CHAPITRE PREMIER.

_Inconstance de nos actions._

=Trop de contradictions se rencontrent dans l'homme, pour qu'on

puisse les expliquer.=--Ceux qui s'adonnent à la critique des faits

et gestes des hommes ne se trouvent sur aucun point aussi embarrassés

que lorsqu'ils cherchent à grouper ceux émanant d'une même personne,

pour porter sur elle une appréciation d'ensemble, parce que d'ordinaire

ses actes se contredisent de si étrange façon qu'il semble impossible

qu'ils proviennent d'un même individu. Marius le jeune se montra tantôt

par son courage fils de Mars, tantôt par son manque d'énergie fils de

Vénus. Le pape Boniface VIII arrivé, dit-on, au souverain pontificat

en déployant l'astuce du renard, s'y comporta en lion et mourut comme

un chien. Qui croirait que ce fut Néron, la cruauté personnifiée, qui,

lorsque, suivant l'usage, on lui présenta à ratifier une sentence

prononcée contre un criminel, s'écria: «Plût aux dieux que jamais

je n'eusse su écrire!» tant il éprouvait de serrement de cœur à

condamner un homme à mort?--De tels exemples sont en toutes choses si

fréquents, chacun peut en trouver tant par lui-même, qu'il me paraît

extraordinaire de voir quelquefois des gens de jugement se mettre en

peine pour chercher à établir une corrélation entre les actes d'un

homme, attendu que l'irrésolution est, ce me semble, le défaut de notre

nature le plus commun et le plus répandu, témoin ce vers si connu de

Publius le poète comique: «_C'est une mauvaise résolution, que celle

sur laquelle on ne peut revenir._»

=Tout homme a un caractère indéterminé.=--Il y a apparence qu'il est

possible de porter une appréciation sur un homme dont on connaît les

faits les plus habituels de la vie; mais par suite de la versatilité

de nos mœurs et de nos opinions, je crois que les meilleurs auteurs

eux-mêmes ont tort de s'opiniâtrer à donner de nous une idée ferme

et invariable. Ils choisissent l'air qui, d'une manière générale,

semble le mieux convenir à leur personnage, et à cette image ils

rattachent, en les interprétant, toutes ses actions; s'ils ne peuvent

assez les déformer pour les adapter au type qu'ils ont imaginé, ils

l'attribuent à ce que, dans ce cas, celui qu'ils étudient a dissimulé

son caractère.--L'empereur Auguste leur a échappé; on trouve dans ses

actes, durant toute sa vie, une diversité si flagrante, si inattendue

et presque si ininterrompue, que les historiens les plus hardis ont dû

renoncer à le juger dans son ensemble et se résigner à le laisser, tel

qu'il apparaît, sans déterminer son caractère.

=Rien de plus ordinaire en nous que l'inconstance, alors que la

constance en tout ce qui est bon et juste est le propre de la

sagesse.=--Je crois que, chez les hommes, la constance est la chose

la plus malaisée à observer et que rien ne leur est plus familier

que l'inconstance. Celui qui prendrait, pièce par pièce, ce qu'ils

ont dit et fait, qui les examinerait séparément et en détail, serait

le plus à même de dire la vérité sur leur compte. Dans l'antiquité

entière, il serait difficile de trouver une douzaine d'hommes ayant,

sans dévier, dirigé leur vie selon des principes déterminés, ce à quoi

tend la sagesse, laquelle, d'après Sénèque, peut se résumer d'un mot

qui, en une seule règle, embrasse toutes celles de notre vie: «Vouloir

et ne pas vouloir sont toujours une seule et même chose. Je pourrais

ajouter, dit-il, sous condition que ce que nous voulons ou ne voulons

pas soit juste; je ne le fais pas, parce que, si ce n'était pas juste,

notre volonté elle-même ne serait pas toujours une.» De fait, j'ai

autrefois appris que le vice n'est autre qu'un dérèglement et un manque

de mesure; par suite, il n'est pas susceptible de constance.--C'est

Démosthènes qui passe pour avoir dit: «La vertu, quelle qu'elle soit,

commence par se recueillir et délibérer; et la constance, dans ses

résolutions finales, témoigne de sa perfection». Si, avant de nous

engager dans la voie où nous marchons, nous avions bien réfléchi,

nous aurions pris la meilleure de celles qui s'offraient à nous; mais

personne n'y pense. «_Il méprise ce qu'il a demandé, il revient à

ce qu'il a quitté, et, toujours flottant, se contredit sans cesse_

(_Horace_).»

=C'est presque toujours l'occasion qui fait les hommes tels qu'ils

nous apparaissent.=--Notre façon ordinaire d'aller, c'est de suivre

l'impulsion de nos appétits qui nous portent à gauche, à droite, en

haut, en bas, suivant que souffle le vent d'après les occasions.

Nous ne réfléchissons à ce que nous voulons, qu'au moment où nous le

voulons, et changeons de volonté, comme le caméléon de couleur, suivant

le milieu dans lequel on le place. Ce qu'à un moment nous avons décidé,

nous ne tardons pas à le changer, et, bientôt après, revenons sur nos

pas; nous ne faisons qu'osciller et faire preuve d'inconstance: «_Nous

sommes conduits, comme l'automate, par des fils qui nous font mouvoir_

(_Horace_).» Nous n'allons pas, on nous emporte, comme il arrive

des corps flottants, ballottés tantôt doucement, tantôt violemment,

selon que les flots sont calmes ou irrités. «_Ne voyons-nous pas

l'homme chercher toujours, sans savoir ce qu'il veut et changer

continuellement de place, comme s'il pouvait ainsi se décharger de son

fardeau_ (_Lucrèce_).» Chaque jour c'est une fantaisie nouvelle, et nos

dispositions d'esprit varient comme le temps qui se renouvelle sans

cesse: «_Les pensées des hommes changent chaque jour que Jupiter leur

envoie_ (_Cicéron, d'après Homère_).»

Nous flottons entre divers partis à prendre; nous ne nous décidons sur

rien par nous-mêmes, sur rien d'une façon absolue, sur rien d'une façon

immuable.--Chez qui aurait adopté des principes définis, une ligne de

conduite déterminée et se serait fait une loi de s'y conformer, nous

verrions, durant sa vie entière, tout en lui se distinguer par une

régularité, un ordre constants, et nous retrouverions dans tous ses

actes une relation infaillible, bien éloignée en cela de cette énormité

que constatait Empédocle chez les Agrigentins qui s'abandonnaient aux

plaisirs comme s'ils devaient mourir le lendemain, et construisaient

leurs demeures et leurs palais comme s'ils ne devaient jamais cesser

d'être; la raison en serait bien facile à donner. Chez Caton le jeune,

tout est à l'unisson, comme lorsque sur l'une des touches d'un clavier

on vient à poser le doigt: c'est une harmonie de sons en accord

parfait, qui jamais ne se dément. Chez nous, au contraire, chacune de

nos actions comporte un jugement particulier, et, à mon sens, il serait

plus sûr d'en rapporter les causes aux circonstances du moment, sans

plus longue recherche et sans vouloir en déduire d'autres conséquences.

Pendant les désordres qui ont agité notre malheureux pays, on m'a

rapporté qu'une fille, tout près d'un endroit où je me trouvais,

s'était précipitée par une fenêtre, pour échapper aux brutalités d'un

mauvais garnement de soldat qu'elle avait à loger. Elle n'était pas

morte sur le coup et, pour s'achever, avait voulu se couper la gorge

avec un couteau, mais on l'en avait empêchée. En ce triste état, elle

confessa que le soldat n'avait fait que lui déclarer sa passion, la

presser de ses sollicitations et lui offrir des cadeaux, mais qu'elle

avait craint qu'il n'arrivât à vouloir la violenter; d'où, des paroles,

une attitude et ce sang témoignage de sa vertu, comme s'il se fût

agi d'une autre Lucrèce. Or, j'ai su d'une manière certaine qu'avant

et après cet événement, elle s'était montrée de beaucoup plus facile

composition. Comme dit le conte: «Tout beau et honnête que vous soyez,

si vous n'avez pas été agréé par votre maîtresse, n'en concluez pas,

sans plus ample informé, à une chasteté à toute épreuve; ce n'est pas

une raison pour que le muletier n'y trouve accès à son heure.»

Antigone, qui avait pris en affection un de ses soldats pour son

courage et sa vaillance, prescrivit à son médecin de lui donner ses

soins, pour un mal interne dont il souffrait depuis longtemps. Ayant

remarqué, après sa guérison, qu'il s'exposait beaucoup moins dans les

combats, il lui demanda ce qui l'avait ainsi changé et rendu poltron:

«C'est vous-même, Sire, lui répondit-il, en me déchargeant des maux qui

faisaient que je ne tenais pas à la vie.»

Un soldat de Lucullus avait été dévalisé par l'ennemi; pour se venger,

il exécuta contre lui un coup de main remarquable. Il s'était amplement

dédommagé de ses pertes, et Lucullus, qui avait conçu de lui une bonne

opinion, voulant l'employer à une expédition hasardeuse, s'efforçait de

l'y décider, usant à cet effet de ses plus beaux moyens de persuasion,

«_en des termes à donner du cœur au plus timide_ (_Horace_)», celui-ci

lui répondit: «_Employez-y quelque misérable soldat qui ait été

dévalisé»: «Tout grossier qu'il était: «Ira là, dit-il, qui aura perdu

sa bourse_ (_Horace_)»; et il s'y refusa obstinément.

=Essentiellement variable, l'homme est tantôt humble, tantôt

orgueilleux, etc.=--Mahomet II avait outrageusement rudoyé Chassan,

chef de ses Janissaires, dont la troupe avait été refoulée par les

Hongrois et qui s'était lui-même lâchement comporté au combat.

Pour toute réponse, Chassan, seul, sans rallier personne autour

de lui, se précipite comme un furieux, le sabre à la main, sur la

première troupe ennemie qui se présente, où il disparaît en un clin

d'œil comme englouti. En cela il n'a pas tant été mû par le désir

de se réhabiliter, que par un revirement de sentiments; ce n'est

pas tant l'effet d'un courage naturel, que du dépit qu'il venait

d'éprouver.--Celui que vous avez vu hier si téméraire, ne vous étonnez

pas de le voir demain tout aussi poltron. La colère, la nécessité, la

compagnie ou bien le vin, voire même un son de trompette lui avaient

mis le cœur au ventre; ce n'était pas le raisonnement qui lui avait

donné du courage, mais les circonstances; ne nous étonnons donc pas

s'il est devenu autre, quand les circonstances se sont elles-mêmes

modifiées du tout au tout. Cette variation et cette contradiction qui

se voient en nous si souples à passer d'un état à un autre, ont donné

à penser à certains que nous avons en nous deux âmes, d'autres disent

deux forces, qui ont action simultanément sur nous chacune dans son

sens, l'une vers le bien, l'autre vers le mal; une âme, une force

uniques ne pouvant se concilier avec une aussi brusque diversité de

sentiments.

Non seulement le vent des événements m'agite suivant d'où il vient,

mais de plus je m'agite moi-même et me trouble par l'instabilité de la

position en laquelle je suis; qui s'examine de près, ne se voit guère,

en effet, deux fois dans le même état. Je donne à mon âme tantôt un

aspect, tantôt un autre, suivant le côté vers lequel je me tourne.

Si je parle de moi de diverses manières, c'est que je me regarde de

diverses façons; toutes les contradictions s'y rencontrent, soit sur

le fond, soit dans la forme: honteux, insolent; chaste, luxurieux;

bavard, taciturne; laborieux, efféminé; ingénieux, hébété; chagrin,

débonnaire; menteur, sincère; savant, ignorant; libéral et avare

autant que prodigue; tout cela, je le constate en quelque façon chez

moi, selon qu'un changement s'opère en moi; et quiconque s'étudie

bien attentivement, reconnaît également en lui, et jusque dans son

jugement, cette même volubilité de sentiments et pareille discordance.

Je ne puis porter sur moi un jugement complet, simple, solide, sans

confusion ni mélange, ni l'exprimer d'un seul mot. Quand je traite ce

point,«_Distinguo_» est un terme auquel il me faut constamment recourir.

=Pour être véritablement vertueux il faudrait l'être dans toutes les

circonstances de la vie.=--Bien que je sois toujours d'avis qu'il

faut dire du bien de ce qui est bien, et prendre plutôt en bonne part

tout ce qui se prête à être envisagé de la sorte, pourtant notre

organisation est si singulière que souvent le vice lui-même nous pousse

à bien faire, si une action ne devait être jugée bonne que d'après

l'intention qui l'a inspirée; c'est pourquoi un acte de courage ne

saurait nous porter à conclure que celui qui l'a accompli est un homme

valeureux; celui-là seul le serait bien effectivement qui le serait

toujours et en toutes occasions.--Si la vertu était chez quelqu'un à

l'état d'habitude et non un fait passager, elle ferait qu'il montrerait

toujours la même résolution, quelque accident qui lui survienne; il

serait le même, qu'il soit seul ou en compagnie; le même en champ clos

ou dans une mêlée; car, quoi qu'on en dise, la vaillance n'est pas une

dans la rue et autre aux camps. Il supporterait aussi courageusement

une maladie dans son lit qu'une blessure à la guerre et ne craindrait

pas plus la mort dans sa demeure que dans un assaut; nous ne verrions

pas un même homme se lançant au travers d'une brèche avec une bravoure

que rien n'arrête, se tourmenter ensuite, comme une femme, de la perte

d'un procès ou d'un fils. Chez celui qui est lâche devant l'infamie

et ferme dans la pauvreté, sensible sous le rasoir du barbier et

insensible en face des épées de ses adversaires, l'acte est louable,

lui-même ne l'est pas.--Il est des Grecs, dit Cicéron, qui ne peuvent

soutenir la vue des ennemis et qui se montrent résignés quand ils sont

malades; l'inverse se produit chez les Cimbres et les Celtibériens:

«_Rien n'est stable, dont le point de départ n'est pas un principe

invariable_ (_Cicéron_).»

=Peu d'hommes ont de belles qualités qui ne présentent des taches.=--Il

n'est point de vaillance plus grande en son genre que celle d'Alexandre

le Grand, et cependant chez lui-même elle ne se reproduit pas en

tout; elle ne s'applique qu'à un ordre de choses déterminé, encore

n'y atteint-elle pas toujours sa plénitude; et, bien qu'incomparable,

elle présente cependant encore des taches. C'est ce qui fait que

nous le voyons si éperdument troublé aux plus légers soupçons qu'il

a de complots que son entourage peut tramer contre sa vie, et que,

dans ses recherches pour les déjouer, il se montre d'une si violente

injustice dépassant toute mesure et témoigne d'une crainte tout

à fait en dehors du jugement dont il fait preuve d'ordinaire. La

superstition à laquelle il était si fortement enclin, ressemble bien

aussi à de la pusillanimité, et l'excès de pénitence qu'il s'impose

après le meurtre de Clitus, est également un signe de l'inégalité de

son courage.--Nous sommes un composé de pièces rapportées, et voulons

qu'on nous honore quand nous ne le méritons pas.--La vertu ne veut être

pratiquée que pour elle-même; si, dans un autre but, on lui emprunte

parfois son masque, elle nous l'arrache aussitôt du visage. Quand

notre âme en est pénétrée, elle forme comme un vernis vif et adhérent,

qui fait corps avec elle, et, si on veut l'en arracher, elle emporte

le morceau.--Voilà pourquoi, pour juger d'un homme, il faut suivre

longuement sa trace, fouiller sa vie, et, si la constance n'apparaît

pas comme le principe fondamental de ses actes, «_dans la route qu'il

s'est choisie_ (_Cicéron_), si son allure, ou plutôt sa voie, car

il est licite d'accélérer ou de ralentir l'allure, s'est modifiée

suivant les circonstances diverses dans lesquelles il s'est trouvé,

abandonnons-le; comme la girouette, il va tournant comme vient le vent,

suivant la devise de notre Talbot.

=Notre inconstance dans la vie vient de ce que nous n'avons pas de

règle de conduite bien définie.=--Ce n'est pas merveille, dit Sénèque,

que le hasard puisse tant sur nous, puisque c'est par lui que nous

existons. Celui qui n'a pas orienté sa vie, d'une façon générale,

vers un but déterminé, ne peut, dans ses diverses actions, en agir

pour le mieux; n'ayant jamais eu de ligne de conduite, il ne saurait

coordonner, rattacher les uns aux autres les actes de son existence.

A quoi bon faire provision de couleurs, à qui ne sait ce qu'il est

appelé à peindre? Personne ne détermine d'un bout à l'autre la voie

que, dans sa vie, il projette de suivre; nous ne nous décidons que par

tronçon, au fur et à mesure que nous avançons. L'archer doit d'abord

savoir le but qu'il doit viser, puis il y prépare sa main, son arc,

sa corde, sa flèche et ses mouvements; nos résolutions à nous se

fourvoient, parce qu'il leur manque une orientation et un but. Le vent

n'est jamais favorable pour qui n'a pas son port d'arrivée déterminé à

l'avance.--Je ne partage pas l'avis exprimé par ce jugement qui, sur

le vu d'une de ses tragédies, déclare Sophocle, contre le dire de son

fils, capable de diriger ses affaires domestiques.--Je ne trouve pas

davantage bien logique la déduction admise par les Pariens envoyés

pour réformer le gouvernement des Milésiens: après avoir visité l'île,

relevé les terres les mieux cultivées, les exploitations agricoles

les mieux tenues et pris les noms de leurs propriétaires, dans une

assemblée de tous les citoyens tenue à la ville, ils mirent à la tête

de l'État et investirent de toutes les charges de la magistrature ces

mêmes propriétaires, estimant que le soin qu'ils apportaient à leurs

affaires personnelles était garant de celui avec lequel ils géreraient

les affaires publiques.

=La difficulté de porter un jugement sur quelqu'un en connaissance

de cause devrait retenir beaucoup de gens qui s'en mêlent.=--Nous

sommes tous formés de pièces et de morceaux, assemblés d'une façon si

informe et si diverse, que chaque pièce joue à tous moments; d'où,

autant de différence de nous à nous-mêmes que de nous à autrui: «_Soyez

persuadés qu'il nous est bien difficile d'être toujours le même_

(_Sénèque_).»--Puisque l'ambition peut amener l'homme à être vaillant,

tempérant, libéral et même juste; puisque l'avarice peut donner du

courage à un garçon de boutique, élevé à l'ombre et dans l'oisiveté;

le mettre assez en confiance pour qu'il s'aventure au loin du foyer

domestique, dans un frêle bateau, à la merci des vagues et de Neptune

en courroux, qu'elle va jusqu'à enseigner la discrétion et la prudence;

que Vénus elle-même arme de résolution et de hardiesse le jeune homme

encore soumis à l'autorité et aux corrections paternelles, et fait oser

la pucelle au cœur tendre, encore sous l'égide de sa mère: «_Sous

les auspices de Vénus, la jeune fille passe furtivement à travers ses

gardiens endormis, et seule, dans les ténèbres, va rejoindre son amant_

(_Tibulle_)»; ce n'est pas le fait d'un esprit réfléchi, de nous juger

simplement sur nos actes extérieurs; il faut sonder nos consciences et

voir à quels mobiles nous avons obéi. C'est là une tâche élevée autant

que difficile, et c'est pourquoi je voudrais voir moins de gens s'en

mêler.

Essais de Montaigne (self-édition) - Volume I · 第 242 / 295 题