Une autre princesse de la maison de Bourbon, petite-fille de cette
princesse de Condé dont nous avons parlé à propos de la vente d'Anet,
mérite de prendre place parmi les Bourbons bibliophiles. C'est
Louise-Elisabeth de Bourbon, princesse de Conti, née à Versailles le 22
novembre 1693. Elle était petite-fille du grand Condé, et le troisième
des neuf enfants de Louis III, duc de Bourbon, dit Monsieur le duc, mort
en 1710, et de Mademoiselle de Nantes, la caustique chansonnière. Elle
avait pour frères le duc de Bourbon, premier ministre sous Louis XV, le
comte de Charolais, d'étrange mémoire, et le comte de Clermont, qui fut à
la fois abbé de Saint-Germain des Prés et général d'armée; pour sœurs
cadettes, Mademoiselle de Charolais, Mademoiselle de Clermont, la
touchante héroïne du roman de Mme de Genlis, Mademoiselle de Vermandois,
qui faillit épouser Louis XV, et Mademoiselle de Sens, toutes mortes
avant elle, ainsi que ses trois frères. A l'âge de vingt ans, elle avait
épousé, le 9 juillet 1713, son cousin germain, Louis-Armand de Bourbon,
prince de Conti, fils de ce prince de Conti si bien doué pour la guerre,
élu roi de Pologne en 1697, et de Marie-Thérèse de Bourbon-Condé, sœur
de la duchesse du Maine et de cette dernière duchesse de Vendôme dont
nous avons vu hériter sa grand'mère, la princesse douairière de Condé.
Restée veuve, en 1727, d'un mari spirituel comme toute sa race, mais
contrefait et peu fidèle, elle avait montré une âme forte, un esprit
élevé et libre, dont avait hérité son fils, ce prince de Conti si cher
aux parlementaires. Lors de sa mort, arrivée le 27 mai 1775, un an avant
celle de son fils, un contemporain la dépeignait ainsi: «J'ai vu avec
vénération la douairière de la maison, la princesse de Conti, plus
qu'octogénaire et le seul reste de la vieille cour. Un air de majesté
imprimé sur sa figure n'a pas besoin d'être relevé par le luxe des
vêtements, par la pompe du cortège. Elle est remarquable dans toutes les
fêtes par sa simplicité; elle a toujours été au-dessus de cet accessoire
frivole: elle a l'âme forte, dégagée de préjugés.»
D'un autre côté, Mme du Deffand disait, en annonçant sa mort dans une
lettre du 28 mai 1775, à Horace Walpole: «Mme la princesse de Conti
mourut hier, à huit heures du matin; on en prend le deuil demain pour
onze jours... Elle laisse tout son bien à partager selon les coutumes; on
dit que M. le prince de Conti aura cent mille livres de rente; M. le duc
de Chartres aura cinq cent mille francs, et Mme la duchesse de Bourbon,
sa sœur, en aura autant. La maison de Paris était assurée de son vivant
à M. le comte de La Marche, son petits-fils; elle ne fait aucun présent à
personne.»
Cette princesse possédait une belle bibliothèque. Elle fut vendue, en
1775, à l'hôtel et au petit hôtel de Conti qui s'étendaient entre les
rues Saint-Dominique, de Bourgogne et de l'Université: les mêmes
qu'occupe aujourd'hui le ministère de la guerre. Le catalogue, qui en fut
publié chez Prault fils, «libraire, quai des Augustins, près la rue
Pavée, à l'Immortalité», contenait 1711 numéros, dont 138 pour la
théologie, 27 pour la jurisprudence, 55 pour la philosophie, 35 pour la
politique, 81 pour les sciences, 12 pour l'architecture, la peinture et
les arts du dessin; 740 pour les belles-lettres, parmi lesquels la poésie
française figure pour 54, le théâtre français pour 62; et 622 pour
l'histoire, l'histoire de France en comprenant 223 à elle seule.
On retrouve la trace du quiétisme dont les doctrines avaient été un
moment fort répandues à la cour et parmi les membres de la famille de
Conti, dans deux ouvrages célèbres: _la Sainte Bible, traduite en
françois, avec des explications et des réflexions qui regardent la vie
intérieure_, Cologne, 1713 et 1714, 20 vol. in-8, et dont Mme Guyon est
l'auteur, et dans le fameux livre du P. Quesnel, _Nouveau Testament en
françois, avec des réflexions morales sur chaque verset, et le texte
latin en marge_, Paris, 1696, 4 tomes en 5 vol. in-12. Dans cette section
de la théologie, il faut encore mentionner: _les Cent cinquante Psalmes
du prophète royal David, traduits en rythme françoise_, par Clément
Marot, Paris, 1555; et les _Heures nouvelles dédiées à Madame la
Princesse_, Paris, 1765, in-12.
Le premier prince de Conti, frère du grand Condé, après une jeunesse plus
que mondaine, pendant laquelle il avait été très épris de théâtre comme
le prouve la protection qu'il accorda à la troupe de Molière qui porta un
instant son nom, s'était jeté dans la dévotion la plus rigoureuse, avait
embrassé les doctrines de Port-Royal, et écrit, sous l'inspiration de
ces Messieurs, des _Lettres sur la Grâce_, et un _Traité sur la comédie_,
dans lequel il condamnait ce divertissement. Sa femme, Anne Martinozzi,
une nièce de Mazarin, d'une remarquable beauté, avait aussi partagé ce
zèle pour le jansénisme. De là un assez grand nombre de livres
jansénistes dans cette bibliothèque. Ce sont:
_Le Parallèle de la doctrine des Payens avec celles des Jésuites,
les Principes des Jésuites sur la probabilité, réfutés par les
Payens_, 1726 et 1727, in-8, mar. r.; _de la fréquente
Communion_, par Antoine Arnauld, Paris, 1656; _les Provinciales_,
de Pascal, Francfort, 1716, pet. in-12; les _Pensées_, de Pascal,
Paris, 1683, mar. doub. de mar. r., et enfin un ouvrage du
premier prince de Conti: _Les Devoirs des grands_, par
Monseigneur Armand de Bourbon, prince de Conti, avec son
testament, Paris 1666, in-8, mar. rouge.
La princesse douairière de Conti ne semble pas d'ailleurs avoir hérité
de ces sentiments jansénistes. Sa dévotion était fort mince, et elle
passait plutôt pour un esprit fort, nous dirions aujourd'hui une
libre-penseuse, auprès de ses contemporains. La façon dont les mémoires
de Bachaumont annoncent sa mort laisse peu de doute sur ce point. «Mme la
princesse de Conti, y lisons-nous, a fini hier. Elle voyait depuis
longtemps approcher la mort avec une fermeté digne de son âme fière,
courageuse et au-dessus des préjugés. Elle chantait peu d'heures
auparavant la chanson faite sur le maréchal de Biron [à l'occasion de
l'émeute sur les grains.]» Sa fille, la jeune duchesse d'Orléans, morte
en 1759, et qui fut mère de Philippe-Egalité, avait fini dans les mêmes
sentiments, qu'elle tenait, disait-on, de sa mère. «C'est sans doute à
son école, dit _l'Observateur anglais_, que sa fille, la feue duchesse
d'Orléans, avait puisé cette philosophie libre et ferme qui la fait
descendre si gaiement au tombeau.»
Nous ne serons donc pas étonnés de rencontrer sur les rayons de la
bibliothèque de la princesse de Conti: _la Morale d'Epicure_, Paris,
1685, par le baron des Coutures, dont elle a aussi la traduction de
_Lucrèce_, Paris, 1708; l'_Ebauche de la religion naturelle_, traduction
de _Wolaston_, dont Voltaire fit un si grand éloge dans ses _Lettres sur
les Anglais_, en 1734; l'_Essai de philosophie morale_, Paris, 1749, par
Maupertuis; l'_Essai sur les erreurs populaires ou Examen de plusieurs
opinions reçues comme vraies qui sont fausses ou douteuses, traduit de
l'anglois de Th. Brown_, Paris, 1713; _la Philosophie du bon sens_, La
Haye, 1747, par le marquis d'Argens; _Histoire des diables de Loudun_,
Amsterdam, 1694.
Ce serait pousser trop loin les conjectures que de voir dans chaque livre
d'une bibliothèque une preuve des sentiments ou des opinions personnels
de son possesseur. Cependant, d'après ce que nous connaissons de la
tournure d'esprit, du caractère de la princesse de Conti, il est permis
de croire que ce n'était pas seulement à titre de nouveautés et pour
tenir au courant sa collection de livres qu'elle y avait placé, de
Montesquieu: les _Lettres persanes_, Amsterdam, 1721, 2 vol. in-12; les
_Considérations sur les causes de la grandeur des Romains et de leur
décadence_, Amsterdam, 1734, in-12; _De l'esprit des lois_, Genève, 2
vol. in-4; et les _Lettres familières_, Paris, 1762, in-12, dans leurs
éditions originales; Voltaire n'y est représenté que par: _la Ligue ou
Henry le Grand_, par Fr. Arouet de Voltaire, Genève, 1723, in-8;
l'_Histoire de Charles XII_, Basle, 1731, 2 vol. in-12; _le Siècle de
Louis XIV_, par de Francheville, Berlin, 1752, 2 vol. in-12;
_Micromegas_, in-12, v. m., tr. dor.; _Zadig, ou la destinée, histoire
orientale_, 1748, in-12; _les Scythes_, Paris, 1767, in-8; _Tancrède_,
_Charlot_, _l'Orphelin de la Chine_ qui font partie de deux volumes de
recueil factice; _Œdipe_, _Marianne_, _Brutus_, _l'Indiscret_, _Zaïre_,
_Alzire_ et la _Mort de César_, dans le second volume des _Œuvres_,
Amsterdam, 1739, 2 vol. in-8. De Diderot, nous ne trouvons que son drame:
_le Fils naturel_, 1757, in-8; de J.-J. Rousseau: le _Discours sur
l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes_, Amsterdam,
1755, in-8; _J.-J. Rousseau à M. d'Alembert sur l'article_ GENÈVE _dans
l'Encyclopédie_, Amst., 1758, in-8, autrement dit: _la Lettre sur les
spectacles_; _Julie, ou la Nouvelle Héloïse_, Amsterdam, 1761, 6 vol.
in-12; les _Pensées de J.-J. Rousseau_, Paris, 1766, 2 vol. in-12.
Pour terminer avec les écrivains plus ou moins célèbres du XVIIIe siècle,
il faut citer encore, de Buffon: l'_Histoire naturelle_, Paris,
Imprimerie royale, 1749 et suiv., 17 vol. in-4, v. marb., filets; les
_Œuvres diverses_ de Fontenelle avec figures, Londres, 1710, 2 vol.
in-12; les _Œuvres mêlées_ de Moncrif, Paris, 1751, 3 vol. in-12, mar.
r.; les _Contes moraux_ de Marmontel, La Haye, 1761, 2 vol. in-12; les
_Œuvres diverses_ de Chaulieu et de La Fare, Amsterdam, 1733, 2 vol.
in-8; les _Fables nouvelles_ de La Motte, avec les figures de Gillot,
Paris, 1719, in-4, gr. pap.; les _Œuvres_ de Gresset, Genève, 1743,
in-12, et 1751, 2 vol. in-12.
Mais c'est surtout en romans, et en histoires et mémoires qu'était riche
la bibliothèque de la princesse de Conti.
La partie du catalogue relative aux romans comprend 336 numéros. Voici le
dénombrement des plus remarquables par l'édition, par la reliure, ou par
le mérite littéraire:
_Les Amours de Théagènes et de Chariclée ou l'Histoire
d'Héliodore_, trad. en français par J. de Montlyard, avec les
figures de Michel Lasne, Paris, 1623, in-8, couv. en parch.; _les
Amours pastorales de Daphnis et Chloé_, trad. du grec de Longus
en français par J. Amyot, avec des fig. gravées par Audran sur
les dessins du régent, Amsterdam, mar. citr. doublé de tabis; _la
Métamorphose ou l'âne d'or_, trad. d'Apulée par J. de Montlyard,
Paris, 1623, in-8, fig.; _les Travaux de Persile et de
Sigismonde_, trad. de Michel de Cervantès, par d'Audiguier,
Paris, 1618, in-12; _la Constante Amarillis_, trad. de l'espagnol
de Figueroa par N. Lancelot, Lyon, 1614, in-8, mar. bleu; _la
Célestine_, trad. de Rojas, Rouen, 1634, in-8; _le Colloandre
fidèle_, trad. de Marini, par G. de Scudéry, Paris, 1668, 3 vol.
in-8, mar. bleu; _l'Aventurier Buscon_, trad. de Quevedo, Paris,
1639; _la Vie de Gusman d'Alfarache_, avec fig., Paris, 1696, 3
vol. in-12, mar. citr.; _Histoire facétieuse du fameux Lazarille
de Tormes_, Lyon, 1697, in-12; _la Dianée_, trad. de l'italien de
Loredano, Paris, 1642, 2 vol. in-12, parch.; _l'Almorinde_, de L.
Assurino, Paris, 1646, in-8, mar. bleu.
Beaucoup de ces romans de la première moitié du XVIIe siècle sont reliés
en maroquin bleu ou rouge, et pourraient bien avoir formé la
bibliothèque de la première princesse de Conti, nièce de Mazarin. Ce
sont:
_La Haine et l'amour d'Arnoult et de Clairemonde_, Paris, 1709,
in-12; _l'Astrée_, d'H. d'Urfé, Paris, 1618, 6 vol. in-8, v. f.;
_les Amans jaloux_, de du Verdier, Paris, 1631, in-8; _Les
Triomphes de la guerre et de l'amour_, par Humbert, Paris, 1631,
in-8; _le Roman véritable_, Paris, 1648, in-8; _Clorinde_, Paris,
1667, 2 vol. in-8; _L'Amour dans son trône_, trad. de Loredano
par du Breton, Paris, 1646, in-8; _Cassandre_, par La Calprenède,
Paris, 1651, 10 vol. in-8, v. n., fil.; _Mithridate_, Paris,
1649, 4 vol.; _le Toledan_, Rouen, 1653; _Sapor_, par du Perret,
Paris, 1668, 5 vol. in-12; _le Comte de Dunois_, Paris, 1671, v.
éc., fil.; _La Princesse de Montpensier_, par Mme de la Fayette,
Paris, in-8, mar. cit. doub. de mar. bleu; _La Relation de l'île
imaginaire ou l'Histoire de la princesse de Paphlagonie_, par
Mlle de Montpensier, 1659, in-8, mar. r. doubl. de mar.; _le
Prince de Condé_, par Boursault, Paris, 1675, in-12; _Oracié_,
(par Mlle de Senectaire), Paris, 1646; _les Amours historiques
des princes_, par Grenaille, Paris, 1642; _La Promenade de
Versailles ou l'Histoire de Celamire_, (par Mlle de Scudéry),
Paris, 1669, in-8; _Don Pelage_ (par de Juvenel), Paris, 1646, 2
vol. in-8; _le prince de Sicile_, (par Mlle Bernard), Paris,
1690, 3 vol.; _Elise_, par l'Evêque de Belley, Paris, 1621;
_l'Iphigénie_, Lyon, 1625; _Palombe_, Paris, 1625, et les
_Occurrences remarquables_, Paris, 1626, par le même, ainsi que
tous ses autres romans; _la Maison des jeux_, par Ch. Sorel,
Paris 1657, 2 vol. in-8.
La princesse de Conti lut-elle beaucoup ces œuvres, qui faisaient les
délices de la société des Précieuses? On en peut douter. Elle se plut, en
tout cas, certainement davantage aux romans du XVIIIe siècle, que nous
trouvons presque tous dans sa bibliothèque, ceux de Le Sage: _le Diable
boiteux_, _Gil Blas_, _le Bachelier de Salamanque_, _Estevanille_; de
l'abbé Prévost: les _Mémoires d'un homme de qualité, avec l'Histoire de
Manon Lescaut_, Paris, 1729; _Cleveland_, _Clarisse_, _Grandisson_; de
Marivaux: _Marianne_, Amsterdam, 1745, _le Paysan parvenu_, Paris, 1734;
comme les _Confessions du comte de ***_, Paris, 1741, et _Acajou et
Zirphile_, 1744, avec les figures de Boucher, par Duclos; _Tanzai et
Néadarné_, Pékin, 1734, par Crébillon fils; comme ceux de La Place, du
chevalier de Mouhy, de Mlle Lambert, de Mme Riccoboni.
Les manuscrits, sans être nombreux dans la bibliothèque de la princesse
de Conti, n'y faisaient pas cependant défaut et quelques-uns sont
intéressants à signaler.
C'est d'abord _le Roman de la Rose_, in-fol. ms. du XIIIe siècle,
avec miniatures; puis les _Mémoires de Mlle de Montpensier_, 6
vol. in-fol. mar. r., dont manque le tome Ier; les _Mémoires de
H.-A. de Lomenie, comte de Brienne_, in-fol.; _le Procès criminel
fait à Louis de Bourbon, prince de Condé_, en 1654, in-fol.; _les
Alliances de la maison de Bourbon_, in-fol.; une relation de
l'ambassadeur vénitien Nic. Tiepolo: _Relatione del Signor
Nic. Tiepolo Ristornato, Ambasciadere di Carolo V et Ferdinande
Re de Romani per la Republica di Venetia l'anno 1532_, in-4. La
partie des sciences occultes contenait aussi trois manuscrits
assez curieux: un _Recueil de nativités, thèmes célestes, ou de
figures d'astrologie qui contiennent l'horoscope de plusieurs
personnes illustres de différentes nations et de différents
tems_, in-4, couv. en parch.; un second _Recueil de quelques
nativités violentes, avec des règles ou aphorismes pour juger de
la mort violente_, in-4, couv. en parch.; et les _Prédictions du
grand et sublime Docteur Théophraste Paracelse, trad. en François
avec des remarques par M. Christallin, commis de la Bibliothèque
de M. le Duc en 1712_, in-4.
Ce «Monsieur le duc», dont le nom figure sur ce dernier manuscrit, était
Louis-Henri de Bourbon-Condé, arrière-petit-fils du grand Condé, né en
1692, mort en 1740, et qui fut premier ministre après la mort du régent.
Il était le frère aîné de la princesse de Conti dont nous nous occupons.
Il ne nous reste plus à signaler que trois traductions manuscrites
d'auteurs anciens: _les Nuées d'Aristophane_, in-4; _les Comédies de
Térence_, 3 vol. in-fol., et _les Géorgiques de Virgile_, trad. en
français par de Martignac, in-4. L'auteur de cette dernière traduction
était Etienne Algay de Martignac, né en 1620, mort en 1698, qui fut
attaché à la personne de Gaston d'Orléans, sur lequel il a écrit des
_Mémoires_. Comme il publia, en 1681, une traduction complète des œuvres
de Virgile en trois volumes, il est probable que nous en avons là une
partie manuscrite. Peut-être aussi faut-il lui attribuer cette traduction
de Térence qui précède, car il en publia plusieurs pièces sous ce titre:
_l'Eunuque_, _l'Hecyre_ et _le Fâcheux à soi-même, de Térence, rendus
très honnêtes en y changeant fort peu de chose_, Paris, 1670, 1700,
in-12.
Un assez grand nombre d'incunables, quelques belles éditions du XVIe
siècle, et surtout une belle collection de pièces de théâtre dans leurs
éditions originales, doivent être encore mentionnés pour achever la
description de la bibliothèque de la princesse de Conti. Cette dernière
collection, qui serait aujourd'hui si précieuse, formait cinquante
volumes in-4, reliés en maroquin bleu, comme les romans du XVIIe siècle
dont nous avons parlé plus haut. Chacun de ces volumes était composé de
six pièces, sauf quelques-uns qui n'en contenaient que quatre ou cinq. Là
se trouvaient réunies presque toutes les pièces de théâtre de Levert,
Provais, Chapoton, du Cros, Gillet, Meret, Sallebray, des Cinq Auteurs,
de Desmarets, Mareschal, Cadet, Chevreau, Claveret, Cyrano de Bergerac,
Boyer, Puget de la Serre, Gilbert, Baro, Beys, Jodelle (avec les _Œuvres
et mélanges_ poétiques), Rosières de Beaulieu, La Fontaine, La
Calprenède, Magnon, Jobert, Guérin de Bouscal, Grenaille, La Caze,
Benserade, Metel d'Ouville, Le Vayer de Boutigny, Desfontaines, La
Mesnardière, d'Ancour, P. Corneille (18 pièces), Scudéry, Rotrou (29
pièces), du Ryer (12 pièces), Bois Robert (10 pièces), Tristan, Scarron,
de Prade, Regnault, Dalibray, de l'Etoile, Mlle Cosnard, Colletet,
Monléon, Saint-Germain, Nouvelon, Le Clerc, Marcassus, Raissiguier,
Bigrède, Brosse, Vozelle, Montfleury père, Quinault, Fremiele, J. Michel
(_la Résurrection de Notre-Seigneur par personnages_, goth.).
Parmi les éditions du XVIe siècle l'on remarque les suivantes: _l'Horloge
des princes_, trad. de Guevara par B. de la Grise et Herberay des Essars,
Lyon, 1592, in-18, mar. bleu; les _Eléments et principes d'astronomie_,
par R. Roussat, Paris, 1552, in-8; _le Roland furieux_, trad. par
Chappuys, Lyon, 1582-1583, 2 vol., fig.; _le Décameron_ de J. Boccace,
trad. par Le Maçon, Paris, 1545, in-fol.; _Histoires tragiques extraites
de l'italien de Bandello_, par Boistuau et Belle-Forest, Lyon, 1582, 8
vol. in-16; _le Trésor des histoires tragiques_, de F. de Belle-Forest,
Paris, 1581, in-16; _Histoires prodigieuses_, par Boistuau et
Belle-Forest, Paris, 1598, 2 vol. in-16, fig.; _l'Heptaméron_ de
Marguerite de Valois, remis en son vrai ordre par C. Gruget, Paris, 1560,
in-4, mar. r., doub. de mar.; _Histoire du noble Tristan, prince de
Léonois_, trad. par Langevin, Paris, 1586, in-4; _Amadis de Gaule_, trad.
de l'espagnol par Herberay des Essars, avec fig., Paris, 1548, 4 vol.
in-fol., mar. r.; _le Premier livre de la chronique de Dom Floris de
Grèce_, trad. par le même, Paris, 1552, in-fol., fig.; _Histoire de
Palmerin d'Olive_, trad. du Castellan par Maugin, Paris, 1549, in-fol.,
fig.; _Histoire palladienne_, mise en françois par C. Colet, Paris, 1555;
_le Premier livre de l'histoire de Gérard d'Euphrate_, Paris, 1549, fig.;
_les grandes Annales de France_, par Belle-Forest, Paris, 1579, 2 vol.
in-fol.; les _Mémoires_ d'Olivier de la Marche, Gand, 1566, in-4.
Un certain nombre de livres étaient particulièrement remarquables par
leur reliure ou par leur tirage, tels que: _les Statuts de l'ordre du
Saint-Esprit_, Paris, Imprimerie royale, 1703, in-4 grand papier, mar.
bleu doubl. de tabis; _les Triomphes de Louis XIII_, représentés en
figures par J. Valdor, avec les vers de Ch. Beys et de P. Corneille,
Paris, 1649, in-fol., gr. pap., v. br., tr. dor.; _Recueil de lettres
galantes_, Amsterdam, 1706, in-12, mar. bleu, doublé de mar. rouge;
_Fables de La Fontaine_, ornées des figures d'Oudry, Dupuis et Cochin
fils, Paris, 1755 et suiv., 4 vol. in-fol., gr. pap., mar. rouge, dent.,
avec cette note de l'expert: «On croit devoir assurer que cet exemplaire
est des premiers de ce livre donné par souscription, en ce que les
volumes ont été reliés au fur et à mesure de leur livraison»; la
magnifique édition des _Œuvres de Boileau_, avec les figures de B.
Picart, Amsterdam, 1718, 2 vol. in-fol., mar. rouge, dent.
Signalons, en terminant, un _Ronsard_, Paris, 1623, 2 vol. in-fol., v.
f., filets; un _Du Bartas_, Paris, 1611, in-fol.; _la Satyre Ménippée_,
1595, parch.; les _Essais de Montaigne_, Paris, 1640, in-fol.; les
_Œuvres de Molière_, avec figures, Paris, 1697, 8 vol. in-12.