[1] On peut passer de même d'une pièce dans l'autre, à l'intérieur de la
même maison.
[2] Cela n'empêche pas qu'il y puisse tenir une maison de grandeur
moyenne, toit compris. Les habitations japonaises n'ont en général qu'un
étage, appelé _nikaï_. Depuis quelques années, on a bien fait quelques
constructions surmontées de deux étages, quoique bâties dans le style
indigène, mais ce sont encore des exceptions. Dans tous les cas, la
reproduction de pareils édifices n'est jamais utile au théâtre.
[3] Nous aurons à revenir sur ces bizarres valets au sujet de
l'éclairage.
[4] Il y a dans certaines villes, notamment a Kyoto et à Nagoya, des
troupes de femmes connues sous le nom de _no_, qui ont la spécialité de
jouer des scènes assez courtes dans les fêtes particulières.
Quelques-unes de ces actrices de salon sont des artistes de premier
ordre.
[5] Il s'agit ici des grandes dames de l'ancien régime qui s'est, pour
ainsi dire, réfugié au théâtre. Le Japon moderne, en habillant les
femmes de qualité à l'européenne, leur a enlevé tout ce qu'elles avaient
autrefois de grâce et de dignité.
[6] La nonchalance nonpareille que donne à la marche l'usage que font
les filles de joie de _gaita_ démesurément hautes, en est un des traits
les plus saillants. Les _gaita_ sont les chaussures ou plutôt les socles
de bois, souvent laqués en noir pour les femmes, sur lesquels reposent
les pieds japonais. On les chausse au moyen d'une sorte de lanière, plus
ou moins rembourrée, qui passe entre le pouce et le premier doigt.
On ne peut s'empêcher de faire un rapprochement entre la mode des hautes
_gaita_ des courtisanes japonaises et celle des ergots sur lesquels se
perchent certaines de nos élégantes d'une catégorie similaire, en
exagérant jusqu'au ridicule les formes en elles-mêmes gracieuses des
talons Louis XV.--Toutefois, comme le pied repose toujours à plat sur la
_gaita_, quelle qu'en soit la hauteur, la démarche qui en résulte ne
peut avoir aucune analogie avec celle que commande forcément le haut
talon.
[7] Néanmoins quelques drames, devenus pour ainsi dire classiques, ont
été écrits _in extenso_ et sont de la sorte passés dans le domaine de la
littérature proprement dite. Mais c'est l'exception.
[8] Seigneur féodal.
[9] Un _keraï_ est un domestique dans le sens étymologique du mot,
c'est-à-dire un serviteur attaché à la maison d'un daïmyo ou même d'un
simple _samuraï_. Il est lui-même samuraï, c'est-à-dire noble. Il peut
avoir d'autres Keraï, également nobles, à son propre service. Le maître
du rang le plus élevé a certains droits absolus, non seulement sur ses
serviteurs immédiats, mais encore sur les serviteurs de ceux-ci. La
domesticité, tel que nous l'entendons et que nous l'avons introduite
dans ce pays, n'existait pas dans l'ancien Japon. Le Keraï est serviteur
et familier du maître: il le sert avec les marques du plus profond
respect et les attitudes les plus humbles, ce qui ne l'empêche pas de se
mêler de ses affaires souvent avec une grande liberté de langage.
Dans toutes les explications relatives au drame, que nous donnons en
notes, nous nous plaçons au point de vue de l'époque historique qui
fournit de sujets le théâtre japonais. Les mœurs sont déjà bien
changées.
[10] Un autre _keraï_ du daïmyo Asama.
[11] _Keraï_ du _Keraï_ Hanagaki.
[12] On appelait ainsi les samuraï qui, pour une cause quelconque,
avaient cessé d'être au service effectif de leur daïmyo. Cela ne les
affranchissait d'ailleurs pas de certains devoirs envers le maître
auquel ils continuaient d'appartenir et d'être liés par des attaches
légales que rien ne pouvait rompre. Le seigneur conservait en fait, sur
ces serviteurs libres en apparence, des droits très absolus; le temps ne
les prescrivait pas; l'éloignement pouvait bien les rendre fictifs, mais
non les annuler. Le _ronin_ quittait le domaine de son maître et allait
même parfois prendre du service au loin chez un autre daïmyo; mais cela
ne pouvait légalement atteindre la situation d'état civil, c'est-à-dire
de servitude que lui avait faite sa naissance, envers son premier
seigneur.--La _servitude_, dans cette organisation, n'est pas exclusive
de la _noblesse_.
[13] _Gawa_, fleuve, rivière, cours d'eau, torrent.
[14] C'est le temple du premier tableau.
[15] Ce n'est pas une de celles qu'on a vues à la scène précédente, mais
une troisième.
[16] _Yama_, montagne.
[17] Chasseur de profession, voleur de métier.
[18] Ancien keraï du daïmyo, chassé par son maître, devenu _ronin_ par
conséquent, et se livrant au brigandage.
[19] Ce meurtrier n'est autre qu'un homme de la bande de Nagoheï: 2e
tableau de l'acte Ier et 1er tableau de l'acte II.
[20] On verra, à l'acte IV, qu'à ce moment le daïmyo venait de partir
pour Kyoto, ce qui favorisait les projets de sa belle-mère.
[21] Personnage ayant déjà figuré au 1er acte dans le 2e et le
3e tableaux. C'est le même qui a enlevé la pauvre vagabonde pour le
compte du daïmyo dont elle est devenue la maîtresse. On verra par la
suite le rôle peu estimable que joue cet homme à double face.
[22] Le début de la scène suivante nous apprendra que Yuri Nokata avait
déjà tenté de désaffectionner son gendre de Hototogisu en s'attaquant à
la beauté de celle-ci. Un premier poison, non mortel, mais ayant eu pour
effet de la défigurer et de la rendre malade, lui avait été administré.
Il paraît que cela n'avait pas suffi pour rendre le cœur d'Asama à son
épouse. On en vient alors au grand moyen.
[23] Sous l'ancien régime, en dehors des nobles, les médecins seuls
pouvaient porter le sabre; mais ils n'avaient droit qu'à un seul sabre
assez court, tandis que les _samuraï_ en portaient deux.
[24] Les _to_ et les _karakami_. Les premiers sont en bois et servent à
clôturer complètement la maison; les seconds sont des châssis recouverts
de papier qui tiennent lieu de fenêtres et de portes extérieures pour
les chambres. Les uns et les autres s'ouvrent et se ferment en glissant
dans des rainures. La rainure supérieure est assez profonde pour former
un encastrement qui permet, en soulevant le _to_ ou le _karakami_, de le
dégager de la rainure inférieure et, en l'inclinant ensuite, de
l'enlever tout à fait. Mais si l'on veut ouvrir en grand la maison, il
suffit de retirer de la sorte les _karakami_; les _to_ pouvant, sans
sortir de leurs coulisses, être poussés les uns à la suite des autres
jusqu'à de petites armoires disposées aux angles de l'habitation pour
les recevoir tous superposés. Les _karakami_, au contraire, à moins
d'être enlevés, ne peuvent que se doubler et ne laissent à l'air qu'une
demi-ouverture.
[25] Le fourneau minuscule de la pipe japonaise ne contient guère que
pour trois ou quatre bouffés de tabac; mais on fume souvent plusieurs
pipes sans interruption. On l'allume chaque fois à un petit brasero _ad
hoc_ ou au résidu encore en feu de la pipée précédente. La seule
différence entre la pipe de femme et la pipe d'homme est dans la
longueur du tuyau; il est plus long pour l'usage féminin. Certaines
personnes, ayant vu de ces pipes en Europe seulement, ont cru qu'elles
servaient à fumer l'opium. C'est une grosse erreur. Au Japon, on ne fume
que du tabac; l'opium y est, du reste, sévèrement prohibé par le
gouvernement.
[26] Ce Hoshikage a déjà figuré à la fin du IIe acte.
[27] Sans doute dans l'intention de le compromettre.
[28] C'est le keraï du daïmyo qui a présidé le concours d'escrime sur
lequel s'est ouvert le rideau au premier acte et qui s'y est mesuré avec
Yakuro, cet autre keraï qui s'est entendu avec la belle-mère de son
maître, pour le trahir, au troisième acte.
[29] Keraï de Hanagaki et à ce titre appartenant également au daïmyo. Ce
personnage figurait aussi au concours d'escrime du premier acte.
[30] C'est ce que les touristes appellent presque infailliblement dans
leurs notes de voyage: «Le cortège de l'impératrice,» singulier
_quiproquo_, mais qui démontre bien la majesté dont les rites
entouraient, dans le vieux Japon, les choses de la vie galante.
La plupart des drames japonais contiennent une scène analogue à
celle-ci. Aussi n'a-t-on pas manqué d'écrire que l'impératrice est un
personnage quasi indispensable du théâtre au Japon et l'écrivain, cela
va de soi, s'est mis en devoir d'en tirer des conséquences touchant les
mœurs du pays. Une pareille bévue ne peut s'expliquer que par une
ignorance totale et qui n'est guère pardonnable du caractère sacré de la
souveraineté et de tout ce qui en tient chez les peuples orientaux.
[31] Nous en avons fait mention au début de cette étude, dans la
description de l'orchestre.
[32] Voir le 3e tableau de l'acte I.
[33] Voir le 1er tableau de l'acte II: la conversation des brigands.
[34] Elle ne dit pas toute la vérité, ne voulant encore laisser entendre
que c'est son ombre et non elle-même que le daïmyo a devant les yeux.
[35] Le baiser n'existe, d'ailleurs, pas dans les mœurs du Japon. Cette
manière de nous témoigner de la tendresse étonne beaucoup les indigènes.
Chez eux on n'embrasse même pas les enfants.
[36] C'était autrefois dans tout le Japon et c'est encore aujourd'hui
dans les campagnes une croyance très répandue que les morts reviennent
et que leurs ombres laissent en s'évanouissant des «papiers funéraires»,
témoignages de l'apparition où sont écrits les conseils ou les
avertissements qu'ils donnent aux vivants.--Que cette variété de
spiritisme fournisse aux esprits forts un puissant moyen d'abuser des
âmes crédules, cela n'est pas douteux.--La religion populaire des
Japonais est un culte de petits papiers: il suffit pour s'en convaincre
de visiter la première chapelle venue.
[37] Au Japon, comme dans beaucoup d'autres pays, il y a pour toutes les
grandes villes un quartier spécialement affecté à cet usage. Dans les
centres principaux, comme Tokio et Kyoto, ce quartier forme une
véritable ville à part ayant son enceinte et ses portes et dont le
cachet est singulièrement pittoresque.--C'est à coup sûr une des
curiosités du pays.
[38] Ancien keraï.
[39] Autre Keraï disgracié devenu chef de voleurs: Acte IV; 1er
tableau.
[40] Maison de thé.--La _tcha-ya_ au Japon tient lieu de cabaret.
[41] Il s'agit bien entendu de l'ancien droit.--N'oublions pas que
Gorozô est tombé dans la misère et se trouve dans l'impossibilité de
pourvoir à l'entretien de sa femme. Celle-ci n'aurait pu le quitter
purement et simplement; mais en lui donnant le prix de son infidélité
elle s'acquitte légalement envers lui.--Il est alors censé l'avoir
vendue lui-même. C'est une sorte de fiction comme il y en a en _droit
romain_.
[42] Acte IV: 2e tableau.
[43] Ce morceau est une de ces grandes manches de _kimono_ qui sont
particulièrement longues pour les femmes. Cette partie du costume
formant poche ou même sac se trouve très propre à l'usage qu'en fait là
Gorozô.
[44] N'est-il pas curieux, par exemple, de voir ce _ronin_ Gorozô,
devenu misérable, et toujours entouré d'une foule de gens dépendant de
lui et vivant plus ou moins à ses crochets. Il n'y a cependant rien là
de contraire au vieil ordre social du Japon.
[45] Chez les peuples superstitieux, on n'aime pas les souhaits de
bonheur; il semble toujours qu'ils cachent un malheur. Témoin cette
habitude dans certains pays de faire les cornes ou le signe de croix
quand on reçoit des félicitations sur la chance passée ou des vœux pour
l'avenir.
[46] Au Japon, quand un voyageur a séjourné, ne fut-ce que quelques
heures, aussi bien dans une auberge que chez un particulier, l'usage
veut qu'il reçoive de ses hôtes un «présent de départ». Quelle heureuse
idée que l'image de ces deux moribonds acceptant une bonne nouvelle
comme un _présent de départ_ pour l'autre monde.