1
Trois compagnons sont arrivés
Devant la porte d'un chevalier.
Gentil Seigneur,
L'Aiguilloné
Il faut donner
Aux compagnons.
2
Ici souffle le vent d'antan.
Ouvrez la porte, nous entrerons.
3
Braves gens, allumez la chandelle,
Nous vous portons une grande nouvelle.
4
Pour Noël, écoutez bien,
Jésus va naître à Bethléem.
5
Donnez-nous au moins un petit berceau.
Pour y coucher le Sauveur.
6
Donnez-nous une violette,
Pour mettre dans sa petite main.
7
Enseignez-nous une chanson,
Pour faire rire le petit enfançon.
Etc., etc.
Ainsi se continuent indéfiniment les couplets de l'Aguilloné qui se
termine toujours par des souhaits, en rapport avec l'aumône reçue ou
refusée.
Si les chanteurs ne reçoivent rien, ils disent les choses les plus
désagréables, par exemple:
_Diou bous counserbe la santat
Coumo l'aygo déguens tin bergat._
Dieu vous conserve la santé
Comme l'eau dans un panier percé.
Mais s'il se trouve un donateur généreux, on souhaite toutes sortes de
prospérités à sa maison, par exemple:
_Lou boun Diou bous doungo aoutant d'aoucats
Coumo d'herbetto deguens tous prats._
Que le bon Dieu vous donne autant d'oies
Qu'il y a de brins d'herbes dans les prés.
_Diou benasisco aquesto maysoun,
Mous an baillat caoucoun dé boun._
Dieu bénisse cette maison,
Car on nous a donné quelque chose de bon.
Cette chanson, comme on le voit par le texte lui-même, se rapporte
surtout à la fête de Noël. Elle est chantée à l'occasion des quêtes qui
ont lieu pendant tout le mois de décembre.
La chanson traditionnelle que répètent les enfants, pendant le temps
de l'Avent, la vieille chanson de quête, _aux environs de Rouen_, est
encore celle-ci:
Aguignette,
Miettes, miettes,
J'ons des miettes dans not' pouquette,
Pour les jeter à vos poulettes.
Si elles pondent de gros oeufs,
La maîtresse, donnez-m'en deux!
Aguignolo!
_Dans les environs de Ploërmel, la veille de Noël_, quand le soir
arrive, des enfants, réunis par petits groupes de trois ou quatre, vont
de porte en porte, éclairés par une bougie que tient le chef de la
bande. Ils posent d'abord à la maîtresse de maison cette question:
«Faut-il chanter Noé?» Si la réponse est affirmative, ils entonnent le
couplet suivant:
Chantons Noé,
Ma bonne femme,
Chantons Noé,
Vous et moi.
Pour eun' pomm', pour eun' peire,
Pour un p'tit coup d' cidr' à beire,
Chantons Noé, etc.
Puis, après avoir reçu quelques sous ou quelques friandises, ils s'en
vont à une autre porte répéter la même chanson.
Dans certaines paroisses des _Hautes-Pyrénées_, situées entre Lourdes
et Bagnères, les enfants s'en vont, _le matin de la veille de Noël_,
«musiquer» devant chaque maison; on donne à chacun un petit pain fait
exprès par la ménagère. Régulièrement, les enfants pauvres seuls
devraient aller à cette distribution d'aumônes, mais, par camaraderie
et par amusement, les enfants des familles aisées se joignent à eux. On
désigne ces joyeux quêteurs sous le nom patois de «Eis allégrès», en
français «les joyeux»; ce mot n'est jamais employé qu'à Noël.
Dans la _vallée d'Arros_, au centre du même département, il y a trente
ans, les enfants couraient de même, de maison en maison, _la veille de
Noël_, pour demander «la prouesse», c'est-à-dire des pommes, des noix et
des friandises. Cet usage a à peu près disparu.
Dans le _pays d'Auribat_ (Landes), les enfants de la campagne se
forment en groupes joyeux, _la veille de Noël_. Ils vont solliciter
des offrandes devant toutes les maisons _où il y a eu un baptême dans
l'année_. Ils chantent alors un refrain connu vulgairement sous le nom
de _lou Piguehoü_:
Pigue hoü, hoü, hoü
Pigue talhe, talhe, talhe
Dat loumouyne à le canalhe.
Pigue hus, hus, hus
Les miches à ca de dus.
Pigue, hégn, hégn, hégn
Lé maye part que si lou mégn.
Pigue hoü, hoü, hoü
Pigue, taille, taille, taille,
Donnez l'aumône à la marmaille.
Pigue hus, hus, hus.
Les miches[83] à chacun d'eux
Pigue hégn, hégn, bégn
La plus grande portion que ce soit la mienne.
[Note 83: Pain d'anis.]
Malheur à celui qui ferait la sourde oreille; les enfants, de leur ton
le plus aigu, hurleraient un refrain vengeur, mais trop grossier pour
pouvoir être reproduit.