Il

reste encore assez de moyens aux compagnies pour forcer tous les

voyageurs, à l'exception de ceux qui sont dans l'impossibilité de

payer, à abandonner les places de 3e classe pour prendre celles de

2e; en n'ayant qu'un seul convoi de 3e classe par jour, comme sur le

chemin de Birmingham et Grand-Junction; en le faisant partir à des

heures incommodes, comme sur le Great-Western; en le retenant fort

long-temps en route et en ne lui accordant aucune facilité. Tels sont

les principaux inconvéniens attachés aux places de 3e classe. Sur

quelques chemins de fer, on défend aux hommes de peine de donner aucune

assistance aux voyageurs des wagons (c'est le terme de mépris qu'on

emploie pour les désigner), soit pour prendre leur bagage, soit pour

tout autre service qu'ils pourraient demander. De tous les chemins

de fer du royaume, le Great-Western est celui qui a poussé le plus

loin le système d'abreuver de dégoût les voyageurs de 3e classe, afin

de les obliger à prendre des places supérieures. Les directeurs de

ce chemin ont persisté avec obstination à placer les voyageurs de 3e

classe immédiatement après la machine et le tender, même après que le

danger de cette position fut devenu évident pour tout le monde excepté

pour eux. La vertueuse indignation d'un de ces directeurs alla même

si loin contre ces malheureux voyageurs de 3e classe, qu'il fit la

motion de mêler parmi eux des ramoneurs afin de les forcer à changer

de voiture. Mais il n'était nullement besoin de recourir à des mesures

extrêmes; le but a été atteint aussi bien d'une autre manière. A

l'assemblée générale de la compagnie du chemin de fer le Great-Western,

un actionnaire fit l'observation «qu'il ne croyait pas que la compagnie

se conformât aux intentions du législateur, en fournissant des moyens

de transport aussi mauvais à cette classe de voyageurs que les chemins

de fer avaient privés de ceux qu'elle avait anciennement. Il fit

remarquer que les voyageurs étaient obligés soit de quitter Londres à 9

heures du soir pour monter dans une voiture non couverte, et qu'alors

ils arrivaient à Bristol à 5 h. 20 min. du matin, heure à laquelle il

était difficile de se procurer un abri et de la nourriture, soit de se

trouver à la station à 4 heures du matin, et dans ce cas d'être exposés

à l'inclémence du temps une grande partie de la nuit: son opinion était

que des améliorations dans cette partie du service seraient d'une

grande utilité à la masse de la population.»

Ce digne actionnaire désira connaître le nombre des voyageurs de 3e

classe.

Le secrétaire répondit «que dans l'opinion du directeur, on avait fait

pour le mieux; que l'on ne pouvait pas considérer comme un voyage

de nuit celui qui se faisait en partie pendant le jour; les autres

convois ne transportaient pas des voyageurs de 3e classe, parce que

les désagrémens qu'il était impossible de leur éviter, ne pouvaient

pas être supportés par ceux qui faisaient 40 milles à l'heure.»

Cet excellent secrétaire croyait que les voyageurs de 3e classe

ne découvriraient pas cela eux-mêmes; mais il aurait fallu qu'ils

devinassent d'abord comment une distance de 118 milles ¼, franchie par

la plus grande vitesse en 4 h. ¾, fait terme moyen 40 milles par heure.

Ce n'est guère que 24 milles, et, en supprimant le temps passé aux

stations, 30 milles par heure. Suivant ce secrétaire, il n'y a aucun

désagrément d'être obligé de se lever à 3 h. par une matinée d'hiver,

et de gagner le chemin de fer comme l'on peut, car on ne trouve pas

d'omnibus à cette heure. Si c'est un voyage de jour, il est nouveau. Le

voyage de Londres à Taunton, par les voitures de 1re classe se fait en

6 heures, par les convois mixtes en 7 heures, et par les wagons en 16

h. ½. Exagérons-nous en disant que pour se servir d'un semblable moyen

de transport, il faut y être obligé par la cruelle nécessité, et que

tout homme qui tient à conserver sa santé est forcé, quelle que soit sa

détresse, à prendre une place de 2e classe qui, cependant, si elle est

couverte au-dessus de sa tête, est ouverte sur les côtés et est fort

peu confortable à l'intérieur.

Le résultat de ce système est évident: le secrétaire de cette compagnie

refuse de faire connaître le nombre des voyageurs de 3e classe qu'elle

a transportés. Le nombre des voyageurs de toutes classes était, pour

l'année entière, de 1,606,015; et, pour l'édification des actionnaires,

nous leur apprendrons que le nombre de ceux de 3e classe ne dépassait

pas 100,000!

Railway Reform ou considérations sur la nécessité de réformer les bases du système qui a créé et qui dirige les chemins de fer de la Grande Bretagne, et des moyens à employer pour atteindre ce but. · 第 1 / 10 段