I
Nous sommes à un moment de l’évolution humaine qui ne doit guère avoir
de précédents dans l’histoire. Une grande partie de l’humanité, et
justement cette partie qui répond à celle qui créa jusqu’ici les
événements que nous connaissons avec quelque certitude, quitte peu à peu
la religion dans laquelle elle vécut durant près de vingt siècles.
Qu’une religion s’éteigne, le fait n’est pas nouveau. Il doit s’être
accompli plus d’une fois dans la nuit des temps; et les annalistes de
la fin de l’empire romain nous font assister à la mort du paganisme.
Mais, jusqu’à présent, les hommes passaient d’un temple qui croulait,
dans un temple qu’on édifiait, ils sortaient d’une religion pour entrer
dans une autre; au lieu que nous abandonnons la nôtre pour n’aller nulle
part. Voilà le phénomène nouveau, aux conséquences inconnues, dans
lequel nous vivons.