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Éducation morale et instruction professionnelle
L'INSTRUCTION THÉORIQUE DU SOLDAT
PAR LUI-MÊME
PAR LE COMMANDANT F. CHAPUIS
22e édition
_Soldat, ce livre est écrit pour toi!_
LIBRAIRIE MILITAIRE BERGER-LEVRAULT
Éditeurs de l'_Annuaire officiel de l'Armée_
PARIS
RUE DES BEAUX-ARTS, 5-7
NANCY
RUE DES GLACIS, 18
1913-1914
_Tous droits réservés_
BATAILLES ET VICTOIRES
INSCRITES
SUR LE DRAPEAU
_du ......e Régiment d'infanterie_
.....................................
.....................................
.....................................
.....................................
.....................................
NOTA.--Cette page et la page 3 sont remplies avec soin par un gradé de
la compagnie.
Indiquer le lieu de la bataille, la date, contre qui elle a été
livrée, etc.
Le gradé inscrira également au crayon la fixation actuelle de
l'indemnité de viande page 81.
PRINCIPES
L'_honneur_, le _patriotisme_ et la _force_ assurent à une nation _le
respect du monde entier_.
* * * * *
L'armée française et la nation entière doivent s'accorder
réciproquement une confiance entière.
* * * * *
Dans une armée, l'_esprit de sacrifice_ et la _volonté de vaincre_
assurent _le succès_.
* * * * *
Il faut non seulement se défendre, «mais encore être victorieux.»
* * * * *
En campagne, le soldat instruit de ses devoirs, qui aura du
_sang-froid_, du _coeur_, du _courage_, de la _confiance en lui-même_,
en ses _camarades_ et en ses _chefs_ et qui, dans la lutte, apportera
_ardeur_, _énergie_ et _intelligence_, permettra au chef _de tout
oser_ et de rapidement _imposer sa volonté à l'adversaire_.
* * * * *
L'_audace_, la _marche en avant_ et l'_offensive_ permettent seules
d'obtenir des _résultats décisifs_.
* * * * *
Soldat de France,
L'égalité t'appelle avec espérance.
Gaîment, avec courage, acquitte ton devoir;
Ton rôle est grand, soldat, en toi est notre espoir!
Comprends-le bien, et en noble esclave,
Pour ton pays sois vainqueur ou meurs en brave!
_=Vive la France!=_
* * * * *
NOTA.--_La loi du 9 novembre 1911 a institué une médaille
commémorative de la guerre de 1870-71 (Ruban vert à rayures noires)._
_On doit respecter les vieux braves qui ont fait cette terrible guerre
et qui sont médaillés._
RENSEIGNEMENTS
......e Régiment d'................
....e Cie .... B{on}
Nom du soldat: ....................................
Nº matricule: .... Nº du fusil: ...............
GÉNÉRAUX:
M. ...... commandant le .......e corps d'armée.
M. ...... commandant la .......e division.
M. ...... commandant la .......e brigade.
LE RÉGIMENT:
Colonel: M. ..............................................
Lieutenant-colonel: M. ...................................
Chef du bataillon: M. ....................................
..........................................................
LA COMPAGNIE:
Capitaine: M. .......................
Lieutenant: M. .......................
Sous-lieutenant: M. .....................
Adjudant-chef: M. ......................
...... Adjudant.
...... Sergent-major.
...... Sergent.
...... Caporal.
...... Sergent-fourrier.
Composition du régiment: .... bataillons.
Les garnisons ci-après sont occupées:
...... par ......
...... par ......
[Illustration: QUAND-MÊME
Monument de Mercié, érigé à Belfort en 1885.]
Note importante du Service intérieur
_Le chef de corps interdit à la caserne toute propagande
et toute introduction d'écrits, journaux ou publications
pouvant nuire à la discipline ou pousser les
militaires à l'abandon de leurs devoirs (Art. 5 du décret
du Service intérieur)._
AVANT-PROPOS
Ce petit livre est écrit pour le soldat, qui ne doit jamais oublier
les devoirs de dignité et de tenue que sa situation lui impose.
* * * * *
L'auteur a eu pour but de condenser en quelques pages, dans un style
concis, tout ce que le soldat _doit savoir_. Celui-ci y trouvera ses
devoirs et la conduite à tenir dans presque tous les cas où il peut se
trouver.
Le soldat en étudiera successivement les divers chapitres, _comme
l'écolier étudie sa leçon de chaque jour_; l'instructeur donnera des
explications et fera les démonstrations nécessaires: alors le soldat
pourra répondre et agir, il saura ce qu'il doit savoir et son âme sera
pénétrée des sentiments du devoir militaire que tout citoyen doit à sa
Patrie, puis il se rappellera toujours que son seul but est d'être
victorieux si une guerre vient à se déclarer.
Le nombre des séances de théorie sera diminué.
Il est bien entendu que les _instructeurs ne devront pas exiger le mot
à mot_ de ce questionnaire. Le soldat doit comprendre et ne pas
chercher à réciter un texte; lorsqu'on l'interrogera, il s'exprimera à
sa façon habituelle, en s'inspirant du sens de ce qu'il aura étudié et
bien compris.
La lecture des divers chapitres, plusieurs fois répétée par le soldat,
ensuite quelques explications et des exemples donnés par un _gradé
désigné pour cela_, voilà le seul moyen de donner d'une façon complète
et parfaite l'instruction théorique qui ne s'oubliera plus.
Les quelques illustrations que le soldat trouvera dans cet ouvrage lui
faciliteront son travail, tout en lui rendant plus agréable la lecture
de son livre, qui est établi conformément au _Programme d'ensemble de
l'instruction à donner aux troupes d'infanterie_.
* * * * *
Observation importante.
Les règlements militaires ont une tendance générale à se condenser et
à diminuer le nombre de leurs pages. Ils laissent beaucoup à
l'initiative et au bon sens des chefs, comptant sur l'expérience
qu'ils ont des choses militaires.
Mais le soldat actuel, aujourd'hui, n'a point le temps d'attendre que
l'expérience lui permette de se diriger de lui-même dans tous les
petits détails de la vie militaire. Il faut que, du jour au lendemain,
il fasse tout le service, et que, deux ou trois mois après son
arrivée, _il soit mobilisable_, c'est-à-dire apte à _entrer en
campagne_ dans de bonnes conditions.
Ce livre vient à lui pour l'aider dans cette besogne, il y apprendra
rapidement tout ce que l'expérience aurait mis plusieurs années à lui
enseigner.
En outre, il ne faut point oublier que le service militaire se fait
avec d'autant _plus de facilité et de plaisir que le soldat sait mieux
ce qu'il a à faire_.
SOMMAIRE GÉNÉRAL DE CE VOLUME
1º Éducation morale du soldat;
2º Éducation générale du soldat pour le temps de paix;
3º Devoirs et connaissances nécessaires en campagne;
4º Devoirs du soldat libéré du service actif (Réserve et
territoriale).
* * * * *
TABLE
_=de l'«Instruction théorique du Soldat» traitée dans ce volume= et
prescrite par les bases de l'Instruction de l'infanterie_ (Instr. min.
4 juin 1910, modifiée le 2 septembre 1912).
{ Les forces morales (_Règlement de manoeuvres_,
{ art. 242 à 246), p. 10.
{ La Patrie, p. 11.
{ Le Drapeau, p. 12.
* ÉDUCATION { Batailles inscrites, p. 13.
MORALE, p. 10 { Honneurs qui lui sont dus, p. 13.
{ Principes de discipline et de solidarité, p. 13.
{ Rôle de l'armée dans la nation, p. 16.
{ Historique du corps, p. 15.
{ Notions très succinctes sur le service de sûreté
{ en marche et en station, p. 100.
{ Police pendant les marches, p. 104.
* SERVICE EN { Service aux avant-postes, p. 106.
CAMPAGNE, p. 100. { Installation au cantonnement et au bivouac, p. 120.
{ Alimentation en campagne, p. 123.
{ Devoir des soldats au combat, p. 126.
{ Liaison par signaux Morse, p. 130.
{ Marques extérieures de respect, p. 26.
{ Honneurs, p. 63.
{ Récompenses, p. 30.
{ Certificat de bonne conduite, p. 30.
{ Permissions, p. 31.
{ Punitions, p. 35.
{ Réclamations, p. 37.
{ Maintien au corps par mesure de discipline, p. 35.
{ Service du soldat à la caserne, p. 38.
SERVICE { Dans les places, p. 58.
INTÉRIEUR { En route, p. 55.
ET SERVICE { En cas de troubles, p. 63.
DE PLACE, { Service de planton, p. 63.
p. 26. { Main-forte due à l'autorité, p. 63.
{ Devoirs en voyage.--Dans les gares, p. 34.
{ Alimentation en temps de paix, p. 48.
{ Ordinaires, p. 48.
{ Distributions, p. 50.
{ Hygiène de la viande, p. 51.
{ Solde et prestations en nature, p. 49.
{ Tabac, p. 52.
{ Franchise postale, p. 43.
{ Remise des lettres et de l'argent, p. 42.
{ Soins de propreté corporelle, p. 53.
{ Tenue des chambres, p. 54.
{ Boissons: eau filtrée ou stérilisée, p. 55.
{ Recommandations spéciales pour les marches
* HYGIÈNE { et manoeuvres de jour et de nuit, p. 55.
MILITAIRE, { Vie au bivouac, p. 55.
p. 53. { Maladies contagieuses, p. 56.
{ Alcoolisme, syphilis, tuberculose, p. 57.
{ Paquet individuel de pansement, p. 57.
{ des effets d'habillement, d'équipement et
{ des armes, p. 81.
NOMENCLATURE { Arrimage des effets, p. 82.
ET { Paquetage du sac, p. 89.
ENTRETIEN, { Tenue de campagne, P. 89.
p. 77 { Port de l'équipement (pratique), p. 87.
* LIVRET INDIVIDUEL.--CODE DE JUSTICE MILITAIRE (Voir Livret
individuel) (Consulter le livret), p. 44.
{ Forme de lettres, p. 45.
{ Demandes de renseignements, de prolongation
{ d'absence, d'ajournement, de
* CORRESPONDANCE { changement de série, de devancement
MILITAIRE, { d'appel, de dispense de périodes d'instruction,
p. 42. { p. 158.
{ Cas de maladie, de réforme, p. 153.
{ Demandes d'allocations journalières pour soutien
{ de famille, p. 156.
* ACCIDENTS SURVENUS DANS LE SERVICE.--Droits qu'ils créent, p. 46.
{ Obligations militaires, p. 152.
{ Obligations des hommes des réserves, p. 152.
{ Changements de domicile, de résidence;
{ déplacements pour voyager, p. 152.
* LOI DE { Fascicule de mobilisation annexé au livret
RECRUTEMENT, { individuel, p. 159.
p. 149. { _Avantages assurés aux engagés, rengagés
{ et commissionnés_, p. 165.
{ Sociétés de préparation militaire S. A. G., p. 160.
Nota.--Les matières précédées d'un astérisque (*) sont les seules qui
doivent faire l'objet d'une =révision rapide= par les réservistes et
les territoriaux lors de leurs convocations.
L'INSTRUCTION THÉORIQUE DU SOLDAT PAR LUI-MÊME
1º ÉDUCATION MORALE DU SOLDAT
CHAPITRE I
I--Les forces morales.
=1.= La préparation à la guerre doit être le but unique de
l'instruction des troupes qui, en tout temps, doivent être en état de
remplir leur _mission de guerre_.
L'instruction professionnelle doit être soutenue par des sentiments
moraux assez puissants pour que toute troupe soit apte à accomplir les
tâches les plus rudes, à s'imposer toutes les énergies, à accepter
tous les sacrifices et à triompher des plus grandes difficultés.
Les forces morales constituent les facteurs les plus puissants du
succès; elles vivifient l'emploi des moyens matériels, dominent toutes
les décisions du chef et président à tous les actes de la troupe.
L'_Honneur_, le _Patriotisme_, inspirent les plus nobles dévouements;
l'_esprit de sacrifice_ et, la _volonté de vaincre_ assurent le
succès; la _discipline_ et la _solidarité_ garantissent l'action du
commandement et la convergence des efforts.
Au combat, le _soldat_ fait appel aux plus nobles inspirations de son
coeur, à son énergie et à son instruction militaire. Confiant en ses
chefs, il doit, dans toutes les circonstances, obéir comme eux aux
sentiments d'honneur, de discipline et d'abnégation.
C'est la valeur des troupes qui décide des affaires en dernier
ressort: quel que soit leur nombre, quelle que soit l'habileté des
combinaisons du chef, il faut, sur certains points, résister jusqu'au
bout et se faire tuer sur place plutôt que d'abandonner le drapeau;
sur d'autres, marcher coûte que coûte à l'ennemi et le chasser de sa
position.
[Illustration: L'armée surveille la frontière.--Elle la défendra!]
II--La Patrie.
=2. Qu'est-ce que la Patrie?=
La Patrie, c'est la France, c'est la nation française.
La Patrie, c'est la commune mère de tous les Français; c'est
l'ensemble de nos lois, de nos institutions, de nos habitudes, de nos
richesses; c'est notre sol, ses villes, ses monuments, ses cimetières;
c'est notre belle histoire, nos ancêtres, nos héros, nos gloires, nos
douleurs; c'est notre commerce, nos aspirations; c'est notre honneur.
Le _patriotisme_, c'est l'amour de la Patrie.
=3. Que doit l'armée à la Patrie?=
L'armée est faite pour la Patrie; elle a pour mission de la protéger
et de la défendre.
À la Patrie donc tout ce que nous avons et tout ce que nous pouvons!
L'honneur est la ligne de conduite de l'armée.
=4. Quelle est la devise de l'armée française?=
Sa devise est: «Honneur et Patrie».
=5. Qu'est-ce que l'honneur?=
C'est un sentiment qui n'admet en toutes actions que le bien, la
justice, la loyauté et le désintéressement.
=6. Qu'est-ce, en particulier, que l'honneur militaire?=
C'est l'accomplissement parfait de tous nos devoirs de soldat, c'est
la bravoure devant l'ennemi, c'est le sentiment qui, dans le combat,
nous fait porter secours aux camarades en danger; c'est enfin le culte
de la loyauté et des sentiments généreux.
III--Le Drapeau.
=7. Que représente le drapeau national?=
Le drapeau est l'emblème de la Patrie: partout où il flotte, là est la
Patrie.
=8. Que représente spécialement le drapeau du régiment?=
Le drapeau du régiment est non seulement l'emblème de la Patrie, mais
encore il est le monument qui rappelle et honore la mémoire de tous
ceux qui ont servi dans ce même régiment et, en particulier, de ceux
qui ont bravement versé leur sang pour la France. Il rappelle nos
combats et nos gloires.
=9. Quels sentiments éprouve-t-on à la vue du drapeau?=
Le drapeau ranime le patriotisme, car il est la Nation présente au
milieu des soldats; il leur rappelle l'ordre absolu de fournir le
devoir imposé. À sa vue, on fait intérieurement le serment de le
suivre partout, de le défendre et de mourir, s'il le faut, pour la
gloire du pays et pour la conservation de son intégrité.
Dans le combat, le soldat doit toujours se rallier au drapeau et il
doit le défendre partout et toujours, même au péril de sa vie.
=10. Quel honneur rend-on au drapeau?=
On salue le drapeau; les sentinelles, les postes et les troupes lui
rendent les honneurs avec les armes, les tambours et les clairons
battent et sonnent aux champs, les trompettes sonnent la marche.
=11. À quoi peut-on comparer le drapeau?=
Rien de matériel ne peut en donner une idée. Le drapeau, c'est l'idéal
du sentiment qui exalte la noblesse et la valeur de la France; quand
il flotte haut et fier, la France est grande; quand il baisse son
pavillon, la France chancelle; quand il est voilé, la France est en
deuil.
=12. Quelles sont les batailles inscrites au drapeau du régiment?=
Les batailles inscrites au drapeau du régiment sont:
(Les lire sur le verso de la couverture où le sergent-major
les a inscrites.)
IV--La Discipline--Les Ordres--L'Esprit de corps--La Camaraderie.
=13. Qu'est-ce que la discipline?=
La discipline est la soumission entière à tous les règlements
militaires et l'obéissance complète à tous les chefs. Ce n'est pas un
asservissement, mais un devoir d'homme libre vis-à-vis de
l'institution nationale de l'armée qui nous est imposée par la force
des choses du monde.
=14. Comment les soldats d'un pays libre et civilisé doivent-ils
comprendre la discipline?=
Chaque homme doit se persuader lui-même et posséder intimement la
conviction réelle que la discipline est une chose nécessaire et
obligatoire. Il doit s'efforcer d'acquérir la vertu de s'y soumettre
de lui-même spontanément, sans l'intervention d'aucune contrainte.
=15. Une armée peut-elle exister sans discipline?=
Non, sans discipline il n'y a pas d'armées possibles, elles ne
seraient que des bandes dangereuses, incapables d'arriver à un
résultat ou d'obtenir le moindre succès.
=16. Est-ce dans l'armée seule que la discipline est nécessaire?=
Dans la famille, dans les sociétés et dans toutes les entreprises
civiles, l'exécution exacte des décisions du chef est nécessaire
aussi, mais dans l'armée le sentiment de la discipline doit être plus
absolu que partout ailleurs.
=17. Y a-t-il une différence entre la discipline et les punitions?=
Oui, discipline et punitions sont deux choses différentes. Un soldat
est discipliné lorsqu'il possède le sentiment intime de l'obéissance
et de la soumission, et que, par pur devoir, il le met partout en
pratique.
Les punitions ne sont faites que pour la répression des incorrigibles,
de ceux qui se dérobent au devoir et de ceux qui ne veulent pas se
plier aux exigences de la discipline.
=18. Comment doit-on obéir?=
On doit obéir immédiatement, sans hésitation ni murmures.
=19. À qui doit-on obéir?=
Le militaire doit l'obéissance à tous les gradés qui lui sont
supérieurs en grade.
C'est le supérieur qui est responsable de l'ordre qu'il donne.
=20. En vertu de quels principes les ordres sont-ils donnés?=
Le supérieur ne commande qu'en vertu de l'obéissance qu'il doit
lui-même à ses supérieurs, aux lois et aux règlements militaires.
=21. Qui doit obéir dans l'armée?=
Dans l'armée, tout le monde obéit, les soldats, les officiers, les
généraux.
Chacun agit selon la volonté du chef de l'armée et selon les
prescriptions des règlements.
=22. Comment le soldat doit-il exécuter les ordres?=
Le soldat doit exécuter les ordres reçus avec bonne volonté, avec goût
et intelligence, et pour le bien du service.
=23. Si, dans certaines circonstances, le soldat se trouve sans
ordres, que doit-il faire?=
Le soldat, comme tout gradé, qui, dans certaines circonstances, se
trouve sans ordres, doit cependant agir de lui-même. Il applique son
intelligence et son bon sens à la situation actuelle et il s'inspire
de la façon de faire et des intentions de ses chefs.
=24. La solidarité est-elle bien utile au régiment?=
La solidarité est une vertu qui trouve tout particulièrement à
s'exercer entre les soldats.
Au régiment on vit de la même vie, on travaille pour le même but, on
court les mêmes dangers, aussi a-t-on besoin de s'entr'aider, de vivre
en coopération constante, et de faire bénéficier les camarades de son
instruction, de ses talents et des diverses connaissances que l'on
peut avoir.
=25. Qu'est-ce que l'esprit de corps?=[1]
[Note 1: Il importe que les soldats lisent et connaissent
l'historique du régiment, avec ses beaux faits d'armes.]
L'esprit de corps provient de la camaraderie et de l'amour du
régiment; c'est le sentiment bien naturel, qui fait rechercher
l'honneur et tout le bien possible pour le corps dont on fait partie.
=26. Comment le soldat peut-il coopérer à l'esprit de corps?=
Pour cela, le soldat doit respecter son uniforme et le numéro de son
régiment, faire tout ce qui est en son pouvoir pour le mettre en
relief et pour en donner une haute idée par sa belle tenue, par son
attitude, par son courage et par une conduite régulière et honnête.
Le bon soldat cherche partout à prouver que son régiment est meilleur
qu'aucun autre.
=27. Que produit l'esprit de corps?=
L'esprit de corps excite à accomplir, pour l'honneur du régiment, des
actions de valeur, de dévouement et d'audace; il anime les courages,
et dans les moments difficiles, il fait donner de bon coeur un suprême
effort.
Dans un régiment où existe l'esprit de corps, on ne reste pas en
arrière, on va de l'avant, on a du coeur, on marche droit au but, on
attaque franchement l'ennemi!
=28. Qu'est-ce que la camaraderie du champ de bataille?=
C'est le sentiment sublime qui fait secourir et protéger les camarades
engagés dans le combat.
Si les camarades sont en mauvaise posture devant l'ennemi, il s'agit
de les aider, de les dégager et de protéger leur retraite.
À moins d'ordres contraires, toujours il faut marcher au canon et à la
fusillade.
V--Rôle de l'armée dans la nation Le service militaire--Les
supérieurs.
=29. Comment le service militaire se rattache-t-il aux devoirs du
citoyen dans la nation?=
Le service militaire n'est que l'une des formes du devoir du citoyen,
c'est celui qu'il doit à la Patrie pendant qu'il est soldat dans les
rangs de l'armée nationale.
Le devoir militaire du citoyen est un devoir obligatoire qui est
nettement formulé par la loi et par la discipline, qui le garantissent
dans son exécution par des sanctions nécessaires.
[Illustration: Soldat sonnant le bugle.]
=30. Quel est le rôle de l'armée?=
L'armée est la sauvegarde de la Patrie. Par sa force, l'armée oblige
l'étranger au respect de la France et de ses institutions et elle
permet au commerce national, aux sciences, aux arts, de se développer
sans avoir à craindre à tout propos l'envahissement d'un ennemi.
À l'intérieur, elle assure l'ordre, le respect du gouvernement et de
l'autorité, puis l'obéissance aux lois.
Elle maintient la paix, tout en préparant toujours la guerre. Le jour
où elle aura à combattre l'ennemi, elle honorera la France en
remportant des succès, en faisant courageusement le sacrifice de son
sang.
Le dévouement de tous les membres de l'armée est un devoir civique
envers la Nation.
L'ennemi de la France a comme but, non seulement de prendre une
partie de notre territoire pour s'agrandir, mais aussi de s'emparer de
nos biens, de nos intérêts matériels et des possessions et richesses
de nos familles.
L'armée de la France, avec ses soldats, est faite pour lutter contre
cet ennemi, le jour de la guerre, et pour maintenir en place les
intérêts matériels et les biens de chaque Français.
=31. Comment doit-on considérer le service militaire?=
Poussé par les nécessités du moment et par la situation des peuples de
l'Europe, le Pays fait sa loi sur le service militaire. Il tient
compte autant que possible des intérêts des hommes de la Nation.
Le temps fixé pour le temps de service doit donc être accepté
volontiers par tous les Français. C'est un impôt variable suivant le
temps et les circonstances, mais qui est absolument nécessaire puisque
notre Gouvernement et le Parlement l'ont accepté et décidé dans
l'intérêt des progrès de la Patrie dans le monde.
Or, tout propos qui serait contre le principe du service militaire
fixé serait une grave insulte à la discipline et au devoir.
Le devoir du soldat est donc sacré!
=32. Quelle est la durée du service militaire?=
Chaque Français est soumis au service militaire pendant 28 années.
Le service militaire prescrit par la loi est l'impôt le plus sacré de
tous, c'est l'impôt du sang.
=33. Comment se décomposent ces 28 années?=
3 ans dans l'armée active, 11 ans dans la réserve de l'armée active, 7
ans dans l'armée territoriale et 7 ans dans la réserve de l'armée
territoriale.
=34. À partir de quelle date compte le service militaire?=
Le service militaire compte du 1er octobre de l'année du conseil de
révision.
Pour les engagés volontaires, du jour de leur engagement.
La loi sur le recrutement est du 21 mars 1905 modifiée le 7 août 1913.
_Les militaires des classes 1911 et 1912 ne feront que 2 années de
service actif; mais leur service total aura une durée de 28 années,
dont 7 ans dans la territoriale et 7 ans dans la réserve de la
territoriale_ (Loi du 7 août 1913).
_La loi de 3 ans de service ne s'applique qu'à partir de la classe
1913._
=35. Quels sont les principes sur lesquels repose l'armée.=
Les principes sur lesquels repose l'armée nationale sont:
1º Le patriotisme et le dévouement;
2º La discipline, la subordination et le devoir;
3º L'obéissance et le respect;
4º L'instruction militaire.
=36. Qu'est-ce que l'on apprend au régiment?=
1º Au régiment, on acquiert l'instruction militaire qui doit faire du
jeune homme un soldat instruit, brave, robuste, sachant combattre avec
intelligence et avec ardeur;
2º On y exalte les idées de fidélité, de dévouement et de sacrifice
pour le pays, on y apprend l'honneur, l'amour du devoir et la haine de
celui qui chercherait à porter atteinte à notre sol, à nos moeurs, à
notre liberté nationale;
3º On se prépare par la discipline et par les nobles sentiments de
l'armée à devenir de bons citoyens ayant le respect de l'autorité et
la conscience de leurs devoirs.
=37. Comment le soldat doit-il considérer ses supérieurs?=
Le soldat doit considérer ses supérieurs comme des chefs et des amis;
il doit leur obéir et se dévouer pour eux, car eux aussi se dévoueront
pour lui. Les officiers et les soldats sont solidairement liés dans
l'accomplissement d'une mission unique et de devoirs envers le pays,
aussi collaborent-ils en commun, selon les degrés de la hiérarchie, à
un même devoir national.
_Soldat! tes supérieurs cherchent à bien te connaître pour te guider,
te soutenir et pour obtenir de toi tout ce que tu peux donner pour le
bien du service et pour la défense de la Patrie._
_Tes officiers se sont voués à la Patrie, à l'éducation militaire de
toute la jeunesse française pour la mettre à même de remplir son
devoir civique de guerre; ils sont toujours prêts au sacrifice de leur
vie pour la cause commune. Ce sont eux qui te conduiront à l'ennemi
le jour où notre sol sera menacé._
_Tels sont les titres qui leur donnent droit à l'obéissance, au
respect et au dévouement des soldats._
_L'autorité de l'officier est incontestable, elle est une des plus
légitimes. C'est lui qui crée l'armée, qui l'organise et c'est sa
valeur intellectuelle et morale qui fait la force de cette armée._
_Mérite l'estime de ton chef, aie confiance en lui, regarde-le bien en
face, avec ce regard qui exprime la force, l'énergie et la loyale
amitié._
=38. Quelles doivent être les relations du soldat avec ses officiers?=
Le soldat doit agir franchement avec ses officiers, se laisser guider
par eux, leur accorder toute sa confiance et les respecter, puisqu'ils
sont les foyers de vie de l'armée, qui est faite pour la défense de
l'honneur et de l'intégrité de la France.
=39. Qui s'occupe des intérêts personnels et matériels du soldat, au
régiment?=
Le chef de corps et les officiers de compagnie, secondés par les
sous-officiers, sont spécialement chargés de veiller aux intérêts
particuliers du soldat; ce sont eux qui lui procurent, grâce aux
allocations de l'État, tout ce qui est nécessaire à sa vie, à son
bien-être et à son entretien pendant le temps qu'il passe sous les
drapeaux.
=40. À qui le soldat doit-il s'adresser en diverses circonstances?=
Si le soldat a quelque chose qui le préoccupe, qui l'ennuie ou s'il a
un désir soit dans le service, soit dans sa vie privée ou au sujet de
sa famille, il fera toujours bien de le dire à son officier, à son
capitaine, gui saura lui donner ce bon conseil qui enlève l'ennui et
procure le calme.
=41. Comment le soldat doit-il considérer le régiment?=
Le soldat doit aimer son régiment et le considérer comme une nouvelle
famille.
=42. À qui encore, en dehors de ses chefs directs, le soldat français
doit-il le respect?=
Le soldat doit respecter le gouvernement de la République française,
le Président chef de l'État et les ministres chargés de l'exécution
des lois et détenteurs du pouvoir.
VI--Devoirs envers les camarades.
=43. Quels sont les devoirs du soldat envers ses camarades?=
Le soldat doit respecter son camarade, agir envers lui avec
fraternité, ne jamais le brimer et se souvenir qu'il lui doit aide,
secours et conseils, surtout s'il est jeune soldat ou réserviste.
Les effets et les menus objets du camarade sont sacrés. À la caserne,
la principale serrure qui empêche d'y toucher, c'est la conscience.
Écoutons-la toujours et n'étouffons point sa voix.
=44. Comment doit-on considérer la camaraderie du régiment?=
La camaraderie du régiment est nécessaire; c'est un lien qui unit des
hommes travaillant ensemble pour la même cause, courant les mêmes
dangers, et appelés, en vertu de l'égalité, pour payer à la Patrie
l'impôt du sang.
=45. Paie-t-on certains services au régiment?=
Non, tous les services sont gratuits au régiment; les hommes qui sont
chargés d'emplois spéciaux ne les exercent vis-à-vis des autres qu'au
point de vue de la camaraderie, et vis-à-vis de la compagnie qu'en
vertu de l'exécution de la mission qui leur a été confiée, d'après
leurs aptitudes, pour les nécessités du service.
VII--Devoirs du soldat envers sa famille et envers lui-même.
=46. Quels sont les devoirs du soldat envers sa famille?=
Le soldat doit écrire régulièrement à sa famille, mais il doit lui
dire la vérité et ne pas se plaindre inutilement.
Sa dignité personnelle lui impose de ne pas réclamer de l'argent à
tout propos; souvent, les besoins de la famille sont plus urgents que
ceux du soldat.
Un bon soldat est aussi un bon fils.
=47. Que fait l'État pour faciliter au soldat de correspondre avec sa
famille?=
Il lui accorde gratuitement deux timbres-poste par mois.
=48. Quels sont les devoirs du soldat envers lui-même?=
Le soldat doit se respecter dans ses paroles et dans ses actes.
Il doit se conduire partout avec dignité; éviter les mauvaises
fréquentations, les cabarets borgnes et les habitudes d'ivrognerie qui
dégradent l'homme et ruinent sa santé.
Son devoir d'homme et de soldat l'oblige à ne pas tenir des propos
contraires à la discipline, au respect de l'armée et de l'autorité.
=49. Quelle doit être la règle de la conduite générale du soldat en
dehors du service?=
L'armée n'est pas une caste à part dans la nation; le soldat doit
vivre en bonne intelligence avec la population, conserver toutes les
bonnes habitudes et le langage convenable de sa famille, faire son
devoir d'honnête homme et être toujours prêt à se dévouer pour
protéger le faible et pour sauver toute personne en danger[2].
[Note 2: Le soldat doit avoir une réelle confiance en sa famille
et aux chefs des établissements divers de travaux, aux patrons et à la
société, on l'aidera volontiers, à son retour dans la vie civile, à y
trouver une situation convenable selon ses capacités.
Il doit éviter toute relation avec des civils antimilitaristes et avec
des sociétés d'anarchistes qui chercheraient à le mettre dans une
mauvaise voie.
La famille, le travail sage et la bonne conduite, voilà le seul vrai
chemin dans la vie. Suivons-le et ayons confiance!]
=50. Quels sont les principaux défauts que le soldat doit absolument
éviter?=
Les militaires qui sont paresseux, menteurs ou ivrognes accomplissent
leur devoir civique de soldat dans des conditions inacceptables. Ils
doivent être punis.
Le militaire paresseux dans l'accomplissement de ses devoirs néglige
le travail régulier et l'entraînement qui doivent assouplir ses
membres, habituer son corps à la fatigue et faire de lui un soldat
fort, adroit, énergique et audacieux.
Le mensonge avilit le caractère du soldat, lui fait perdre sa dignité
et lui fait suivre un chemin contraire à celui de l'honneur.
Quant à l'ivrognerie, elle est un vice honteux qui dégrade le soldat
et qui l'entraîne dans toutes les fautes, même dans le crime. Elle
ruine petit à petit la santé et le tempérament de l'homme, qui
procréera par la suite une postérité d'êtres misérables, inférieurs au
point de vue moral et au point de vue physique.
L'ivrogne sert mal son pays, c'est un homme sur lequel on ne peut pas
compter pour les missions délicates en campagne. C'est un mauvais
soldat qui peut même devenir nuisible à la défense.
VIII--Conduite en ville et en cas de troubles.
=51. Quelle doit être la conduite du soldat en ville?=
Il faut avoir en ville une bonne tenue, une bonne attitude et marcher
d'un pas dégagé; il est interdit aux militaires de fumer la pipe dans
les rues, de mettre les mains dans les poches ou de lire en circulant
en ville.
Le soldat doit faire le bien, avoir de bonnes fréquentations, éviter
de s'arrêter et de se compromettre avec des femmes de mauvaise vie;
partout on doit le trouver poli, serviable et protecteur.
Il doit toujours respecter l'heure des services; d'ailleurs, _heure
militaire_ et _exactitude_ sont synonymes.
=52. Est-il bon d'observer certaines précautions à propos des cafés et
restaurants?=
Oui, le soldat ne doit pas entrer dans des cabarets de mauvaise
réputation, ni dans les maisons consignées. Sa place est au grand
jour.
Il doit toujours se souvenir que l'ivresse est le pire des défauts et
qu'elle n'est pas une circonstance atténuante.
=53. Est-ce que les militaires peuvent contracter des dettes?=
Le règlement s'y oppose, et il prescrit des punitions sévères contre
ceux qui en contracteraient.
=54. Que doit faire le soldat en ville lorsqu'il entend sonner «au
feu»?=
Il ne doit pas se rendre isolément au feu, mais rentrer rapidement à
la caserne où il attendra des ordres.
Si, _exceptionnellement_, il se trouvait en face du sinistre, il
n'hésiterait pas à se rendre immédiatement utile.
=55. Le soldat est-il chargé d'assurer la police?=
Non, mais tout militaire en uniforme doit prêter spontanément
main-forte, même au péril de sa vie, à la gendarmerie, ainsi qu'aux
autres agents de l'autorité, lorsque ceux-ci sont en uniforme ou munis
de leurs insignes.
[Illustration: Militaires accourant pour prêter main-forte à la
police.]
=56. Quand le soldat isolé est-il autorisé à se servir de ses armes?=
Le port de l'épée est un honneur qui oblige le soldat à la noblesse et
à la grandeur des sentiments.
L'épée ou le sabre ne doivent sortir du fourreau que dans des cas de
légitime défense. Ces cas doivent être bien établis, ils sont
d'ailleurs très rares.
=57. Quelles sont les précautions que doit observer le soldat au point
de vue du public en général?=
Le soldat doit:
1º Éviter de se mêler aux rassemblements bruyants; il ne doit jamais
manifester ni prendre part aux démonstrations politiques ou
religieuses.
L'armée respecte le gouvernement de la République, mais elle ne fait
pas de politique;
2º Ne pas se laisser questionner sur la mobilisation ni sur ce qui
touche à la défense du pays;
3º Ne pas faire de communication à la presse;
4º Porter toujours haut, dans ses conversations, le culte de l'armée,
du drapeau et de la Patrie;
5º Rendre toujours compte, même directement à son capitaine, de tout
fait grave et de toute observation concernant le régiment ou l'armée
dont il aurait été témoin.
=58. Quelle doit être la conduite du militaire chargé du maintien ou
du rétablissement de l'ordre?=
À l'occasion d'émeutes, de grèves, de troubles ou de violation de la
loi dans l'intérieur du pays, l'armée peut être légalement requise
pour le rétablissement de l'ordre et pour imposer le respect de la
loi. Dans ce cas, la troupe requise doit obéir et marcher avec tous
ses chefs et tous ses soldats, pour obtenir le respect de l'ordre et
l'obéissance aux lois.
La responsabilité personnelle du militaire n'est pas engagée et ses
scrupules doivent toujours s'effacer devant le devoir, sinon il est
fautif et justiciable des tribunaux.
Dans ce service, le soldat doit être prudent, patient et n'agir que
par ordre, mais il est de la plus grande nécessité qu'il fasse
absolument respecter sa consigne avec énergie et qu'il ait le dernier
mot: Force doit rester à la loi et à l'autorité que représente
l'armée.
S'il fait un service de garde ou de protection en ville ou s'il
cantonne, il doit ne se compromettre avec personne, observer, au
milieu des partis et des agitations, une justice absolue et la plus
grande impartialité, enfin il ne doit jamais rien accepter du public
sans l'autorisation supérieure de ses chefs responsables.
IX--Instruction primaire.
L'instruction primaire est une nécessité aujourd'hui pour le progrès
et la civilisation du pays.
Dans l'armée il faut compléter celle qui serait trop faible chez
certains soldats ou qui, par hasard, manquerait absolument chez
quelques hommes.
«La loi du 29 juillet 1912 a prescrit que chaque année les jeunes
soldats non pourvus de diplômes ou certificats d'études (Instruction
primaire ou secondaire) doivent, dès leur arrivée au corps, subir un
examen pour constater leur instruction.
«Ceux dont l'instruction aura été jugée insuffisante suivront des
cours.»
2º ÉDUCATION GÉNÉRALE DU SOLDAT POUR LE TEMPS DE PAIX
CHAPITRE II
SERVICE INTÉRIEUR
Marques extérieures de respect.
=1. Quand se doivent les marques extérieures de respect et quelles
sont-elles?=
Tout militaire doit, en toutes circonstances, de jour et de nuit, en
dehors du service comme dans le service, des marques de respect à ses
supérieurs.
Ces marques consistent principalement dans le _Salut_.
Un militaire marque du respect envers son supérieur par ses
prévenances à son égard, par sa tenue et son attitude correctes en sa
présence.
L'inférieur s'adresse à son supérieur avec politesse et déférence,
sans crainte et sans se montrer timide ni obséquieux.
On répond toujours à haute voix, avec calme, dans des termes
convenables et en regardant dans les yeux, avec sincérité et
confiance.
=2. Comment se fait le salut et quelles précautions doit-on observer
dans les diverses circonstances?=
Le salut est exécuté de la manière suivante:
Porter la main droite ouverte au côté droit de la coiffure, la main
dans le prolongement de l'avant-bras, les doigts étendus et joints, le
pouce réuni aux autres doigts, la paume de la main en avant, le bras
sensiblement horizontal et dans l'alignement des épaules.
L'attitude du salut doit être prise d'un geste vif et décidé; tout
militaire exécutant le salut de pied ferme ou en marche rectifie son
attitude, lève la tête et tend les jarrets; il regarde la personne
qu'il salue; le salut terminé, il replace vivement la main droite sur
le côté.
Tout militaire croisant un supérieur le salue quand il en est à six
pas et continue à marcher en conservant l'attitude du salut jusqu'à ce
qu'il l'ait dépassé.
[Illustration: Le salut.]
S'il dépasse un supérieur, il le salue en arrivant à sa hauteur et
conserve l'attitude du salut jusqu'à ce qu'il l'ait dépassé de deux
pas.
S'il fume, il prend son cigare ou sa cigarette de la main gauche et
salue de la main droite.
S'il porte un pli ou un paquet, il salue de même en prenant le pli ou
le paquet dans la main gauche.
S'il conduit un cheval en main ou est empêché de la main droite pour
toute autre cause, il rectifie sa démarche et regarde son supérieur
jusqu'à ce qu'il l'ait dépassé.
S'il croise un supérieur dans un escalier, il lui cède la rampe et se
range pour le saluer.
S'il le croise à l'embrasure d'une porte, il le laisse passer le
premier; dans la rue, il lui cède le haut du trottoir.
S'il le croise étant à cheval, il passe au pas avant de le saluer.
S'il est en voiture, il salue de la main droite comme s'il était à
pied; il se lève si la voiture est à l'arrêt.
S'il est à bicyclette, il ralentit l'allure et salue de la main droite
sans cesser de surveiller sa machine.
S'il entre dans un café, un restaurant ou tout autre établissement
public où se trouve un supérieur, il salue avant d'aller s'asseoir. Il
se lève et salue lorsque, étant assis à la terrasse d'un café ou d'un
établissement public, il voit passer un supérieur sur la chaussée.
Le salut ne se renouvelle pas dans une promenade ou autre lieu public.
=3. À qui le salut est-il dû?=
Le salut est dû à tous les supérieurs des armées de terre et de mer,
depuis le caporal ou brigadier inclus.
Il est dû aux décorés de la Légion d'honneur ou de la médaille
militaire s'ils sont en tenue militaire; aux officiers et
sous-officiers de pompiers; aux officiers de douane et de chasseurs
forestiers.
=4. Qui salue-t-on encore?=
Le militaire isolé salue un drapeau ou un étendard.
On salue le préfet, le sous-préfet, le secrétaire général en uniforme,
ainsi que les officiers des armées étrangères.
Le sous-préfet et le secrétaire général saluent les généraux et
assimilés.
=5. Doit-on saluer les supérieurs en civil?=
Oui, certainement, il faut saluer ceux des officiers et sous-officiers
en tenue civile, qui sont autorisés à s'y mettre, _que l'on connaît
bien_, puisque le respect est dû _en toutes circonstances_ aux
supérieurs.
Appellations.
=6. Comment appelle-t-on un officier ou un adjudant?=
On appelle un officier ou un adjudant: «Mon...» suivi du grade. Ex.:
Mon lieutenant (pour le lieutenant et le sous-lieutenant), mon
capitaine, mon commandant, mon colonel, mon adjudant.
Cette règle s'applique à tous les officiers combattants.
=7. Comment appelle-t-on un sous-officier et un caporal?=
On les appelle par leur grade. Ex.: caporal, sergent, fourrier,
aspirant.
=8. Comment s'adresse-t-on à un médecin, à un sous-intendant, à un
intendant, à un officier d'administration, au ministre de la guerre,
etc.?=
On dit: «Monsieur le médecin-major,--Monsieur le
sous-intendant,--Monsieur l'intendant,--Monsieur l'officier
d'administration,--Monsieur le vétérinaire,--Monsieur le ministre.»
Présentation à un supérieur.
=9. Comment un soldat s'adresse-t-il à un supérieur pour une
communication verbale ou pour lui remettre un pli?=
Il s'arrête carrément en face de lui, il salue, prend la position du
«garde à vous», et fait sa communication verbale ou remet le pli de la
main gauche.
Lorsque sa mission est terminée, il salue, fait demi-tour et se
retire.
[Illustration: Remise d'un pli.]
=10. Comment procède-t-il s'il porte le fusil ou s'il a l'arme à la
main?=
Il se conforme à ce qui vient d'être dit, mais repose l'arme au lieu
de saluer.
=11. Que doit faire un militaire interpellé par un supérieur?=
Il prend une allure vive pour se porter à sa rencontre; en toute
circonstance, il doit fournir avec empressement à son supérieur le
concours dont ce dernier peut avoir besoin.
=12. Comment se présentent les hommes de troupe chez leurs
supérieurs?=
Ils n'entrent qu'après avoir frappé ou sonné à la porte, ils saluent
et ne se découvrent que si le supérieur les y autorise.
RÉCOMPENSES
Nomination à la 1re classe--Certificat de bonne conduite.
=13. Comment récompense-t-on les soldats de leur esprit de discipline,
de leur bonne conduite et de l'ensemble de leurs services?=
On les récompense par:
1º Les félicitations verbales ou écrites;
2º Les félicitations à l'ordre du régiment;
3º La nomination à la 1re classe et aux différents
grades auxquels nomme le colonel;
4º Le certificat de bonne conduite à la libération;
5º Les dispenses de certains travaux, des permissions
et des faveurs autorisées et compatibles avec le
bien du service;
6º Des décorations (médailles d'honneur, commémorative,
militaire, coloniale, universitaire, du mérite
agricole, etc.).
=14. Qui nomme-t-on soldats de 1re classe?=
On peut nommer deux soldats de 1re classe par escouade.
Ils sont choisis parmi les soldats ayant plus de quatre mois de
service, qui, par leur instruction, leurs aptitudes, leur conduite et
leur tenue, paraissent susceptibles de servir de moniteurs et de
prendre, en l'absence des gradés, le commandement de leurs camarades.
Pour un acte de courage ou de dévouement, on peut nommer avant quatre
mois de service.
=15. Quelle est la récompense morale du soldat qui fait bien son
service, avec zèle et dévouement?=
Le bon soldat est heureux de posséder la confiance et l'estime de ses
chefs et de ses camarades; puis il a le bonheur d'avoir la
satisfaction du devoir accompli.
=16. Que faut-il pour être nommé caporal?=
Il faut suivre le peloton d'instruction, avoir une bonne instruction,
une bonne conduite et une aptitude spéciale au commandement.
Il faut avoir six mois de service, ou quatre mois avec le brevet
d'aptitude militaire.
Permissions--Prolongations--Congés.
=17. Qu'est-ce qu'une permission et comment la demande-t-on?=
_La permission est une récompense et non un droit._ La demande en est
faite au capitaine par l'intermédiaire du sergent-major.
On peut obtenir, le dimanche et les jours fériés, des permissions de
vingt-quatre heures pour quitter la garnison.
Certains soirs, on peut obtenir des permissions pour la soirée.
=18. Dans quelle limite accorde-t-on des permissions faisant
mutations, aux classes 1911 et 1912?=
Les militaires accomplissant la durée légale du service ne peuvent, en
dehors des dimanches et jours fériés, obtenir de permissions que
jusqu'à concurrence d'un total de _trente jours_ au maximum pendant
leur présence sous les drapeaux (deux années).
Des délais de route ne comptant pas dans la durée des permissions,
sont concédés aux militaires en garnison loin de leur famille, soit:
1º Vingt-quatre heures pour un trajet de plus de 400 kilomètres (aller
et retour);
2º Quarante-huit heures pour un trajet de plus de 800 kilomètres
(aller et retour).
En cas de force majeure dûment justifiée, le chef de corps pourra
accorder une permission supplémentaire, sous réserve d'en rendre
compte au général de brigade (_Décret du 19 février 1913_).
Le colonel peut accorder aux engagés volontaires, quelle que soit la
durée de leur engagement, pendant les trois premières années de
service, des permissions jusqu'à 30 jours.
=19. Quels sont les devoirs du soldat permissionnaire?=
Le permissionnaire doit se comporter avec dignité, éviter de
compromettre son uniforme et le numéro de son régiment, soigner
toujours sa tenue et pratiquer ponctuellement les marques de respect.
Pour une permission dépassant huit jours, le permissionnaire fait
viser sa permission, dès son arrivée, par le commandant de la
gendarmerie ou par le commandant d'armes dans une ville de garnison;
il donne son adresse[3].
[Note 3: À Paris, le permissionnaire se présente aux bureaux du
général commandant la place (_en tenue très régulière_).]
_La permission doit être un temps de repos et une période
réconfortante. Pour beaucoup elle est, au contraire, une fatigue et
une occasion permanente de boire, de veiller, de faire des noces et
des festins. Au moment du retour, étant mal disposé, on se refroidit
dans les gares, et à la rentrée à la caserne on fait une maladie dont
les suites sont souvent fâcheuses et parfois déplorables._
_L'homme sage et prévoyant doit réagir contre les entraînements qui le
guettent à tous les pas; pendant sa permission, il doit se reposer et
conserver sa santé pour lui, pour sa famille et pour la Patrie._
=20. Le militaire indigent peut-il obtenir des facilités pour pouvoir
profiter d'une permission dont il aurait besoin?=
Oui, des frais de route peuvent être alloués par le ministre aux
hommes de troupe indigents allant en permission ou en congé dans leur
famille. (Seulement dans la limite des crédits budgétaires.)
Le soldat nécessiteux qui désire obtenir cette faveur en adresse la
demande à son capitaine.
=21. Le port d'effets dits de fantaisie est-il permis?=
Jamais, ni en garnison ni en permission, le port d'aucun effet de
fantaisie n'est autorisé. Le soldat qui en ferait usage serait
toujours punissable.
Le chef de corps n'accorde qu'exceptionnellement le droit aux
militaires de se mettre en civil pendant leur permission. Dans ce cas,
l'autorisation est inscrite sur la permission.
=22. Quelle doit être la principale attention du soldat à la fin de sa
permission?=
C'est de rentrer au régiment exactement à l'heure. On ne doit jamais
dépasser une permission, même d'une minute, sinon on est puni et privé
de permissions pour l'avenir.
Il ne faut pas faire mentir l'expression proverbiale: «Exactitude
militaire».
=23. Quand finit une permission d'un ou plusieurs jours?=
Le soldat doit rentrer à sa caserne le dernier jour de sa permission
avant minuit.
Les militaires qui rentrent à la caserne après l'appel du soir sont
tenus de se présenter au chef du poste de police.
=24. Comment demande-t-on une prolongation de permission pour affaires
personnelles?=
On ne doit demander une prolongation que dans un cas de _nécessité
urgente_.
Dans ce cas, on s'adresse à son chef de corps pour obtenir la
prolongation dont on a besoin.
Toute prolongation de permission portant au delà de 30 jours la durée
de l'absence n'est demandée ou accordée que sous forme de congé.
=25. Que se passe-t-il pour une prolongation à cause de maladie?=
Si on demande une prolongation pour une maladie, le colonel fait
prendre à ce sujet tous les renseignements nécessaires.
=26. Et le convalescent, qu'a-t-il à faire pendant son congé?=
Le convalescent en congé se conforme exactement à ce qui est prescrit
pour le permissionnaire.
S'il a besoin d'une prolongation, la gendarmerie le fait visiter par
un médecin.
Devoirs en voyage--Dans les gares.
=27. Le militaire voyageant doit-il être porteur de papiers?=