La crise balkanique a pour conséquence une crise européenne qui, en
réalité, constitue le véritable danger pour la paix entre les grandes
puissances. Le gouvernement de Vienne, en dépit de toutes les
concessions faites par les Serbes (renonciation à un port serbe sur
l'Adriatique, satisfaction donnée pour l'incident Prochazka, offre de
négocier pour établir de meilleurs rapports économiques, etc.), n'a pas
démobilisé.
Pourquoi donc l'Autriche-Hongrie reste-t-elle prête à entrer en guerre
au risque d'y entraîner le continent tout entier?
Le gouvernement de Vienne a cette attitude uniquement en raison de la
question d'Albanie dont le règlement va bientôt concentrer l'attention
de l'Europe.
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La véritable Albanie est une région toute spéciale, divisée en une série
de cloisons étanches dont les montagnes forment les parois et qui
communiquent par un petit nombre de passages. Sur ce territoire, sans
routes, sans industrie, sans commerce, vivent chichement environ
1.330.000 d'Albanais (1 million de musulmans, 240.000 orthodoxes, 90.000
catholiques romains). Tous ces chiffres sont approximatifs. L'Albanais,
indomptable et rebelle, exècre le contact des étrangers. Il vit en
chassant ou en faisant paître ses troupeaux. Il ne reconnaît que la loi
des chefs de clans, clans qui se rattachent à de nombreuses tribus.
Encore dans la condition du moyen âge, la population albanaise est dans
sa presque totalité sans aucune instruction, mais la race est
susceptible de grands progrès, car on connaît des Albanais qui, au
service de la Turquie, ont fait preuve d'une vive et fine intelligence
et il existe aujourd'hui un petit groupe d'Albanais d'une culture
occidentale qui tiennent parfaitement leur place dans les milieux les
plus raffinés.
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La conférence des ambassadeurs à Londres a bien décidé, dès ses
premières réunions, qu'il y aurait une Albanie autonome, _sous le
contrôle et la garantie des puissances_, point essentiel à remarquer et
à retenir. Mais ce n'est rien que de décréter le principe de l'autonomie
de l'Albanie, principe en harmonie d'ailleurs avec la formule: «Les
Balkans aux peuples balkaniques», la vraie difficulté est de délimiter
l'Albanie. C'est là une tâche singulièrement ardue car, en réalité,
l'expression «Albanie» désigne une contrée dont les frontières peuvent
varier au nord, au sud et à l'est dans d'extraordinaires proportions,
selon le point de vue auquel on se place, et les intérêts que l'on veut
servir.
Nous allons donc tenter d'exposer les difficultés de la délimitation
albanaise en même temps que sa portée européenne.
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Il y a trois projets de délimitation de l'Albanie:
Le projet albanais;
Le projet autrichien;
Le projet des alliés balkaniques intéressés (Monténégrins, Serbes,
Grecs).
Indiqués par des traits nettement distincts sur la carte ci-dessous, il
est aisé de constater d'un coup d'oeil à quel point ces projets
diffèrent entre eux comme étendue de territoire englobé, et de mesurer
ainsi les difficultés à vaincre pour arriver à un accord définitif et
satisfaisant pour les parties en cause.