VIII

D’autre part, comment répondons-nous à la question quand il ne s’agit

plus de nous, mais de ce qui respire avec nous sur la terre? Avons-nous

souci, par exemple, de la survie des animaux? Le chien, le plus fidèle,

le plus affectueux, le plus intelligent, dès qu’il est mort, n’est plus

qu’un répugnant débris dont nous nous débarrassons au plus vite. Il ne

nous paraît même pas possible de nous demander si quelque chose de la

vie déjà spirituelle que nous avons aimée en lui subsiste ailleurs que

dans notre souvenir, et s’il existe un autre monde pour les chiens. Il

nous semblerait assez ridicule que le temps et l’espace conservassent

précieusement, durant l’éternité, parmi les astres et dans les palais

sans bornes de l’éther, l’âme d’un pauvre animal, faite de cinq ou six

habitudes touchantes mais bien naïves, et du désir de boire, de manger,

de dormir au chaud et de saluer ses pareils de la manière que l’on sait.

Que resterait-il d’ailleurs de cette âme formée tout entière de quelques

besoins d’un corps rudimentaire, lorsque ce corps ne serait plus? Mais

de quel droit imaginons-nous, entre nous et l’animal, un abîme qui

n’existe même pas du minéral au végétal, du végétal à l’animal? C’est ce

droit à nous croire si loin, si différent de tout ce qui vit sur la

terre; c’est cette prétention à nous mettre dans une catégorie et dans

un règne où les dieux mêmes que nous avons créés n’auraient pas toujours

accès, qu’il faudrait examiner tout d’abord.

L'intelligence des fleurs · 第 73 / 118 题