Cette maison était une prison aussi, et ressemblait lugubrement à

l'autre demeure dont il s'était enfui, et pourtant il n'avait jamais eu

l'idée de rien de pareil.

Il revoyait des grilles, des verrous, des barreaux de fer, pour garder

qui? Des anges.

Ces hautes murailles qu'il avait vues autour des tigres, il les revoyait

autour des brebis.

C'était un lieu d'expiation, et non de châtiment; et pourtant il était

plus austère encore, plus morne et plus impitoyable que l'autre. Ces

vierges étaient plus durement courbées que les forçats. Un vent froid et

rude, ce vent qui avait glacé sa jeunesse, traversait la fosse grillée

et cadenassée des vautours; une bise plus âpre et plus douloureuse

encore soufflait dans la cage des colombes. Pourquoi?

Quand il pensait à ces choses, tout ce qui était en lui s'abîmait devant

ce mystère de sublimité.

Dans ces méditations l'orgueil s'évanouit. Il fit toutes sortes de

retours sur lui-même; il se sentit chétif et pleura bien des fois. Tout

ce qui était entré dans sa vie depuis six mois le ramenait vers les

saintes injonctions de l'évêque, Cosette par l'amour, le couvent par

l'humilité.

Quelquefois, le soir, au crépuscule, à l'heure où le jardin était

désert, on le voyait à genoux au milieu de l'allée qui côtoyait la

chapelle, devant la fenêtre où il avait regardé la nuit de son arrivée,

tourné vers l'endroit où il savait que la soeur qui faisait la

réparation était prosternée et en prière. Il priait, ainsi agenouillé

devant cette soeur.

Il semblait qu'il n'osait s'agenouiller directement devant Dieu.

Tout ce qui l'entourait, ce jardin paisible, ces fleurs embaumées, ces

enfants poussant des cris joyeux, ces femmes graves et simples, ce

cloître silencieux, le pénétraient lentement, et peu à peu son âme se

composait de silence comme ce cloître, de parfum comme ces fleurs, de

paix comme ce jardin, de simplicité comme ces femmes, de joie comme ces

enfants. Et puis il songeait que c'étaient deux maisons de Dieu qui

l'avaient successivement recueilli aux deux instants critiques de sa

vie, la première lorsque toutes les portes se fermaient et que la

société humaine le repoussait, la deuxième au moment où la société

humaine se remettait à sa poursuite et où le bagne se rouvrait; et que

sans la première il serait retombé dans le crime et sans la seconde dans

le supplice.

Tout son coeur se fondait en reconnaissance et il aimait de plus en

plus.

Plusieurs années s'écoulèrent ainsi; Cosette grandissait.

Les misérables Tome II: Cosette · 第 24 / 24 段