VII

Si à chanter tes louanges parfois je me risque, je n'ose dans mes

vers ton grand nom exprimer; sondant le moins profond de cette vaste

mer, je tremble de m'y perdre et aux rives m'assure. En te louant

mal, je crains de te faire injure tandis que, d'autre part, la foule

qu'intriguent ces éloges répétés, brûlant de te connaître, essaie

de deviner et va à l'aventure s'enquérant de ton nom vénéré; mais

ébloui, si visible qu'il soit il ne le voit pas. Ce public grossier

ne te découvre pas; il en a le moyen cependant, mais ne s'en avise

pas: que ne compare-t-il du monde toutes les perfections, et, entre

toutes, que ne distingue-t-il la plus parfaite; si alors il peut

encore parler, qu'il crie hardiment: La voilà!

Essais de Montaigne (self-édition) - Volume I · 第 189 / 295 题