Caroline de Bourbon, fille du roi François Ier, roi de Naples, qui, en
1816, à dix-huit ans épousa le duc de Berry, clôt dignement cette liste
des princesses de Bourbon bibliophiles. D'un esprit très vif, très
naturel, aimant les lettres et les arts, la duchesse de Berry, même après
l'assassinat de son mari, en 1820, resta la protectrice des artistes et
des gens de lettres. Sa collection de tableaux, et la collection de
livres qu'elle s'était formée au château de Rosny, furent également
célèbres. Les événements de 1830 les dispersèrent l'une et l'autre.
La bibliothèque du château de Rosny fut une des mieux choisies, des plus
élégantes, par ses exemplaires et par ses reliures, que l'on ait comptées
dans la première moitié de ce siècle. Les livres en étaient presque tous
timbrés sur le plat recto aux armes de la duchesse: _de France à la
bordure engrêlée de gueules qui est de Berry, accolé des Deux-Sicile_;
sur le plat verso, de son chiffre C couronné. La vente en eut lieu du 20
février au 23 mars 1837, dans la salle de la galerie de Bossange père,
rue de Richelieu 60. Le _Catalogue_[3], où figurent, sur la feuille de
titre, les armes de la Duchesse, très finement gravées en taille douce,
entourées de la cordelière des veuves et de deux branches de lis,
comprend 2,578 numéros pour les livres, et 74 pour les estampes. La
théologie y forme 141 articles, la jurisprudence 36, les sciences et arts
445, les belles-lettres 565, l'histoire 1,163, les manuscrits 86, les
lettres autographes 54.
[3] Catalogue de la riche bibliothèque de Rosny, dans laquelle se
trouvent les grands et beaux ouvrages à figures, tant anciens que
modernes, publiés en France, en Angleterre, et en Italie, dont
plusieurs sur peau de vélin, avec les dessins originaux
(exemplaires uniques), une collection de quatre-vingt-dix
manuscrits très précieux et de la plus haute antiquité, dont la
vente aura lieu... par le ministère de Me Bataillard. _Paris,
Bossange père, Techener et Bataillard_, in-8º de 264 pages. \#
L'auteur de la préface considère comme «superflu» l'éloge de cette
bibliothèque, où «chaque article annonce presque toujours le plus bel
exemplaire, enrichi de gravures, de portraits, ou d'une riche et élégante
reliure. Les manuscrits doivent exciter la curiosité à un très haut
degré. Depuis plus de 30 ans, ajoute-il, il ne s'était pas présenté de
collection aussi précieuse, sous le rapport de l'antiquité historique;
une grande partie de ces richesses ont été recueillies par le célèbre
Pithou.»
Parmi les livres, on remarquait un _Rituel de l'Abbaye royale de
Saint-Germain des Prés_, ms. sur vélin, pet. in-fol., offert à
Anne d'Autriche dont il porte les armes; les _Roses_ représentées
en 170 dessins originaux de Redouté, peintes sur peau vélin,
renfermées en six portefeuilles gr. in-fol., qui avaient coûté
trente mille francs; l'_Herbier de l'amateur_, par Mordant de
Launoy et Loiseleur Des Longchamps, avec 526 dessins originaux
de Bessa, sur beau vélin, en six étuis; la collection d'estampes,
connue sous le nom de _Cabinet du roi_, 24 vol. in-fol., épreuves
de choix et de la plus parfaite conservation; _Peintures Persanes
et Mongoles_, représentant des costumes, rel. orientale; les
_Poésies de Malherbe_, Didot, 1777, in-4º, exemplaire unique, sur
vélin; une curieuse collection de romans du commencement du XIXe
siècle, en éditions originales (330 numéros).
Des manuscrits, nous mentionnerons seulement le _Code
Théodosien_, ms. du VIe siècle, qu'une note de F. Pithou dit
avoir servi à Cujas pour sa publication des Codes; le _Roman de
la Rose_, ms. sur vélin, du XIIIe siècle; le _Roman de Gaides_,
en vers, ms. de la fin du XIIIe siècle.
Dans un tome des _Œconomies Royales_ de Sully, édition originale
imprimée à Sully, se trouvait cette note de la main de la duchesse de
Berry:
Le procédé de la Cour a certainement quelque chose de bien
singulier. Ce serait un mystère absolument incompréhensible si
l'on ne sçavait dans quelles variations est capable de se jetter
un prince livré à l'irrésolution, à la timidité et à la paresse.
En matière d'Etat rien n'est pire que cet esprit d'indécision. Il
ne faut, dans les conjonctures difficiles, tout abandonner ni
tout refuser au hasard, mais après avoir choisi un but par les
réflexions sages et froides, il faut que toutes les démarches
qu'on fait décident à y parvenir.
Le défaut de tous les esprits qui n'ont jamais embrassé que de
petites et frivoles intrigues et, en général, de tous ceux qui
ont plus de vivacité que de jugement, est de se représenter ce
qui est proche de manière à s'en laisser éblouir, et de ne voir
ce qui est loin qu'au travers d'un nuage.
Quelques livres, ayant appartenu à sa fille, Louise-Marie-Thérèse
d'Artois, née en 1819, appelée jusqu'en 1830 Mademoiselle, et mariée, en
1845, à Charles III, duc de Parme, étaient timbrés de l'écusson en
losange: _de France, à la bordure crénelée de gueules_.
Quelques années avant la mort de la duchesse en 1870, eut lieu une
seconde vente de manuscrits lui ayant appartenu.[4] Cette collection
avait été distraite de la première, et ne comprenait que 35 articles. La
vente produisit 98,075. Un seul _Livre d'heures_ fut adjugé au prix de
60,000 francs pour le Musée des Souverains.
[4] _Catalogue des manuscrits très précieux des XIIIe et XVIIe
siècles composant la collection de Mme la duchesse de B***_ (par
M. Paul Meyer), _dont la vente aura lieu le mardi 22 mars 1864_;
Paris, in-8, de 36 pp.
X
Le temps et plus encore les révolutions, ont détruit ou dispersé ces
richesses. Ce qui en reste dans nos grands dépôts littéraires est, sauf
un petit nombre, comme noyé et perdu dans la foule des livres vulgaires.
Il est cependant un lieu privilégié, où l'on peut encore se faire une
idée de ces belles collections royales, dont les débris sont aussi
précieux par les souvenirs historiques qui s'y rattachent que pour
l'histoire de cet art de la reliure qui atteignit en France une si
admirable perfection. Nous voulons parler de Versailles. C'est à la
bibliothèque de la ville de Versailles, si heureusement installée dans
l'ancien Hôtel du Dépôt des papiers de la guerre, de la marine et des
affaires étrangères, bâti de 1761 à 1762 par le père du maréchal
Berthier, qu'il faut aller pour avoir une idée de ce que pouvaient être
les collections littéraires des princes de la maison de France. Cette
Bibliothèque, en effet, est en grande partie composée des bibliothèques
privées du Roi, des princes et princesses de la famille royale, qui se
trouvaient dans les appartements du château à l'époque de la Révolution.
[Illustration: deco]
[Illustration: deco]
AVANT-PROPOS I
ROIS ET PRINCES 1
REINES ET PRINCESSES 63
[Illustration: deco]
[Illustration: deco]
_Achevé d'imprimer_
Le huit juillet mil neuf-cent-un
PAR
FRÉDÉRIC EMPAYTAZ
_A VENDOME_
[Illustration: deco]
Collection du Bibliophile Parisien
OUVRAGES PARUS:
Les Mystifications de Caillot-Duval
par =LOREDAN-LARCHEY=
_Choix de ses lettres les plus amusantes avec les réponses de ses
victimes_