Le gouvernement provisoire albanais qui, sous la direction d'Ismaïl
Kemal bey, a été assumé par quelques hommes représentant
l'«intelligence» albanaise, a envoyé des délégués à Londres. Il demande la
reconnaissance de l'Albanie sous la forme la plus étendue qu'il soit
possible de lui donner. Dans leur projet, les Albanais englobent toutes
les régions où se trouvent des groupements albanais sans se soucier de
savoir si, sur certaines fractions du territoire ainsi constitué,
existent d'autres populations serbes, grecques ou bulgares plus
nombreuses que des groupements albanais. Les auteurs du projet albanais
ne considèrent pas davantage ce fait que beaucoup d'Albanais qui se
trouvent en Vieille-Serbie, par exemple, n'y sont que par l'effet de
massacres antérieurs, massacres exécutés systématiquement par les
Albanais dans les cinquante dernières années aux dépens des Serbes, et
dont aujourd'hui il semble excessif de vouloir conserver le bénéfice aux
dépens des Serbes victorieux.
Quoi qu'il en soit, il est inutile d'insister davantage sur le projet
albanais, car il n'a aucune chance d'être adopté. Ses frontières qui ne
laissent aux Monténégrins, aux Serbes et aux Grecs à peu près rien des
avantages de la guerre sont si manifestement excessives que le
gouvernement de Vienne lui-même ne soutient pas devant l'Europe le tracé
demandé par le gouvernement provisoire albanais.