Le 13 mai dernier, l'_Illustration_, dans son _Bulletin
bibliographique_, a rendu compte de l'Histoire universelle publiée en
Italie par M. César Cantù, et dont une traduction s'imprime en ce moment
à Paris. Nous offrons aujourd'hui à nos lecteurs un roman du même
écrivain, _Margherita Pusterla_. Notre intention n'est pas d'entretenir
ici nos lecteurs de M. Cantù lui-même, et nous renvoyons ceux qui
seraient curieux d'avoir quelques détails sur sa vie; littéraire à
l'article que notre collaborateur lui a consacré. Mais il est peut-être
nécessaire, sans prétendre en aucune façon imposer notre opinion à
personne, de dire quelques mots de l'ouvrage dont nous commençons
aujourd'hui la traduction.
La renommée a ses hasards et ses caprices, et c'est surtout sur les
importations littéraires qu'elle exerce sans contrôle l'arbitraire de
ses jugements. Souvent, on ne le sait que trop, un peuple ne connaît que
les médiocres écrivains de la contrée voisine, qui le juge également sur
les moindres représentants de son génie; tandis que des réputations
nationales, très-justes et très-méritées, ne passent jamais la
frontière, qui ne devrait pas exister pour elles.
Nous pensons que ces réflexions s'appliquent, dans une certaine mesure,
au peu de bruit qu'a fait en France _Margherita Pusterla_. L'école du
roman historique en Italie, qui reconnaît Manzoni pour son maître, n'a
pourtant produit aucune oeuvre qui, avec des qualités très-différentes,
et sans la moindre trace d'imitation, mérite plus d'être comparée aux
oeuvres du chantre des _Promessi Sposi_. On peut juger diversement les
défauts de M. Cantù, mais il ne peut y avoir qu'une voix sur ses
qualités: un sentiment littéraire élevé, une érudition solide et
consciencieuse, un habile développement des caractères, une inspiration
morale toujours droite, toujours présente, le sens du pathétique,
l'expression souvent forte, souvent heureuse, de l'énergie, de la
sensibilité; est-il beaucoup de romanciers célèbres dont on en puisse
dire autant? Ces qualités, l'Italie les a trouvées dans _Margherita
Pusterla_, qu'elle compte parmi ses lectures favorites. Nous espérons
que la traduction, interprète toujours un peu perfide, ne les cachera
pas entièrement à nos lecteurs. Ils ne chercheront pas, surtout dans les
premiers chapitres, le rapide intérêt et la facile lecture des nouvelles
que nous avons données jusqu'ici, et que, nous donnerons encore de temps
en temps, sans interrompre le cours de la publication de _Margherita_.
Ils comprendront dès l'abord que c'est là une oeuvre qui, par son
étendue, réclame la longueur des préparations, et que le grand Écossais
lui-même ne résisterait pas à celui qui le jugerait sur le début de ses
chefs-d'oeuvre. Les conditions de cette équité préjudicielle une fois
remplies, nous croyons que te talent de l'auteur exercera sur le public
français toute l'influence qu'il a exercée en Italie.