I
Je veux simplement rappeler ici quelques faits connus de tous les
botanistes. Je n’ai fait aucune découverte, et mon modeste apport se
réduit à quelques observations élémentaires. Je n’ai pas, cela va sans
dire, l’intention de passer en revue toutes les preuves d’intelligence
que nous donnent les plantes. Ces preuves sont innombrables,
continuelles, surtout parmi les fleurs, où se concentre l’effort de la
vie végétale vers la lumière et vers l’esprit.
S’il se rencontre des plantes et des fleurs maladroites ou
malchanceuses, il n’en est point qui soient entièrement dénuées de
sagesse et d’ingéniosité. Toutes s’évertuent à l’accomplissement de leur
œuvre; toutes ont la magnifique ambition d’envahir et de conquérir la
surface du globe en y multipliant à l’infini la forme d’existence
qu’elles représentent. Pour atteindre ce but, elles ont, à raison de la
loi qui les enchaîne au sol, à vaincre des difficultés bien plus grandes
que celles qui s’opposent à la multiplication des animaux. Aussi, la
plupart ont-elles recours à des ruses, à des combinaisons, à une
machinerie, à des pièges, qui, sous le rapport de la mécanique, de la
balistique, de l’aviation, de l’observation des insectes, par exemple,
précédèrent souvent les inventions et les connaissances de l’homme.