Il revenait plus tôt qu'Omar ne s'y attendait. Le spahis comptait sur
une absence d'une heure et la moitié à peine était écoulée. Il s'était
hâté; il haletait, ramenant avec lui une poignante inquiétude.
Là-bas dans les noires touffes des hauts glaïeuls, une lumière sinistre
avait lui dans son cerveau.
N'avait-on pas voulu l'éloigner? ses chiens n'avaient-ils pas été
attirés avec intention, loin du haouch au moyen de cette chienne
maudite? et dans quel but? dans quel but?
Alors un frisson passa sur sa tête, comme si son crâne rasé avait été
exposé au vent du Nord, et il rebroussa chemin, entendant derrière lui
la voix du petit garçon semblable à un rire de djinn.
--Oh! disait-il en courant de toutes ses forces. Suis-je joué? suis-je
joué? Et par qui? par un enfant! Maudit! maudit!
Il ne pouvait en dire plus; et il courait, talonné par le soupçon.
Puis, quand la fatigue brisa ses jambes et qu'il dut reprendre le pas
pour respirer, il essaya de mettre quelques douches bienfaisantes sur sa
brûlante inquiétude:
--Afsia n'ouvrira pas, j'en jurerais sur ma tête. C'est une fille sage.
Elle déjouera les plans de mes ennemis. Comment ouvrirait-elle? Est-ce
qu'elle sait ce qu'est le mal? Est-ce que son oeil a jamais été terni
par une image malsaine? Non, je suis sûr d'elle, comme de moi, plus que
de moi. Et les fils du diable en seront pour leurs peines. La dérision
tombera sur eux. Que Dieu les maudisse! qu'il les maudisse dans leurs
pensées! qu'il les pourrisse, eux et leur génération. Ah! ah! ils s'en
vont déjà, sans doute, plus honteux que des juifs qui se sont laissés
voler par des chrétiens. Ah! ah! ah! nous allons rire.
Et il s'efforçait de rire, mais les sons qui s'échappaient de sa gorge
sèche étaient si lugubrement saccadés, qu'ils ressemblaient à des
sanglots.