XXVII

Toujours de notre point de vue humain, et pour persévérer dans

l’illusion nécessaire, à la première remarque ajoutons-en une autre un

peu plus étendue, un peu moins hasardeuse, et peut-être lourde de

conséquences: à savoir que le Génie de la Terre, qui est probablement

celui du monde entier, agit, dans la lutte vitale, exactement comme

agirait un homme. Il use des mêmes méthodes, de la même logique. Il

atteint au but par les moyens que nous emploierions, il tâtonne, il

hésite, il s’y reprend à plusieurs fois, il ajoute, il élimine, il

reconnaît et redresse ses erreurs comme nous le ferions à sa place. Il

s’évertue, il invente péniblement et petit à petit, à la façon des

ouvriers et des ingénieurs de nos ateliers. Il lutte, ainsi que nous,

contre la masse pesante, énorme et obscure de son être. Il ne sait pas

plus que nous où il va; il se cherche, se découvre peu à peu. Il a un

idéal souvent confus, mais où l’on distingue néanmoins une foule de

grandes lignes qui s’élèvent vers une vie plus ardente, plus complexe,

plus nerveuse, plus spirituelle. Matériellement, il dispose de

ressources infinies, il connaît le secret de prodigieuses forces que

nous ignorons; mais intellectuellement, il paraît strictement occuper

notre sphère, nous ne constatons pas, jusqu’ici, qu’il outrepasse ses

limites; et s’il ne va rien puiser par delà, n’est-ce pas à dire qu’il

n’y a rien hors de cette sphère? N’est-ce pas à dire que les méthodes

de l’esprit humain sont les seules possibles, que l’homme ne s’est pas

trompé, qu’il n’est ni une exception ni un monstre, mais l’être par qui

passent, en qui se manifestent le plus intensément les grandes volontés,

les grands désirs de l’Univers?

L'intelligence des fleurs · 第 35 / 118 题