Mais la voix de l'enfant appelait, toujours plus lamentable, et il
continua sa course.
Déjà il avait traversé la ligne sombre des roseaux et se trouvait sur le
bord du marais étendu comme une nappe noire, qu'hérissaient çà et là les
pointes aiguës des grands joncs.
Il écouta: plus rien. Dans la plaine, les jappements lointains des
chacals, et tout prêt le battement d'ailes d'une poule d'eau troublée
dans son sommeil, le clapotement des grenouilles qui plongeaient dans
les eaux profondes.
A son tour, il appela.
Un souffle léger agitait les herbes; avec des grouillements, des lueurs
glauques, des glapissements confus dans des amoncellements de noir, où
éclataient, tout à coup, des flaques d'un blanc mat, sans lumière et
sans reflet.
Il répéta son appel:
--Où es-tu? fils du diable, où es-tu?
Mais rien ne répondit, et cet homme qui n'avait jamais connu la peur,
eut un tressaillement qui lui serra le ventre.
--C'est l'heure infernale des djinns, dit-il, et il se répéta à lui-même
ce qu'il avait crié à ses chiens:
--Au haouch! au haouch!
Et, au même instant, il entendit non loin de lui un grand bruit dans les
hautes herbes. Et s'étant avancé, il vit les noires silhouettes des
slouguis, dont l'un s'accouplait à la chienne, tandis que les autres se
livraient bataille et se roulaient en hurlant dans les fanges du
marais.