XI

Cependant les petits de l'alouette se montraient en couvées joyeuses

dans les blés déjà grands, l'air se chargeait de chauds parfums, et de

toutes parts, autour des garçons et des filles, s'émanaient des bouffées

langoureuses.

Kradidja appréhendait ce moment; c'est la saison bénie des amours

illicites partout où la plaine devient blonde. Quand l'herbe de vie

prend force et commence à cacher la terre brune, les amants se

regardent, et soupirant se disent: «Bientôt!» Car bientôt les champs

mûrs leur ouvriront de faciles cachettes. Partant chacun de son côté,

ils pourront se glisser le long des sillons, s'allonger dans les épis,

pour se rencontrer au bon endroit, entre les molles ondulations des

vagues dorées.

Que de baisers volés, repris, donnés, rendus!

Et le ciel bleu rit au-dessus de leurs têtes: la vie luxuriante et en

liesse bourdonne, chante, siffle, gazouille autour d'eux; des frissons

courent sur les hautes tiges; les bleuets et les coquelicots

s'épanouissent, tandis que les nichées babillardes, un instant

effarouchées par la fougue première de la rencontre, se rassurent et

chantent gaiement leurs amours:

Va, bon drille

Au larcin!

Doux butin!

Pille, pille!

Loin du larron

L'époux surveille,

Mais il ne veille

Que sa moisson;

Et du pillage

De tout son bien

Il ne voit rien,

Plaisant mirage!

Que du blé mûr

La tige haute,

La blonde côte,

Le ciel d'azur;

Du babillage

Tout haletant,

Rien il n'entend,

Plaisant ramage!

Que les gais chants

Que l'alouette

Dans les blés jette

Aux deux amants.

Va, bon drille,

Au larcin!

Doux butin!

Pille, pille!

Et quand demain viendra le moissonneur, il relèvera du bout de sa

faucille les gerbes foulées, maugréant ou riant, suivant l'âge, sans

songer que c'est là peut-être qu'est, pour toujours, couché son

honneur.

L'amour au pays bleu · 第 24 / 120 题