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Il ne serait pas, j’imagine, très téméraire de soutenir qu’il n’y a pas

d’êtres plus ou moins intelligents, mais une intelligence éparse,

générale, une sorte de fluide universel qui pénètre diversement, selon

qu’ils sont bons ou mauvais conducteurs de l’esprit, les organismes

qu’il rencontre. L’homme serait, jusqu’ici, sur cette terre, le mode de

vie qui offrirait la moindre résistance à ce fluide que les religions

appelèrent divin. Nos nerfs seraient les fils où se répandrait cette

électricité plus subtile. Les circonvolutions de notre cerveau

formeraient en quelque sorte le bobine d’induction où se multiplierait

la force du courant, mais ce courant ne serait pas d’une autre nature,

ne proviendrait pas d’une autre source que celui qui passe dans la

pierre, dans l’astre, dans la fleur ou l’animal.

Mais voilà des mystères qu’il assez oiseux d’interroger; attendu que

nous ne possédons pas encore l’organe qui puisse recueillir leur

réponse. Contentons-nous d’avoir observé, hors de nous, certaines

manifestations de cette intelligence. Tout ce que nous observons en

nous-mêmes est à bon droit suspect; nous sommes à la fois juge et

partie, et nous avons trop d’intérêt à peupler notre monde d’illusions

et d’espérances magnifiques. Mais que le moindre indice extérieur nous

soit cher et précieux. Ceux que les fleurs viennent de nous offrir sont

probablement bien minimes, au regard de ce que nous diraient les

montagnes, la mer et les étoiles, si nous surprenions les secrets de

leur vie. Ils nous permettent néanmoins de présumer avec plus

d’assurance que l’esprit qui anime toutes choses ou se dégage d’elles

est de la même essence que celui qui anime notre corps. S’il nous

ressemble, si nous lui ressemblons ainsi, si tout ce qui se trouve en

lui, se retrouve en nous-mêmes, s’il emploie nos méthodes, s’il a nos

habitudes, nos préoccupations, nos tendances, nos désirs vers le mieux,

est-il illogique d’espérer tout ce que nous espérons instinctivement,

invinciblement, puisqu’il est presque certain qu’il l’espère aussi?

Est-il vraisemblable, quand nous trouvons éparse dans la vie une telle

somme d’intelligence, que cette vie ne fasse pas œuvre d’intelligence,

c’est-à-dire ne poursuive une fin de bonheur, de perfection, de victoire

sur ce que nous appelons le mal, la mort, les ténèbres, le néant, qui

n’est probablement que l’ombre de sa face ou son propre sommeil?

L'intelligence des fleurs · 第 38 / 118 题