Ce sont des images paisibles, reposantes, d'une gravité douce ou d'une
saine gaieté, que ces «tableaux d'armistice», saisis tout dernièrement
par l'objectif autour d'Andrinople; pourtant, au lendemain du jour où,
les négociations rompues, les deux adversaires, après un repos de deux
mois, ont recommencé la lutte, ils prennent un caractère émouvant,
douloureux; et une impression de grande pitié s'en dégage. C'est fini
maintenant de pleurer les morts, de danser et de rire! Les plaines
d'Andrinople sont redevenues des champs de bataille.
Pendant la trêve, un des premiers soins de l'état-major bulgare avait
été de donner aux soldats tombés dans les combats du mois de novembre,
une sépulture convenable: un peu de terre remuée, une simple croix,
marquent désormais les tombes de ces braves. La photographie reproduite
aux pages suivantes évoque non sans grandeur la funèbre besogne du
fossoyeur.
[Illustration: Pas d'armistice pour la vermine...]
Ce pieux devoir accompli, il restait à célébrer solennellement le
courage des morts. Les premières assises d'un monument, commémoratif
d'un beau fait d'armes, ont été placées sur le sommet du mont Kartal
Tepe, au sud-ouest d'Andrinople: c'est là que, après s'être emparé de la
position, le 30e régiment bulgare de Chéinovo résista victorieusement,
dans les combats des 8, 12 et 13 novembre, à l'attaque d'une division
turque et fut décimé dans la lutte héroïque. Cependant, dans le vaste
camp établi autour de la ville cernée de toutes parts, une vie
tranquille, presque normale, s'était peu à peu organisée. Aux heures
chaudes du jour, on pouvait voir des soldats occupant les loisirs de
l'armistice à des soins de toilette qui sans doute n'étaient point
superflus: la recherche, par exemple, sur leurs vêtements et leur linge,
d'ennemis minuscules et irritants, qui, eux, n'avaient pas fait trêve...
D'autres, au son de la «gaïda»--la cornemuse bulgare--improvisaient,
devant les tranchées, une danse du pays, pour la plus grande joie de
leurs camarades, assemblés en cercle autour d'eux. Plaisirs simples de
jeunes hommes insouciants malgré les incertitudes de la guerre, auxquels
déjà succèdent de rudes fatigues et de périlleux efforts!
[Illustration: PENDANT L'ARMISTICE, AUTOUR D'ANDRINOPLE.--La danse du
pays, au son de la _gaïda_ bulgare.--_Photographies du sous-lieutenant
G. Stainoff._]
[LES PLAINES GLACÉES D'ANDRINOPLE OU L'ON VA RECOMMENCER A SE BATTRE
Pendant la trêve, les Bulgares ont recouvert d'un peu de terre leurs
morts des combats de novembre, et ont planté des croix sur ces pauvres
tombes. _Photographie communiquée par le sous-lieutenant G. Stainoff, du
30e régiment d'infanterie._]
[Illustration: Ensemble des batteries, tranchées, réseaux de fil, de
fer, etc., constituant un ouvrage.
Route militaire unissant les divers ouvrages avec chemin de fer à voie
étroite.
Les ouvrages fortifiés défendant Janina au sud, contre l'armée grecque
venant par la route de Preveza.]